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Auteur

I. Au sens élargi, l’auteur est, selon le Littré (2004) [1], la «cause première de toute chose». Cette définition contient en germe les idées fécondes d’origine et d’authenticité - auteur et authenticité sont des mots de même origine - d’invention et de production. De ce fait, dans une conception plus resserrée, on attribue généralement à l’auteur la paternité d’une œuvre de l’esprit, ce qui lui confère un certain nombre de droits autant moraux que patrimoniaux (Voir  Droits d’auteur). L’auteur peut être singulier (une personne), pluriel (cas de plusieurs auteurs), ou bien s’exprimer au nom d’une collectivité (institution, organisme privé, société savante, etc.) Selon le Code de la propriété intellectuelle (Article L 113-1)[2] : «La qualité d’auteur appartient, sauf preuve contraire, à celui ou à ceux sous le nom de qui l’œuvre est divulguée».

II. Didact. Le concept d’auteur est essentiel dans l’enseignement de l’information-documentation, à condition qu’il soit distingué d’une approche littéraire, laquelle s’intéresse, pour sa part, à la création, à la biographie et aux influences.

Du point de vue de l’information donc, il convient de réfléchir d’une part sur le statut de l’auteur (ce qui fait que l’auteur est un auteur) et d’autre part sur ce qui fonde sa valeur (ce qui fait qu’un auteur est validé ou pas). Le concept d’auteur est ainsi pris en compte au regard de l’autorité exercée par celui-ci dans un domaine de connaissance, mais encore à celui de l’évaluation des contenus informationnels présents dans son œuvre.

L’autoritativité permet de s’autoproclamer auteur mais ne confère aucune valeur en soi à l’œuvre et à son auteur. Si la condition d’auteur est établie par la création et la publication de l’œuvre, sa valorisation passe par la réception de celle-ci au sein d’un public averti, d’une part, et par l’intégration de son auteur dans une sphère faisant autorité, d’autre part.

Ainsi, la publication d’une œuvre (texte, production plastique, musicale, etc.) d’un auteur témoigne d’un passage de la sphère privée à la sphère publique, passage qui assure à l’inconnu d’avant la publication l’obtention d’une reconnaissance et d’un nom. L’auteur se caractérise en effet par le fait qu’il est clairement identifié, qu’il soit singulier, pluriel ou collectif. Cette identification engage une double responsabilité, à la fois éditoriale et intellectuelle, dans la publication du document, c’est-à-dire qu’il doit être prêt à «en répondre» le cas échéant.

Concrètement, pour l’élève utilisant les documents en ligne, cela se vérifie par la nécessité de ne considérer que les informations dont l’auteur est identifiable soit sur la page web contenant le texte, soit sur la page d’accueil, par exemple sous la forme d’un lien «Qui sommes-nous ?», soit encore à partir des métadonnées. De surcroît, la responsabilité de l’auteur ou de l’éditeur du site – ou encore de l’auteur-éditeur – doit pouvoir, quant à elle, être testée et se vérifier par la présence, généralement à partir de la page d’accueil, d’une adresse de courriel ou d’une fonction de type «Pour nous contacter». L’appropriation du concept d’auteur peut ainsi s’amorcer par ce sentiment de pouvoir entrer en contact avec le responsable du document, contact permettant, par le biais d’une demande de réponse, de vérifier une responsabilité.

La réception de l’œuvre par le public contribue également à la formation de la condition d’auteur. Elle se manifeste du point de vue quantitatif, sur Internet, par le nombre de liens pointant en retour vers la ressource. Sur le plan qualitatif, il faut y aller voir… Néanmoins, l’accueil réservé à l’auteur est un premier pas vers la notoriété, concept constitutif de la validation de l’information attribuée à un auteur. Après l’accès au statut d’auteur, celui-ci doit encore recevoir la validation de son œuvre. Cette validation ne peut se faire que par l’admission de l’auteur, par ses pairs, au sein d’une communauté de référence, i.e. partageant les mêmes objets d’étude et les mêmes visées générales. Cette notoriété acquise par expertise est distincte de celle gagnée par l’intérêt manifesté par un public, en ce sens qu’il s’agit ici d’une inclusion dans un cercle constitué d’autres auteurs, le même produisant du même et ce, par la vertu de la caution scientifique. En d’autres termes, la condition d’auteur fait l’objet d’un transfert, par le biais de l’autorisation accordée par le système de caution, d’une autorité déjà établie à une autorité en voie de constitution. Un auteur validé est, en quelque sorte, un auteur qui «fait autorité» parce qu’il a bénéficié d’une autorisation.

L’élève soucieux de vérifier la validité d’un document doit alors enquêter sur la notoriété de son auteur, et juger du crédit dont celui-ci profite dans la sphère savante. Est-il cité ? Est-il considéré ? Son œuvre, ses idées font-elles référence ?

La maîtrise du concept d’auteur doit ainsi faire changer certaines représentations reçues pas nos élèves, dont l’idée d’une naturalité de la condition d’auteur. Celui-ci doit être appréhendé, non plus comme un inné, un donné, mais plutôt comme un construit. De plus, en renvoyant sur sa communauté d’élection l’image de celle-ci qui, le reconnaissant, l’a institué auteur, il contient symboliquement cette communauté, au motif qu’il est fait d’elle, de la même manière que son œuvre est la conséquence d’innombrables interactions avec les œuvres de ses pairs, auprès desquelles il s’est nourri pour devenir ce qu’il est (Voir Source primaire/secondaire). Cela fait de lui une entité non seulement construite, mais encore communautaire, ou collective, au-delà de sa propre singularité.

De ceci, l’élève peut être amené à comprendre qu’interroger un auteur en particulier, dans le but de valider l’information dont il est responsable, ce n’est pas seulement interroger cet auteur, mais c’est également questionner tout ce réseau de références qui le porte, et qui est constitué des œuvres et des auteurs sans lesquels le discours qu’il tient ne serait pas compréhensible.

Alexandre Serres (2004-b) [3] consacre deux tableaux à l’identification et à l’évaluation de l’auteur dans sa «Proposition de grilles d’identification et d’évaluation de sites web». Utilisables en situation pédagogique, ces items peuvent apporter des compléments d’ordre pratique à la construction du concept d’auteur.

Termes corrélés

Autorité - Autoritativité - Responsabilité éditoriale - Notoriété - Validation des sources - Caution scientifique

[1] Le Nouveau Littré : Édition augmentée du Petit Littré. Paris : Garnier, 2004.

[2] "Code de la propriété intellectuelle" [en ligne], Légifrance. Disponible sur
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/ListeCodes

[3] SERRES, Alexandre. Recherche d'information sur Internet : où en sommes-nous, où allons-nous ? In Savoirscdi [en ligne]. Centre national de documentation pédagogique, juin 2004.

SERRES, Alexandre. Proposition de grilles d’identification et d’évaluation de sites web / Stage « Évaluation de l’information sur Internet » [en ligne]. URFIST de Rennes . Disponible  à l'adresse : http://www.sites.univ-
rennes2.fr/urfist/evaluation_information_grille


SERRES, Alexandre.  Évaluation de l’information sur Internet : le défi de la formation. Bulletin des Bibliothèques de France [en ligne], 2005, t. 50, n°06. Disponible à l'adresse : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2005-06-0038-006

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