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Média

I. Issu du latin medius «moyen», «intermédiaire», «qui se trouve au milieu», le mot est une réduction de l'anglais mass media qui désigne les moyens de communication de masse.

Le terme recouvre des acceptions assez variées et désigne à la fois des supports (imprimé, analogique, numérique.), des types (la presse, la télévision.) et des sources (telle chaîne de TV, telle station de radio, tel titre de presse.). Trois catégories de «média» peuvent ainsi être distinguées : le média support, le média type, le média source [Voir Tabl. 1].

Mais au-delà de cette catégorisation, un média est d'abord un moyen permettant l'expression et la communication humaine (Balle, 2003 [1]), cette dernière étant empreinte d'une intention particulière.

Ayant recours au média, la communication se manifeste au travers de trois médiations :

  • une médiation technologique déterminée par le choix du support de communication ou de transmission de l'information,
  • une médiation formelle exprimée par la structure conventionnelle choisie,
  • une médiation humaine représentée par le destinateur qui se situe à la source de l'information.

Or, chaque catégorie de média va exercer une influence spécifique sur le message communiqué :

  • l'influence du média support va s'exercer sur le mode de perception du monde,
  • le média type va influencer le contenu informationnel au travers de sa forme, l'information étant considérée comme la formalisation, ou in-formation, d'un élément de connaissance par un destinateur dans une situation d'énonciation. [Voir Information].
  • l'influence du média source va porter sur le contenu conceptuel - les idées, les opinions, les visées - issu de l'intention qui préside à l'acte de communication.

 

 Média supportMédia typeMédia source
 
bande hertzienne
télévision
telle chaîne de TV (Arte, France3, TF1.)
 
analogique
radiodiffusion
telle station de radio (France culture, Europe1.)
 
imprimé
presse
tel titre (Le Monde, Marianne.)
 
numérique
édition
telle maison d'édition (Gallimard, Actes sud.)
 
Internet
Web
tel site
Médiation
technologique
formelle
humaine (personne ou organisme)
Agent
canal de communication ou de transmission
structure conventionnelle
destinateur (auteur, éditeur)
Influencemode de perceptioncontenu informationnelcontenu conceptuel

Tabl. 1. Catégorisation et caractéristiques de la notion de média.

1- Média support

Le média support peut être défini comme une technologie (au sens large) permettant la communication humaine, à savoir une technologie de communication.

Dans le schéma de la communication de Shannon et Weaver (1949) [2], il s'assimile au canal qui permet la transmission de la donnée informationnelle.

Pour Mc Luhan (1977) [3], de même que pour Michel Serres (2001) [4] les technologies ne sont que des prolongements de l'homme et de ses facultés de percevoir et d'appréhender le monde. Alors qu'elles le libèrent de certaines tâches mentales (mémorisation, création, calcul) ou physiques (préhension, pression, force), elles ont le pouvoir d'en créer de nouvelles. De ce fait, pensée et technique progressent en interaction.

Ainsi chaque apparition d'une nouvelle technologie va avoir pour effet de créer un milieu inédit et de modifier les modes de perception du monde, de soi et des autres. Pour Serge Tisseron (2003) [5], par exemple, Internet a introduit une relation différente à l'espace et au temps (de même que l'avaient fait le train et l'avion) avec pour conséquence une conscience élargie du monde entraînant des effets tels que l'émergence de nouveaux lieux virtuels de socialisation pour les jeunes ou encore, dans le domaine politique, de l'altermondialisation.

Le média, saisi en tant que technologie capable d'évolution, influe donc directement et profondément sur les comportements et sur les formes de la communication. Mais n'exerce-t-il pas aussi une influence sur ses contenus et sur la forme de ces contenus ? N'est-ce pas là ce que pointe Mc Luhan lorsqu'il affirme que «le message, c'est le médium» ? Cet aphorisme controversé désignerait le message tel que transmis par un média précis. Il gomme la distinction entre le «contenu» (l'information émise ou reçue) et sa mise en forme sur un média support, et postule que le message n'existe que par la conjonction des deux. Le message du média deviendrait en quelque sorte un cadre de perception et de compréhension du monde, si puissant qu'il serait à même d'exercer une influence significative sur les contenus informationnels véhiculés.

