Un volcan pas comme les autres, une éruption de boue

À quoi ressemble un volcan de boue ?

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Le volcan de boue de Gobustan, en Azerbaïdjan © R. Willaert

Celui-ci, pris en flagrant délit de régurgitation dans la région du Gobustan en Azerbaïdjan illustre cette surprenante manifestation géologique dont la Terre a le secret. Ici, ni roche en fusion ni cendre ; aucune similitude avec le volcanisme traditionnel si ce n’est la morphologie conique et la présence d’un cratère. Ce phénomène, résultant de l’expulsion de sédiments à la surface de la Terre, peut naître dans deux contextes distincts : soit dans les zones de subduction, c’est-à-dire les zones où se rencontrent deux plaques tectoniques, soit dans les deltas des grands fleuves en raison d’un taux de sédimentation élevé. Bien que répandu sur l’ensemble de la planète, ce type de volcan était jusqu’à présent considéré comme inoffensif jusqu’au 29 mai 2006 lorsqu’une éruption a débuté à Sidoarjo, sur l’île de Java, en Indonésie.

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La boue rejetée par le volcan de Sidoarjo a englouti les villages environnants © Ivor NL

La photo montre un lac de boue d’où émerge le toit d’un édifice enseveli lors de l’éruption volcanique de Sidoarjo sur l’île de Java (Indonésie, 2006). Une éruption atypique, car au lieu de la lave, le volcan a vomi un liquide épais et nauséabond, qui a tout englouti sur 700 hectares.

Quelle est la cause du prodige ? Forage pétrolier mal maîtrisé ? séisme ? ou remontée de fluides due à un phénomène de subduction ? Il faut savoir que la lithosphère, couche solide de la croûte terrestre, est découpée en plaques mobiles, se déplaçant les unes par rapport aux autres. En Indonésie, la plaque Pacifique, formée de lithosphère océanique, se rapproche de la plaque Indo-australienne formée à la fois de matières océanique et continentale. D’une densité plus lourde, la plaque océanique, dans un phénomène de subduction, plonge sous la continentale mais conserve sa rigidité. Sous l’effet de sa propre masse, elle se distend et même se rompt. Ces à-coups sont à l’origine des séismes. Au fur et à mesure de sa descente, la matière se réchauffe progressivement jusqu’à fondre...

Organisme vivant, la Terre rappelle parfois à ses locataires qu’il faut compter sur ses humeurs capricieuses. Les habitants de Sidoarjo l’apprennent à leurs dépens, victimes de l’expansion d’un liquide épais, bouillant et nauséabond qui s’échappe des entrailles d’un volcan. Un immense lac de boue de plus de 700 hectares a depuis 2006 englouti une douzaine de villages, une autoroute et une voie ferrée, contraint 40 000 personnes à l’exode et provoqué la mort de dizaines d’entre elles.

Des scientifiques internationaux accusent la société pétrolière Lapindo Brantas d’avoir mal maîtrisé la décompression d’une poche d’hydrocarbures lors d’un forage ; de son côté, l’exploitant affirme qu’un séisme survenu deux jours plus tôt dans le centre de Java serait à l’origine de la catastrophe. Compte tenu du débit colossal du rejet de boue (environ 10 000 m3 par jour), il s’agirait bien d’une compression naturelle importante dans une région propice de subduction associant volcanisme, compression tectonique et hydrothermalisme. Le forage n’aurait fait qu’accélérer un phénomène naturel se traduisant par l’éruption de boue, due à la remontée de fluides sous pression, généralement de l’eau contenant des gaz issus de la maturation de matières organiques enfouies, phénomènes connus aux alentours des grands gisements d’hydrocarbures.

Limiter l’expansion de la boue

Après l’échec d’opérations de colmatage, les autorités locales tentent de limiter l’expansion de la boue en érigeant des digues et en la déroutant vers une rivière dont le lit risque cependant de disparaître. Mais l’accumulation de boue entraîne un affaissement du sol qui menace de faire céder ces remparts et d’abattre des lignes à haute tension. De plus, cette boue riche en métaux lourds, en contaminant les élevages locaux de crevettes et en détruisant les rizières, engendre un désastre économique pour la région. Pressée par le gouvernement, la société Lapindo Brantas a pris l’engagement d’indemniser 10 000 familles à hauteur de 400 millions de dollars.

Quatre ans après, seuls sont encore visibles le faîte du toit d’une mosquée et la cime décharnée des arbres les plus hauts. Selon les experts qui évaluent à 100 000 le nombre de personnes vivant sous la menace dans cette région industrielle fortement urbanisée, aucune solution viable ne semble pouvoir être mise en œuvre pour maîtriser cette boue qui continue de se répandre inexorablement.