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Cette séquence est proposée par Florian Reynaud, professeur documentaliste au collège Arthur Rimbaud d'Aubergenville (académie de Versailles). Elle a pour objectif de développer chez les élèves des connaissances sur le phénomène de la désinformation, comprise comme une notion, avec une volonté de partir de ce phénomène pour aborder les notions de médiatisation et d'éthique de l'information.

Rédaction : Florian Reynaud, Christine Bretton, Marie Nallathamby
Pour le Bureau national de la FADBEN : contact[at]fadben.asso.fr

Contexte

Cette séquence est proposée en collège à des classes de 3ème, dans un établissement classé APV. Après une séquence de trois heures, en 2012/2013, à partir de la « rumeur » et de la notion de médiatisation, nous avons choisi de travailler, avec les professeurs d'Education civique, à l'initiative du professeur documentaliste, sur la désinformation. Il s'agit d'une collaboration permettant d'apporter aux élèves les connaissances requises sur « l'opinion publique et les médias », dans les programmes d'éducation civique [1], mais aussi de préciser le fonctionnement des médias, au-delà du « rôle » mis en avant dans ces programmes. Ainsi, dans le cadre d'un enseignement info-documentaire mené dans l'établissement [2], sur un objet partagé, il s'agit de développer des notions spécifiques, d'une part, d'évaluer des compétences de recherche documentaire, d'autre part.
Initiée un mois avant les oraux d'Histoire des Arts pour le DNB, cette séquence se prêtait très bien à un travail de présentation orale, afin de favoriser les échanges, selon les modalités énoncées ci-après. Par contre, avec des programmes de troisième toujours très importants pour les collègues d'histoire-géographique-éducation civique, nous n'avons disposé que de deux heures.

Préalable

Afin de préparer cette séquence, nous avons pris appui sur le Wikinotions Info-doc [3], développé depuis 2007 d'après les travaux didactiques d'Ivana Ballarini et Pascal Duplessis sur les savoirs spécifiques en information-documentation [4]. Comprenant 64 notions essentielles en 2010, distribuées dans 7 notions organisatrices, le Wikinotions Info-doc est un outil pédagogique dans lequel est proposé un travail de transposition didactique des différentes notions relatives à l'information-documentation. Avec un nouvel outil de publication développé en 2013, le Wikinotions a profité d'une mise à jour des notions, jusqu'à 100 notions essentielles. Par ailleurs, cet outil collaboratif recueille une sélection de séquences pédagogiques relatives aux savoirs spécifiques, ainsi qu'un recensement, à terme exhaustif, des références relatives à l'information-documentation.

Pour chaque article, relatif à une notion, de ce Wikinotions Info-doc, il s'agit de cerner les caractéristiques d'une notion, avec plusieurs niveaux, débutant et avancé, pour développer ensuite des définitions, pour l'élève, selon un niveau débutant, un niveau avancé, avec éventuellement des compléments de définition. Il s'agit ensuite, à partir des caractéristiques, de mettre en exergue des exemples et des contre-exemples. Ils permettent la construction de la connaissance par l'élève, la construction de la définition, dans le cadre de la séance pédagogique conçue à partir de cet outil [5].

Quand nous avons choisi de développer une séquence sur la désinformation, la médiatisation et l'éthique de l'information, trois notions inscrites comme essentielles dans le Wikinotions, aucun des trois articles n'était rédigé, avec un souhait concrétisé depuis le début de l'année 2014, d'augmenter considérablement le rythme d'écriture sur le Wikinotions. Dans un premier temps, pour ces trois notions, nous avons donc rédigé les articles, selon la méthode présentée, avec des relectures de Marie Nallathamby, Ivana Ballarini et Gildas Dimier, chargés de ce dossier au sein de la FADBEN. Nous disposions alors de contenus validés par des pairs, après une première rédaction.
Nous avons une conception des notions, à disposition, ainsi qu'une formulation pour les élèves. Pour une première séquence avec des élèves de 3ème, il s'agissait d'expérimenter l'approche des formulations (ici présentées lors de la mise en œuvre des séances), quitte à revoir ensuite l'article du Wikinotions, dans un échange avec les pratiques pédagogiques.

