Définitions

Partons des définitions données par différents dictionnaires et encyclopédies :

  • Plagiat : « Action du plagiaire, copie »
  • Le petit Larousse Illustré, 1997 : Plagier : « Piller des œuvres d'autrui en donnant pour siennes les parties copiées »
  • Dictionnaire Larousse en ligne : Plagiat : « Acte de quelqu'un qui, dans le domaine artistique ou littéraire, donne pour sien ce qu'il a pris à l’œuvre d'un autre » [1]
  • Wikipédia : Plagiat : « Faute morale et/ou commerciale consistant à copier un auteur ou créateur sans le dire, ou à fortement s'inspirer d'un modèle que l'on omet délibérément ou par négligence de désigner » [2]

Que dit la loi ?

En France, le Code de la propriété intellectuelle protège les œuvres de l'esprit. En cas de faute avérée, le plagiaire peut être condamné à de lourdes amendes pour «atteinte aux droits patrimoniaux» et/ou «atteinte au droit moral» :

Dans les universités, le Décret n°92-657 du 13 juillet 1992  prévoit des sanctions pouvant aller du simple avertissement à l'exclusion définitive de l'université :

Quand parle-t-on de plagiat ?

Le plagiat n'est pas apparu avec l'arrivée d'Internet. De tout temps, et encore plus avec la découverte de l'imprimerie (1436) et du papier (1440), la notion de plagiat est présente dans le milieu artistique, que ce soit en littérature, art ou musique.

Plagiat et milieu artistique

Comme le souligne Hélène Maurel-Indart [3], comment l'écrivain devant la page blanche ne va-t-il pas s'inspirer ici ou là de ses lectures antérieures ? Dans quelle mesure va-t-il réussir à produire une œuvre entièrement originale ?
On connaît la déclaration de Jean Giraudoux, écrivain et dramaturge français : « Le plagiat est la base de toutes les littératures, excepté de la première, qui d'ailleurs est inconnue » [4].

Même si la limite entre inspiration et plagiat n'est pas toujours évidente à définir, il reste néanmoins des cas avérés et célèbres de plagiat.

On peut citer par exemple le cas de Régine Desforges avec le roman La bicyclette bleue (Ramsey, 1981) face au roman de Margaret Mitchell Autant en emporte le vent  ou encore le livre de Thierry Ardisson Pondichéry qui fut tout bonnement mis au pilon par son éditeur, Albin Michel, suite aux accusations de plagiat des livres de Georges Delamare Désordre à Pondichéry (Ed. de France, 1938) et d' Yvonne Robert-Gaebele Créole et grande dame (1956). Exemple de recopiage [5] :

ARDISSON, Thierry.
Extrait de Pondichéry
ROBERT-GAEBELE, Yvonne.
Extrait de Créole et grande dame
 « Étendue sur une bergère, près de la cheminée, ramenant frileusement sur elle les couvertures qui devaient réchauffer ses pauvres jambes percluses de douleur, son regard s’arrêtait aux vitres closes, battues de pluie ou constellées de givre, par où l’on apercevait les silhouettes dénudées des hauts tilleuls qui bordaient l’avenue du jardin. » « Étendue sur une bergère près de la cheminée dans la grande chambre à alcôve tendue de velours cramoisi, ramenant frileusement sur ses pauvres jambes percluses de douleurs une couverture qui ne la réchauffait plus (…). Seule, à travers un carreau martelé par la pluie ou constellé de givre, la silhouette des hauts tilleuls qui bordaient l’avenue du jardin (…). »

Dans le milieu de la peinture et de la photographie, donc plus largement de l'image, l'appropriation de La Joconde par le peintre Marcel Duchamp va être le point de départ d'un nouveau concept : l'Appropriation Art. Ainsi Marcel Duchamp s'approprie-t-il l’œuvre de Léonard de Vinci en dessinant des moustaches sur une reproduction de La Joconde (cf. L.H.O.O.Q.)On remet dès lors en cause la notion de droit d'auteur, partant du principe que « lorsqu'une image est connue, elle appartient à tout le monde » [6].
Une des figures de ce mouvement, le photographe américain Richard Prince, se contente de re-photographier des images déjà existantes et de les renommer. Malgré les attaques contre lui, il gagne la plupart de ses procès grâce à une loi américaine qui autorise l'appropriation d'images d'autrui pour en faire une œuvre d'art, le Fair use, (l'"usage loyal") [7].

