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Support

I. La fonction première du support est la fixation d'une trace (contenu) sur un matériau qui lui garantira une certaine stabilité et une certaine durabilité, et ce, au moyen d'une technique particulière d'inscription ou d'enregistrement. On attend donc du support qu'il rende possible toute opération de production, de duplication, de conservation, de transmission et de manipulation d'un document. Le support peut être envisagé sous deux aspects liés à ces fonctions. D'une part il est un substrat matériel, nécessaire pour recevoir et pour conserver, d'autre part il constitue un moyen technique, indispensable pour inscrire, pour diffuser ou pour restituer.

Cependant, si simple et si efficace que peut sembler cette approche, elle n'est pas infaillible dès lors que l'on est confronté à la réalité. En effet, en tant que composant essentiel du document, le support est souvent confondu avec lui. Un livre, un périodique, une page web par exemple, seront entendus aussi bien comme des documents que comme des supports. La presse et la télévision, pour un publicitaire, seront considérés comme des supports. Sans doute l'usage est-il responsable, ici comme ailleurs, de réductions et de raccourcis sémantiques.

Le retour aux origines du terme permet souvent de se ressourcer. Le terme support est une réfection du latin classique supportare «apporter de bas en haut». Dès lors, il ne faudra pas s'étonner de retrouver les deux acceptions identifiées plus haut - le contenant et le moyen - dans les deux composés du terme. Le préfixe sub-, également présent dans le mot substrat, évoque un mouvement de bas en haut. Le radical portare, quant à lui, désigne l'action de transporter. La première notion, «de bas en haut» renvoie ainsi, à partir de l'idée de matière qui soutient, à celle de contenant, idée toute empreinte de relativité. Dans un système d'enchâssement, en effet, un objet peut être le support d'une chose tandis qu'il est lui-même contenu dans un autre support. Un livre peut de la sorte être considéré comme support d'un texte tout en étant lui-même disponible sur un support imprimé ou sur un support numérique. 

S'agissant de la seconde notion, le transport, évoquant l'utilisation de techniques appropriées, il faudra envisager différentes acceptions du terme support, et les relier à des fonctionnalités repérables. Parmi les moyens techniques seront ainsi distingués les supports (techniques) de transmission, de communication et de conservation. Les premiers permettent la diffusion et la réception du document, tels le câble, l'antenne ou le satellite ; les seconds sont responsables du codage, tels l'imprimé, l'analogique et le numérique ; les troisièmes, enfin, assurent l'enregistrement effectif, le stockage et la reproduction des documents, tels le vidéodisque, le DVD, la cassette audio ou vidéo. En fait, tout objet «vierge» permettant un enregistrement, comme la cassette vierge en analogique ou le «document nouveau» en numérique appartient à cette troisième catégorie. Dans l'univers du support papier, on pourrait même y trouver le «livre vierge», existant de manière limitée sous la forme du journal intime. Une quatrième catégorie, distincte des supports techniques, concerne le support de l'information. Il offre, à partir d'objets appelés justement «objets documentaires» des formes conventionnelles facilement identifiables par leur matérialité et leur structure. On classera ici le livre, le périodique, le CD de musique, le site web ou le DVD pour le cinéma.

Le support, par opposition au concept de document, qui est particularisé par son contenu, i.e. le texte, le son ou l'image qu'il comprend, peut être considéré comme indifférencié. Autrement dit, alors que le document peut faire l'objet d'un référencement documentaire, le support ne le peut pas.

fig. 1. Typologie des supports rapprochée du concept de document
fig. 1. Typologie des supports rapprochée du concept de document

II. Didact. La difficulté majeure, pour les élèves, réside dans la distinction linguistique et conceptuelle à opérer entre document et support. A partir des objets documentaires manipulés (livre, périodique, site, etc.), on maintiendra qu'un livre «en général», qu'un périodique «en général» ou qu'un site «en général» est un support documentaire, alors que tel livre «particulier», tel périodique «particulier» ou tel site «particulier» est un document. Les premiers sont génériques, ce sont des formes disponibles mais totalement neutres, parce que non réalisées et situées hors contexte. Les seconds sont au contraire spécifiques et particuliers, en tant que formes réalisées dans un contexte éditorial donné. Les premiers ne peuvent pas être référencés, tandis que les seconds le peuvent et le doivent. A titre d'exemple, un dictionnaire n'est pas un document mais un support documentaire, plus précisément une (sous) catégorie de support. Par contre, Le Nouveau Littré (2004) [1] est un document, hôte en l'occurrence.

On comprendra ainsi qu'un livre, ou un site en général soit abusivement appelé document, alors qu'il devrait être désigné comme catégorie de support documentaire. Un glissement sémantique, de nature métonymique, s'est opéré de la forme à l'objet, tant la forme est ce qui caractérise tout particulièrement chaque support documentaire.

Il sera par ailleurs plus prudent de parler de catégorie, concernant ces supports, que de genre. Le risque étant de confondre avec l'acception littéraire du terme. Sous l'angle documentaire, un recueil de contes reste une catégorie de document (livre), voire une sous catégorie (recueil), tandis qu'il est un genre littéraire du point de vue des Lettres.

Termes corrélés

Document

[1] Le Nouveau Littré : Édition augmentée du Petit Littré. Paris : Garnier, 2004.

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