Ainsi pour la désinformation

Niveau de formulation débutant : La désinformation concerne une information mensongère. C'est un acte volontaire qui s'appuie sur l'ignorance de l'opinion publique, pour obtenir une réaction ou convaincre et pour porter préjudice à un individu ou à un groupe.

Niveau de formulation avancé : La désinformation concerne une information mensongère, faussée, dénaturée, censurée sciemment. C'est un acte volontaire, au contraire de la "mésinformation" (défaut d’information sans l’intention de mentir ou de nuire). La désinformation s'appuie sur l'ignorance de l'opinion publique, à des fins politiques, économiques, pour obtenir une réaction de l'opinion ou pour convaincre l'opinion. Elle porte préjudice à un ou des tiers.

Ainsi pour la médiatisation

Niveau de formulation débutant : La médiatisation est un processus de diffusion d'un message ou d'une information qui suppose l'utilisation d'un ou plusieurs médias (presse écrite, radio, télévision, web, affichage public).
Niveau de formulation avancé : La médiatisation est un processus de médiation d'un message ou d'une information qui suppose l'utilisation d'un ou plusieurs médias (presse écrite, radio, télévision, web, affichage public). La médiatisation permet la publicité, au sens d'une diffusion, plus ou moins massive, autour d'un sujet, d'une personne, d'une organisation, d'un produit.

Ainsi pour l'éthique de l'information

Niveau de formulation débutant : L'éthique de l'information recouvre un ensemble de valeurs relatives aux droits de l'information et au respect d'autrui. Elle détermine des règles de comportement dans la publication et la diffusion de l'information. Elle engage la responsabilité de l'auteur dans le respect d'autrui.

Niveau de formulation avancé : L'éthique de l'information est un ensemble de valeurs (règles de morale, règles de comportement), réfléchies par les professionnels de l'information, conduisant à l'énonciation de droits et de devoirs (déontologie), et qui favorise la responsabilisation de l'auteur, en respect de l'honnêteté intellectuelle, du lecteur et des autres acteurs concernés par l'information.

Précisons dès maintenant que nous avons opté pour le niveau de formulation avancé au sujet de la désinformation, mais pour le niveau de formulation débutant pour les notions de médiatisation et d'éthique de l'information, en sachant qu'il s'agit à chaque fois d'une initiation (voire d'une découverte au sujet de l'éthique) pour les élèves concernés de 3ème.

Les objets d'étude : des cas de désinformation

Pour ce qui concerne le choix des cas de désinformation, nous avons utilisé la page « Catégorie : Désinformation » de Wikipédia [6], qui recense des cas plus ou moins proches de la notion, cas parmi lesquels nous avons retenu neuf sujets :

  • L'Englandspiel (1939-45)
  • L'opération Infektion (1983)
  • L'affaire des charniers de Timisoara (1989)
  • L'affaire des couveuses au Koweït (1990)
  • L'affaire Tuvia Grossman (2000)
  • Le scandale du Nigergate (2002)
  • L'affaire Jessica Lynch (2003)
  • Les troubles au Tibet (2008)
  • Niort et la rumeur du 9-3 (2013).

Enjeux et objectifs pédagogiques

A travers la séquence, nous souhaitons répondre à des enjeux de citoyenneté et d'esprit critique, à l'égard de la culture politique ou civique, et de la culture informationnelle des élèves.

L'objectif pédagogique est donc double. D'une part, il s'agit de favoriser la réflexion des élèves sur des évènements et informations politiques, à travers la notion choisie de désinformation. D'autre part, il s'agit de développer leur culture informationnelle en les confrontant à l'information médiatique (information brute de la désinformation) et à l'information critique (information critique et réfléchie sur les évènements concernés).

Nous répondons en grande partie aux objectifs de la partie des programmes d'éducation civique sur « l'opinion publique et les médias » (les sondages ne sont pas considérés, par contre, dans cette séquence). En information-documentation, sont envisagées, en termes de connaissances, les notions d'information, de médias, pour certains sujets proposés de médias sociaux (en ligne), de type d'information, et précisément pour tous de désinformation, de médiatisation et d'éthique de l'information. D'autre part, les sujets de recherche choisis correspondent à la période étudiée en histoire par les élèves de 3ème, de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, permettant de donner du sens et du lien entre les apprentissages.

