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Mot-clé

I. Du point de vue du documentaliste, un mot-clé est un mot ou groupe de mots choisis pour caractériser le contenu d'un document. Du point de vue de l'élève chercheur, un mot-clé est un terme qui est censé désigner de façon claire et précise un thème ou une notion, et traduire l'objet de la recherche. Il peut être constitué d'un nom, ou d'un composé : nom + adjectif, nom + nom. Il se présente généralement au singulier, sans déterminant. Plusieurs mots-clés peuvent être nécessaires pour traduire tous les aspects de la recherche. Leur combinaison permet ainsi la formulation des requêtes lors de l'utilisation d'un outil de recherche en ligne. Les mots-clés sont aussi utilisés lors de l'interrogation d'une base de données, ainsi que lors de la consultation soit d'une encyclopédie (papier ou numérique), soit de l'index d'un livre documentaire.

De même, les mots-clés seront utilisés pour faciliter la lecture sélective, par "balayage", d'un document. Cette lecture rapide permet, par le repérage des mots-clés sur la page, d'évaluer le degré de pertinence d'un document et de localiser les unités d'informations à retenir et à traiter ultérieurement. Notons toutefois que lors de cette opération, le mot-clé documentaire, qui est une représentation conceptualisée d'une idée recherchée dans le texte, est utilisé comme mot-clé du texte. Il se rapproche en cela de l'emploi qu'en fait la discipline du français, distinct de celui de l'information-documentation.

Du point de vue du concepteur d'un document, i.e. de son auteur, des stratégies peuvent être adoptées afin de mettre en valeur certains mots-clés. Ces stratégies peuvent avoir deux cibles :

  • les outils de recherche en ligne, pour les documents numériques publiés sur le Web, avec le recours, par exemple, à des stratégies de positionnement ou à l'achat de mots-clés [Voir Moteur de recherche ; Tri des résultats ; Positionnement de la page ; Positionnement payant]
  • le lecteur potentiel : s'agissant notamment de la lecture d'écran, des travaux menés en psychologie cognitive auprès d'un public scolaire de différents niveaux, montrent à quel point le marquage typologique, la structuration et l'ergonomie du document exercent une influence sur les stratégies de sélection : sélection du document dans une liste de résultats fournie par un outil de recherche, dans un premier temps ; sélection de l'information contenue dans le document, dans un second temps (Dinet et Rouet, 2002 [1]). Le marquage typologique, qui consiste à mettre en valeur (caractères gras, soulignés, capitales, etc.) certains termes considérés dès lors comme mots-clés, affecte le jugement de pertinence, surtout chez les plus jeunes et/ou non experts.

Mais l'utilisation de mots-clés intéresse encore davantage le concepteur-producteur de documents secondaires. De la pertinence des mots-clés choisis va en effet dépendre la qualité du document produit, ainsi que celle de son exploitation lorsque celui-ci est intégré à une base de données. Le choix des mots-clés, leur répartition dans le corps de la notice catalographique (descripteurs, zone de titre, résumé) et leur adéquation aux conditions d'utilisation (publics, harmonisation avec les autres documents de la base) peuvent être à l'origine des phénomènes de bruit ou de silence documentaires. Le concept de mot-clé est ainsi consubstantiel de celui d'indexation : pour qu'un mot-clé fonctionne, il faut qu'il soit reconnu par un outil de recherche dans un index déjà constitué.

Aussi l'acception de l'idée de mot-clé a-t-elle une grande amplitude, puisqu'elle va de la restriction d'un langage maîtrisé où seuls certains mots sont admis - appelés descripteurs - à l'étendue illimitée de tous les mots d'un texte telle que le permet un moteur de recherche.

II. Didact. L'ambivalence du concept de mot-clé, produit par le système ou proposé par le chercheur, appelle à faire une distinction entre, d'une part, un mot-clé conceptuel, i.e. porteur d'un concept, et d'autre part, un mot-clé strictement fonctionnel. Cela renvoie à deux conceptions bien distinctes qu'il est intéressant de mettre en relation, dans une perspective stratégique, avec les outils de recherche en ligne choisis :