Des exemples de plagiat pourraient être donnés dans tous les domaines, que ce soit la musique, le cinéma, la presse ou les discours politiques. Revenons maintenant sur la forme de plagiat qui intéresse plus particulièrement la communauté éducative.

Le plagiat à l'école

Dans son livre Les dix plaies d'Internet : les dangers d'un outil fabuleux, Dominique Maniez consacre un chapitre entier au copié-collé qu'il présente comme une nouvelle discipline universitaire [8].
Dans les universités et les grandes écoles, les étudiants sont de plus en plus sensibilisés à ce problème par leurs professeurs. Par exemple,  Rémi Bachelet, enseignant-chercheur à l’École Centrale de Lille, a mis en ligne un cours sur le plagiat : http://plagiat.ec-lille.fr/Amphi_Plagiat.pdf.
Même si la France accuse un réel retard en la matière comparé aux pays anglo-saxons, particulièrement au Canada, des études commencent à voir le jour en France, notamment pour l'enseignement supérieur.

Avant de tenter d'analyser les pratiques de quelques collégiens et lycéens français, il est bon de rappeler dans quelles conditions on peut parler de plagiat dans le cas de l'école.
L'époque où les élèves passaient beaucoup de temps à recopier à la main des paragraphes entiers d'articles de dictionnaires ou d'encyclopédies fait désormais partie du passé, nouvelles technologies obligent ! L'ère du plagiat électronique est à son apogée et il semble urgent de prendre conscience que ce phénomène constitue désormais un véritable fléau.
Dans son article "Le plagiat et autres types de triches scolaires à l'aide des technologies : une réalité, des solutions", Nicole Perreault distingue plusieurs façons de pratiquer le plagiat [9] :

  • Tout d'abord le copié-collé, largement utilisé par les élèves, que ce soit pour des textes ou pour des images. Si on ne mentionne pas ses sources, si on n'utilise pas des guillemets quand on cite une phrase ou une petite partie de texte, alors on est en situation de plagiat.
  • Nicole Perreault présente ensuite deux autres formes de plagiat à l'école : la réutilisation de travaux existants et l'achat de travaux scolaires. Ces deux dernières formes de plagiat concernent davantage les étudiants que les élèves du secondaire.
    • Le plus gros problème pour les enseignants semble donc résider dans l'utilisation abusive d'un geste technique basique : le copié-collé, qui se trouve totalement détourné de sa fonction initiale.

Notes de bas de page

[1] http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/plagiat

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Plagiat

[3] Hélène Maurel-Indart. Plagiat et création littéraire. Consultable en ligne à l'adresse : http://www.fabula.org/atelier.php?Plagiat_et_cr%26eacute%3Bation_litt%26eacute%3Braire
[4] Jean Giraudoux. Siegfried et le Limousin. Paris : Grasset, 1922.
[5] cf. site leplagiat.net. Consultable en ligne à l'adresse : http://www.leplagiat.net/Page014.html
[6] Emmanuelle Anizon. Tous des copieurs? In Télérama n° 3219, 2 septembre 2011.
[7] Définition de Wikipedia. Consultable en ligne à l'adresse : www.wikipedia.org/wiki/Fair_use
[8] Dominique Maniez. Les dix plaies d'Internet : les dangers d'un outil fabuleux. Paris : Dunod, 2008. Ch. 7 "Le copier-coller, nouvelle discipline universitaire", p.119-131.
[9] Nicole Perreault. Le plagiat et autres types de triches scolaires à l'aide des technologies : une réalité, des solutions. Colloque « copié-collé... Former à l'utilisation critique et responsable de l'information », Mars 2009, Bruxelles. Consultable en ligne à l'adresse : http://www.ulb.ac.be/poluniv-bxl/pole/actes.pdf

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