Cadre de l'activité et modalités d'organisation

Afin d'aller vers une appropriation de ces notions par les élèves, les activités choisies sont celle d'une recherche documentaire courte, sur un temps d'une heure, et celle d'une présentation orale de chaque sujet devant la classe, permettant la synthèse et la construction de définitions communes.

Les deux séances se déroulent en classe entière, avec la présence du professeur documentaliste et du professeur d'éducation civique.
Pour la recherche, la séance se déroule en salle informatique. Les élèves travaillent par groupe de deux (ou trois), avec un groupe par poste informatique. Aucune trace n'est gardée sur session, mais chacun dispose d'une feuille de recherche (en pièce jointe à cette séquence) afin de répondre au sujet choisi et de faire ensuite la synthèse.

La séquence se déroule sur deux heures non consécutives, avec la possibilité pour les élèves, entre les deux heures, de continuer des recherches qu'ils n'auraient pas eu le temps de terminer en vue de leur présentation à l'oral.
Pour la présentation orale, les échanges et la synthèse, la séance se déroule dans la salle de classe du professeur d'éducation civique. Les groupes passent l'un après l'autre pour présenter son sujet, sans aucun document projeté, mais avec leurs notes. Ceux qui ne passent pas, notent au fur et à mesure les éléments utiles pour la synthèse, sur la deuxième page de la feuille.

Processus de la séquence

Première séance

Les élèves sont installés aux tables par groupe au centre de la salle.

  • 10 minutes : présentation des objectifs, présentation des activités et des modalités d'organisation, distribution de la feuille de travail.
  • 5 minutes : choix des sujets (dès qu'un groupe a choisi, il se déplace devant un poste informatique, les postes étant distribués sur trois murs de la salle).
  • 40 minutes : recherche documentaire des élèves pour répondre aux questions posées sur la feuille distribuée en début de séance ; les professeurs passent individuellement d'un groupe à l'autre afin d'apporter leurs éclairages et d'accompagner les élèves dans leur recherche.

Deuxième séance

Les élèves sont installés aux tables par deux dans la salle de classe.

  • 5 minutes : présentation des objectifs, présentation des activités et des modalités d'organisation.
  • 35 minutes : chaque groupe passe au tableau présenter son sujet, dans un court exposé de 2 à 4 minutes ; des questions peuvent être posées par les élèves ; des questions sont éventuellement posées par les professeurs, qui peuvent par ailleurs apporter des précisions.
  • 5 minutes : on reprend les quatre questions de synthèse, sur la deuxième page de la feuille.
  • 5 minutes : on propose aux élèves de construire une définition pour la désinformation et pour la médiatisation, et on propose un texte issu de cette construction (proche du niveau de formulation défini dans les objectifs).
  • 5 minutes : en appui sur les échanges des deux séances, on essaye de voir comment éviter la désinformation, en donnant enfin une définition de l'éthique de l'information.

Outils pour la séquence

Une feuille est distribuée aux élèves, avec deux pages qui correspondent chacune à une séance : la première concerne la recherche sur le cas de désinformation choisi parmi les neuf cas proposés ; la deuxième permet la synthèse après écoute de chaque groupe, et mise en place des définitions pour conclure la séquence.

Pour l'enseignant, une feuille simple de définitions est utile, au moins pour la formulation à clarifier lors des premières classes.