  • une conception a priori du mot-clé : elle suppose que, à partir d'un questionnement du sujet, un travail de généralisation et de conceptualisation soit effectué pour dégager les mots-clés pertinents. Nous retrouvons là la démarche utilisée en français et qui consiste à intégrer un sens sous la forme d'un concept, à partir de l'exploration des champs sémantique, notionnel et lexical (Cognard, 2002 [2]). Un réseau sémantique peut alors apparaître, véritable vivier de mots-clés reliés entre eux par des relations sémantiques, équivalentes des relations entre spécifiques et génériques des thésaurus documentaires. Cependant, dans la mesure où les termes n'appartiennent pas à une liste d'autorité, mais émergent de pensées personnelles, il s'agit dans ce cas d'hyperonymes (ex. : mammifère) et d'hyponymes (ex. : chat, chien, dauphin).
  • une conception a posteriori du mot-clé : elle part de l'idée qu'un mot-clé est d'abord une «clé» ouvrant la bonne page, page de livre ou page web contenant l'information désirée. Cette idée d'ouverture, qui prend le mot-clé à rebours, définit celui-ci dans son aspect fonctionnel : ainsi tout mot utilisé dans une requête qui n'aboutit pas n'est pas un mot-clé. Il convient donc ici d'être davantage pragmatique que rationnel et de commencer par considérer comment fonctionne réellement un moteur de recherche. Il indexe tous les mots d'un texte (à part les mots vides), en traitant chacun sous son aspect formel - et non sémantique -, à savoir une simple chaîne de caractères. Les risques d'échec liés aux relations de synonymie, d'homonymie et de polysémie sont importants et doivent ainsi faire l'objet d'un rappel auprès des élèves. A partir de ce principe de traitement formel, il n'est plus question de partir uniquement de la démarche conceptuelle, ou rétrospective (Berten, 2000 [3]), mais davantage d'une démarche prédictive qui va consister à se représenter les mots, expressions ou, pourquoi pas, phrases complètes ! pouvant figurer effectivement dans les pages visées. C'est pour cette raison que, bien souvent, certaines requêtes «naturelles» des élèves aboutissent, et ce, au grand dam des enseignants qui ne saisissent pas là l'occasion qui leur serait donnée de construire le concept d'indexation.

La stratégie de recherche variera donc en fonction de l'outil de recherche en ligne choisi. La démarche conceptuelle conviendra mieux à un annuaire, tandis que la démarche fonctionnelle, ou prédictive, donnera de meilleurs résultats avec un moteur ou un métamoteur.

Pour limiter le nombre de résultats peu pertinents, Fernand Berten (2000) [3]suggère d'utiliser plutôt les termes hyponymes, au motif qu'ils doivent être davantage présents dans les textes experts. Enfin, il conseille de former les élèves à la création de «réseaux sémantiques hyponymes autour de thèmes», afin de sortir du paradoxe où les enferme bien souvent l'insuffisance de leur compétence lexico-sémantique. En effet, comment trouver un terme spécifique d'un langage spécialisé alors qu'on est encore novice dans le domaine de connaissance considéré ? Pour cette opération d'élargissement et/ou d'enrichissement du champ des mots-clés, l'utilisation du thesaurus de la base de données utilisée (Motbis par exemple) peut se révéler utile. Opération qui permet de travailler conjointement le concept de thesaurus pour lequel le mot-clé peut constituer une première entrée dans la conceptualisation.

La concept de mot-clé introduit ainsi plusieurs autres concepts importants : le questionnement, les langages documentaires (thesaurus), naturel et spécialisés, l'indexation, l'index, la hiérarchie sémantique (spécifique / générique ou hyponymie / hyperonymie emprunté au français), les champs sémantique, notionnel, lexical (synonymie, homonymie, polysémie), la recherche plein-texte ou par champ, la stratégie de recherche et la pertinence.

Le concept de mot-clé repose en outre sur l'idée d'un dialogue avec un outil interface numérique dans le but de solliciter un système d'information [Voir Requête]. Ce dialogue oblige à un retour sur la langue et ses énoncés en vue d'être compris par «l'autre». Il est lui-même fondé sur les opérations mentales de traduction, de conceptualisation et d'anticipation.

Le concept de mot-clé, enfin, par l'effort qu'il requiert pour maîtriser la langue, participe du processus d'agrégation des connaissances : en travaillant sur le verbe, il objective d'une part le besoin d'information, tandis qu'il structure et prépare d'autre part les savoirs en cours de construction.

Termes corrélés

Requête - Outil de recherche d'informations en ligne - Indexation documentaire - Index - Langage spécialisé - Thesaurus

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