Une épée de Damoclès, les Ruines de Séchilienne

Située dans les gorges de la Romanche (massif de l’Oisans), à 20 km en amont de Grenoble dans le département de l’Isère, la bourgade de Séchilienne est célèbre pour les Ruines, une zone d’éboulement, qui surplombent ses paisibles herbages. Adossé au versant sud du mont Sec, à l’extrémité sud-ouest du massif de Belledonne, le site est connu depuis des siècles pour son instabilité géologique. Celle-ci s’explique par la présence de roches micaschistiques et d’eaux de ruissellement qui s’amoncellent dans les fractures du sol, et par la décompression du massif qui, il y a 15 000 ans, lors du retrait du glacier de la Romanche après la dernière glaciation, a provoqué l’affaissement du sommet du mont Sec et la forte pente du versant, facteur accélérant du mouvement.

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Les Ruines de Séchilienne et la vallée de la Romanche vues depuis les hauteurs de la commune de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne © S. Gominet, photothèque Irma

Voici une zone de l’Isère qui par sa nature géologique et ses manifestations passées concentre l’attention des pouvoirs publics. Une montagne, le mont Sec, riche de roches friables, les micaschistes. Une aire d’éboulement au nom prédestiné, les « Ruines », dominant une rivière, la Romanche. Enfin, en aval, le paisible village de Séchilienne. Une hypothèse hante les experts : un éboulement de roches engendrant à terme l’inondation de la vallée aux conséquences désastreuses pour les habitations et les industries. Pour réduire les effets d’une catastrophe, des chercheurs ont fait des simulations en laboratoire et proposé des parades : déviation de la route départementale, digues à renforcer et à surélever. Le dispositif d’évacuation des populations et le recours à l’expropriation d’habitations directement menacées restent d’actualité.

Parce qu’elles constituent une menace permanente pour la sécurité des personnes et des biens, les Ruines de Séchilienne justifient l’attention particulière des pouvoirs publics.

Longtemps, les experts ont craint un éboulement massif de ces roches extrêmement friables et instables, pouvant engendrer une obstruction du fond de la vallée et causer la formation d’un barrage naturel empêchant l’écoulement de la Romanche. Soumis à la pression croissante des eaux, le barrage improvisé céderait, provoquant ainsi une inondation dévastatrice pour les zones fortement urbanisées et industrialisées situées en aval. Ainsi, un éboulement de très grande ampleur aurait pour effet de générer une catastrophe majeure mêlant inondation et destruction d’industries sensibles susceptibles d’entraîner elles-mêmes un suraccident.

La montagne sous surveillance

Aujourd’hui, sur la base de simulations effectuées en laboratoire, il apparaît qu’un tel scénario n’est plus à envisager. Néanmoins, cette zone continue de faire l’objet d’une auscultation attentive par le centre d’études techniques Équipement de Lyon et le syndicat mixte des Bassins hydrauliques de l’Isère. Ainsi, des parades particulières sont envisagées : déviation de la route départementale 1091, surélévation et renforcement des digues. Elles compléteront les mesures existantes telles le dispositif d’évacuation d’urgence des populations et le recours à l’expropriation d’habitations directement menacées.

Née de la « loi Barnier » relative au renforcement de la protection de l’environnement, cette procédure permet à l’État d’exproprier des habitations exposées à un risque naturel majeur lorsque les moyens de sauvegarde et de protection des populations s’avèrent sensiblement plus coûteux que les indemnités d’expropriation. Elle fut appliquée en 1997 sur le territoire de l’Île-Falcon, hameau de la commune de Saint-Barthélémy-de-Séchilienne, soit 115 hectares comprenant 94 maisons (280 habitants), des équipements publics et une centrale EDF.

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Éboulement du 24 janvier 2004 sur la RD 1091 entre le péage de Vizille et les Ruines de Séchilienne (environ 200 tonnes de rochers) © L. Cassagne, Irma

L’éboulement du 24 janvier 2004 montre combien le blocage des accès peut très rapidement entraîner des difficultés d’approvisionnement, générer des problèmes de sécurité et perturber le fonctionnement des services publics et de l’économie locale.

Une commission locale d’analyse et d’information spécifique, pilotée par le préfet de l’Isère, assure aux élus locaux et aux associations de riverains la diffusion régulière de toute information relative à cette zone d’éboulement, l’une des plus surveillées au monde.