2- Média type

Le média type réfère à la structure conventionnelle et organisationnelle des documents qu'il produit. Chaque média type présente un ensemble particulier de moyens (humains, financiers, techniques) et de services (réalisation, production, diffusion) assurant l'élaboration et la communication de programmes. De ce point de vue, le concept de «média type» correspond à celui de «mass média», plus largement utilisé et reconnu mais qui, improprement réduit au seul terme de «média», est à l'origine de nombreuses confusions.

S'agissant plus particulièrement du Web, s'il intègre les autres médias type (presse, télévision, radio), il ne les supplante par pour autant mais leur offre d'autres modalités de développement.

Quelles sont les caractéristiques propres au média Web et quelle influence exerce-t-il sur la réception et la compréhension des contenus informationnels générés ?

Le numérique rend possible l'inscription, sur un même support, du texte, du son et de l'image fixe ou animée. Il permet encore l'émergence d'une nouvelle forme de document fondée sur l'hyperlien (Voir Hypertexte]. Celui-ci modifie, d'une part, la représentation globale du document en lui attribuant une structure réticulaire et, d'autre part, les modes de lecture en favorisant des parcours multiples et variables selon les intérêts et la réactivité de chaque lecteur. Le document devient ainsi multiforme et, au gré des itinéraires de lecture adoptés, la perception et la compréhension de ses contenus informationnels s'en trouvent modifiées [Voir Document]. Cette interactivité est démultipliée sur le support Internet qui, en interconnectant des millions d'ordinateurs, a permis l'émergence du Web et donc le passage de l'hyperlien intra-documentaire à l'hyperlien extra-documentaire, reliant ainsi une unité d'information (ou noud) à une autre pouvant se situer sur une autre page appartenant elle-même à un autre site. Par le jeu d'une navigation pouvant se poursuivre à l'infini, l'unité documentaire générée par chaque lecture devient proprement informelle et éphémère, les contenus informationnels ainsi rassemblés en deviennent totalement inédits, imprévisibles et variables.

A cette structure polymorphe du document en ligne s'ajoutent de nouvelles modalités de publication et de diffusion de l'information. Affranchies de toutes contraintes rédactionnelle, éditoriale et intellectuelle, elles n'offrent par contre aucune validation préalable des sources et des contenus informationnels véhiculés. A l'utopie de la bibliothèque universelle et de la libre circulation des idées s'est vite substitué le sentiment d'une errance labyrinthique où les repères sont rares et difficiles à trouver.

Ce sentiment est généré non seulement par la multiplicité des formes de documents, mais aussi par la diversité des pratiques et des usages, le tout empruntant un canal unique où tout se trouve nivelé. Aussi revient-il à l'internaute de créer non seulement son propre cheminement, mais encore un système de valeurs singulier, relatif à son besoin d'information.

3- Média source

Le média source, enfin, réfère aux origines de l'intention de communiquer et par conséquent au destinateur du message. Ce concept entretient ainsi des relations avec ceux d'auteur, de responsabilité éditoriale et notamment de véridicité de la source. La notion même de source participe d'une intentionnalité, d'un regard particulier sur le monde [Voir Source]. Son influence porte sur le référent du contenu conceptuel de l'information véhiculée puisque celui-ci dépend, in fine, de l'orientation idéologique, politique, mercantile, confessionnelle ou autre des personnes et/ou des organismes émetteurs du discours. Nous retrouvons ici l'idée de «politique éditoriale» propre aux différents titres de la presse, aux différentes chaînes de télévision, aux stations de radio, ainsi qu'aux maisons d'édition. La rhétorique du média source demande à être également analysée en tenant compte du type d'information produit : tel site a-t-il, par exemple, plutôt des visées commerciales, confessionnelles, politiques ou scientifiques ? [Voir Véridicité de la source]. Cette influence s'exerce évidemment du point de vue de l'émetteur mais également de celui du récepteur, lequel ne va pas accorder la même valeur, par exemple, à une information sur le réchauffement climatique selon qu'elle provient du journal télévisé de TF1 ou d'une émission scientifique de France culture. De son côté, le destinataire, selon le système conceptuel qui lui est propre, va influencer la réception qu'il fait du contenu des informations qui lui sont proposées [Voir Information, fig. 2].

II. Didact. L'entreprise de didactisation du concept de média devrait s'attacher en priorité à lever les ambiguïtés relatives à l'acception du terme. Les intentions et les dispositifs tels que l'éducation aux médias, ou la Semaine de la presse et des médias dans l'école, participent de cette confusion, glissant d'une catégorie de média à une autre [voir tabl. 1] et d'un type de discours à un autre.

