Portrait

Un homme de missions sur le front de l’info

Par : Jeanne Morcellet (journaliste qui collabore régulièrement à Risques et Savoirs)

Une vitalité à vous couper le souffle. Le commandant Bernes sprinte sur tous les fronts. Là où son métier et sa passion l’exigent. Expert en communication, il respire, vit, importe et exporte l’info dans le monde entier. Son parcours, jalonné de succès et d’écueils, est à l’image de sa personnalité. Dense et bien trempée. Sans compromis.

Samuel Bernes avait le choix entre les deux traditions, militaire et littéraire, qui structurent sa famille depuis plusieurs générations. Mais très jeune il n’a d’yeux que pour la figure de son grand-père maternel, officier général, « juste et intègre » mort en déportation. Il veut être militaire. Une quête aujourd’hui satisfaite mais acquise au prix fort. S’il sait revisiter son passé, il n’est pas doué pour le repentir et le remords et préfère aller de l’avant.

À 18 ans, il entre au lycée militaire de La Flèche pour préparer le concours de Saint-Cyr qu’il… « rate brillamment ! ». Il s’accroche et intègre un peloton d’élèves officiers de réserve à Angers. Il devient chef de section en génie combat. C’est la révélation : il aime le contact humain, former physiquement et moralement les hommes dont il est responsable. Mais il le reconnaît : « j’avais 22 ans, soif de justice et j’étais idéaliste ». Alors comme il s’accommode mal d’un quotidien sans panache, il quitte l’armée, ses rêves d’action et vit de petits boulots. Samuel ne se plaint pas. Jamais. Il s’adapte. C’est sa force : « Je le dis souvent, si demain je suis concierge, je révolutionnerai l’immeuble ! ». N’empêche, au bout d’un an et demi, il réintègre l’armée au 6e régiment du génie. Deux ans plus tard, en 1994, sur concours il rejoint l’école d’application puis le 401e régiment d’artillerie. Toujours la même histoire : il adore le commandement, les hommes et l’action. Il précise :
« les hommes sont comme de la pâte à modeler. Il faut les manipuler avec prudence et sincérité. Le contact humain permet aussi de s’améliorer en apprenant sur soi. Un chef doit être intègre, juste et compétent. Sinon, il soulève beaucoup d’indignations et de révoltes. Et moi, quand je suis en colère, je me bats à la baïonnette, au corps à corps ». La voix est vive, le propos acéré, Samuel est ainsi : entier, loyal, franc. Un incorrigible redresseur de torts qu’il faut canaliser. En 1995, il trouve enfin son coin de paradis.

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Interview à l’arrivée à Port-au-Prince © SC

Lieutenant, il est affecté au centre de secours de Saint-Maur (94) de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), il y découvre « des hommes qui ont la foi ». Il évolue en terre amie, car comme il le dit bien haut « je ne suis pas un officier de salon ».
Il commande la première compagnie, dans le 12e arrondissement de Paris, il « s’éclate » car il dirige : « pour commander il faut être psychologue, attentif aux autres, humain, ferme mais juste ».

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Collaboration franco-américaine en Haïti © SC

Décidément, l’homme a le goût des autres. Sa carrière le porte à l’état-major, à Champerret, comme officier en ressources humaines. Il se passionne pour son nouveau métier. Il réfléchit à l’évolution de carrière des sous-officiers. Mais le bonheur ne dure pas, du moins le croit-il. Lauréat d’un concours interne, le voilà dirigé vers la communication. Il se rebiffe et refuse « d’appartenir à un monde du paraître et de réseaux ». Mais l’homme rentre dans le rang car il découvre un nouveau métier qui va lui coller à l’âme, comme une seconde peau. Diplômé de l’Institut français de presse, il déboule, le 1er septembre 2007, au service communication de la direction de la Sécurité civile en tant qu’officier adjoint. Un service de sept personnes où « l’on fait tout, de la communication interne, institutionnelle et externe mais aussi de la communication de crise ». Et puis, il couvre les missions sur le terrain : Nouvelle- Calédonie, Palestine, Sri Lanka, Haïti… il travaille avec les médias français et internationaux, produit des vidéos pour enrichir le fonds d’archives, les proposer aux télévisions. Il s’est battu pour que son caméraman, Laurent Roch, « un physique qui galope, dort n’importe où et connaît parfaitement son boulot » parte systématiquement avec lui : « nous formons un binôme indissociable.

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Interview d’Éric Abraham du centre de crise du ministère des Affaires étrangères et européennes. © SC

Je gère les médias et le caméraman permet au préfet de disposer quotidiennement de nouvelles images ». L’occasion aussi, à Gaza en janvier 2009, de participer à une mission de traitement de l’eau au profit des populations. Mais les circonstances locales empêchent le déploiement du matériel… À défaut de pouvoir dessaler, la mission rédige un audit sur les ressources en eau du pays.
La situation est peu brillante : « la Palestine ne dispose pas d’infrastructures satisfaisantes. Il manque des machines de dessalement modernes ». Au Sri Lanka, dans un hôpital de campagne, il assiste à la mort d’enfants, aux cris des mères. Les missions le transforment : « j’étais quelqu’un d’insouciant, joyeux, mon métier m’a endurci ». Et son métier l’obsède tellement que le refrain entêtant « la mission est sacrée, je l’exécute jusqu’au bout » le poursuit partout.

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Des enfants Sri Lankais soignés. © SC

Trop impliqué, trop têtu, trop entier, sa mission le dévore : sur le sol d’Haïti dernièrement, pour communiquer sur l’hélicoptère de la Sécurité civile, il organise avec un journaliste de France 2 le transfert d’une blessée vers un navire hôpital américain. L’opération requiert énergie, opiniâtreté et pas mal de chance : en plein imbroglio, il avise par téléphone le premier ministre Haïtien, obtient l’autorisation exigée par les Américains, trouve pour le pilote français les coordonnées GPS de la zone de poser via un capitaine américain rencontré à point nommé… Pourtant, même s’il a réussi, Samuel s’interroge sur sa démarche : « je me suis substitué aux opérationnels pour faire de la com’. Ai-je bien fait… ou pas ? Je ne cherche pas à me soigner de quoi que ce soit, comme mon père, je travaille comme un acharné.

Je crois que la communication décuple ce besoin d’être au coeur des choses, de montrer de quoi on est capable. Bien sûr, c’est de l’orgueil, de la prétention… mais ça ne se soigne pas ». Même sérieux, Samuel Bernes sourit et confie : « ici, on me surnomme Bip Bip, le personnage surexcité du dessin animé ». En août 2010, il rejoindra la communication de la BSPP avec comme devise la réplique de Cyrano de Bergerac : « Bref, dédaignant d’être le lierre parasite, Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul, Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! »