[télécharger la fiche-outil élèves]

Evaluation et bilan

Évaluation des élèves

Dans le cas de deux premières classes, la recherche et la prise de notes ont été notées, avec une note intégrée parmi les notes de l'éducation civique. Mais cette évaluation n'est pas particulièrement satisfaisante. Pour les deux classes suivantes, après la fin des notes au bulletin, il n'y a pas eu d'évaluation formelle. Dans tous les cas, il s'agissait plus là pour nous d'une évaluation informelle des élèves en fin de 3ème, sur leurs capacités de recherche en un temps limité (troisième de ce type dans l'année), sur leur engagement dans une réflexion collective. Dans le premier cas, l'évaluation est satisfaisante, selon les observations effectuées, mais avec une difficulté pérenne à indiquer les sources utilisées lors de la recherche. Dans le deuxième cas, une évaluation est bien sûr complexe, mais l'intérêt des élèves pour la recherche, et leur source d'interrogations et d'écoute, à l'égard d'autres séquences, nous ont permis de constater un engagement réel dans ce type d'activité et d'échanges.

Bilan de l'activité

Globalement donc, le bilan est très positif. Le choix laissé libre des sujets, malgré le fait qu'un sujet ne puisse être choisi que par un groupe, a permis que la motivation soit réelle pour chaque groupe, sans exception. Par contre, la difficulté de certains sujets a pu rendre les choses complexes, mais sans le blocage que nous aurions pu observer par ailleurs, avec un souhait manifeste de comprendre. L'affaire des charniers de Timisoara et l'affaire des couveuses au Koweït se sont avérés être des sujets particulièrement difficiles, qu'il vaut mieux gérer d'ailleurs dans la distribution initiale des sujets, selon les connaissances et compétences connues des élèves par les professeurs.

La feuille présentée en pièce jointe à cette séquence est corrigée par rapport à un dysfonctionnement repéré. Problème non rencontré avec les deux premières classes, nous avons été surpris de voir que dans les deux classes suivantes, plusieurs élèves ne comprenaient pas la question « Qu'est-ce qui est vrai ? » dans le sens voulu de « Qu'est-ce qui est vrai dans l'information donnée ? », et qu'ils avaient tendance à corriger l'information (ce qui n'est pas possible pour tous les sujets). Suivait la question « Qu'est-ce qui est faux ? », qui ne posait pas de problème. Nous avons corrigé cet écueil avec trois questions : « Qu'est-ce qui vrai dans cette information donnée ? », « Qu'est-ce qui est faux dans l'information donnée ? » et « Si possible, rétablissez la vérité : ».

Conseils aux utilisateurs futurs du scénario

Le temps est sans doute trop court. Une heure de plus permettrait d'avoir un temps de préparation de l'oral, qui manquait pour nous, avec la possibilité pour les élèves d'illustrer leur sujet par exemple (pour l'affaire Tuvia Grossman, cela paraît ainsi essentiel, mais pour d'autres aussi comme cela permet de donner corps à l'exposé avec une contextualisation par exemple). Enfin, ce temps supplémentaire permettrait d'augmenter les échanges entre les élèves et avec les enseignants, échanges qui se sont avérés demandés par les élèves pour chaque classe avec laquelle nous avons travaillée.

Pour aller plus loin

On peut encore envisager une utilisation avancée des outils numériques, lors de ces activités :

  • avec l'enregistrement de documents illustrés sur l'ENT lors de la première séance, afin de les projeter lors de la deuxième séance ;
  • avec un document d'écriture collaborative pour chaque groupe afin de publier le travail final, globalisé, de toute la classe.

Notes de bas de page

[1] Consultable en ligne à l'adresse : Opens external link in new windowhttp://cache.media.education.gouv.fr/file/special_6/52/2/Programme_hist_geo_education_civique_3eme_33522.pdf
[2] Progression de cet enseignement consultable en ligne à l'adresse : Opens external link in new windowhttp://billiejoe.fr/spip.php?rubrique3
[3] Consultable en ligne à l'adresse : Opens external link in new windowhttp://fadben.asso.fr/wikinotions/
[4] FADBEN. Les savoirs scolaires en information-documentation : 7 notions organisatrices, Médiadoc, mars 2007.
[5] Davantage de précisions sur la méthode de travail adoptée pour ce Wikinotions Info-doc, par Ivana Ballarini à l'adresse : Opens external link in new windowhttp://fadben.asso.fr/wikinotions/index.php?title=Pr%C3%A9sentation_du_projet
[6]  Consultable en ligne à l'adresse : Opens external link in new windowhttp://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9sinformation

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