Prenons l'exemple de la télévision. La télévision, qu'il ne faut pas non plus confondre avec l'objet, le téléviseur, peut être à la fois considéré comme un support, un format et une source. C'est un support en tant que technologie de transmission (média support), un format particulier en tant que catégorie particulière d'organisation regroupant moyens et services de réalisation et de diffusion de produits de communication (média type ou mass média), ainsi qu'une source en tant qu'exemple identifié d'organisme se caractérisant par une expression, un ton, un projet, un discours propres à le distinguer des autres (média source).

Ce travail de catégorisation peut se mener à partir des autres médias types comme la presse, la radiodiffusion, l'édition ou le Web. Dans chaque cas, il est intéressant de distinguer l'objet technologique (par exemple la radio), le support documentaire (l'émission de radio), le support de transmission (l'antenne), le support de communication ou média support (bande hertzienne), le type de média (radiodiffusion) et la source (telle station de radio). Notons que seul le média source, producteur de documents identifiables, peut faire l'objet d'un référencement bibliographique. Ne pas opérer ce travail classificatoire préparatoire entretient une confusion conceptuelle entre une technologie, un service, un format et une source informationnelle. C'est ainsi, par exemple, que certains élèves confondent Internet (média support), le Web (média type), avec un certain moteur de recherche et le site qu'ils ont sélectionné (média source). Cette équivoque ne saurait servir l'édification de la pensée critique, laquelle se fonde, a contrario, sur le discernement et la discrimination.

La confusion qui résulte de cette déficience conceptuelle se retrouve dès lors que l'on va s'intéresser à l'analyse des discours des «médias», notamment lors de la Semaine de la presse et des médias à l'école. Ainsi l'analyse comparative de  journaux télévisés (J.T.) ne porte généralement que sur les médias sources et leurs discours respectifs, alors qu'une activité d'analyse du traitement de l'actualité dans les «médias» va porter à la fois sur des médias types et des médias sources, sans pouvoir bien souvent opérer la distinction nécessaire entre les deux catégories de discours, faute d'outils conceptuels. En définitive, il s'agit toujours d'un travail d'analyse du discours, mené à partir d'une analyse des contenus, mais aussi de l'expression, de la forme, de la rhétorique et de l'argumentation. L'objectif reste la mesure d'une influence exercée par des «médias» sur des cibles déterminées. Cependant, il reste à distinguer la part d'influence propre à chaque catégorie de média, i.e. propre à chaque médiation. La médiation humaine (média source), associée à la source, se laisse saisir de manière la plus évidente [Voir Véridicité de la source]. La médiation formelle (média type ou mass média), déterminée par un cadre conventionnel, paraît moins évidente. Pourtant il n'est qu'à considérer, pour s'en convaincre, comment l'information peut être traitée selon le format qui la contraint (variations sur l'espace ou sur la durée, présence d'images, etc.). La médiation technologique enfin (média support), pèse de son influence par les contraintes techniques qu'elle impose à la communication. Pour prendre des extrêmes, il n'est que de comparer un même contenu d'information sur une page de journal et sur un écran de téléphone portable. La technologie impose elle aussi des formats, une ergonomie et une organisation de l'information propre à influencer sa réception et sa compréhension. C'est ainsi que l'éducation aux «médias», si elle vise l'identification et l'analyse des discours à l'oeuvre dans les processus communicationnels et les usages liés à la production et à la réception de l'information, nécessite l'acquisition de savoirs didactisés sur le concept même de média.

Termes corrélés

Information - Donnée informationnelle - Hypertexte - Auteur - Responsabilité éditoriale - Véridicité de la source - Source - Types d'informations

[1] BALLE, Francis. Médias et sociétés. Paris : Montchrestien, 2003
[2] SHANNON C., WEAVER, W. The Mathematical theory of communication, 1949.
[3] MAC LUHAN, FrancisPour comprendre les médias. Paris : Seuil, 1977. (Points).
[4] SERRES, Michel. Internet crée des savoirs. L'expansion [en ligne], 29-03-2001. Disponible à l'adresse : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.lexpansion.com/art/6.0.106275.1.html
[5] TISSERON, Serge. Les nouvelles technologies modifient la façon de percevoir le monde et nous-même.  Journal du net [en ligne], 25 septembre 2003. Disponible à l'adresse : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.journaldunet.com/itws/it_tisseron.shtml

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