Une compétence

Servir pour sauver, les Formisc

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Des sapeurs-sauveteurs prennent en charge une victime rescapée du séisme survenu en Haïti le 12 janvier 2010 © L. Roch, SC

Mardi 12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter est enregistré à 22 km de Port-au-Prince, la capitale haïtienne… Vingt-cinq jours plus tard, le bilan de l’action des 265 sapeurs-sauveteurs des formations militaires de la Sécurité civile (Formisc) engagés fait état de 14 victimes extraites vivantes, 10 265 consultations médicales et 277 300 litres d’eau distribués.

Les trois unités d’instruction et d’intervention de la Sécurité civile constituent les renforts nationaux mis à la disposition du préfet, directeur de la Sécurité civile.

À ce titre, elles maintiennent quotidiennement 325 personnels en astreinte immédiate prêts à intervenir sur toute catastrophe, en tout temps et en tout lieu, tant en France qu’à l’étranger, aussi bien en temps de paix, de crise ou de guerre. Sur le territoire national, elles interviennent toujours en appui des sapeurs-pompiers territoriaux.

Leurs missions permanentes couvrent les cinq domaines suivants :

  • la participation à la gestion de crise ;
  • la lutte contre les feux de forêts ;
  • l’intervention sur catastrophes naturelles ;
  • l’intervention sur catastrophes technologiques ;
  • l’assistance aux populations sinistrées.

Une action en trois temps

Pour faire face aux différents risques et menaces, la logique d’engagement répond au triptyque suivant :

  • avant la catastrophe, une phase d’anticipation permet de constituer des détachements d’intervention prépositionnés au plus près de la zone potentiellement menacée ;
  • pendant la catastrophe, l’intervention des moyens nationaux permet de répondre dans les plus brefs délais à la situation d’urgence ;
  • après la catastrophe, des modules spécifiques contribuent aux phases de consolidation et de stabilisation de la situation.

La polyvalence de l’engagement opérationnel de ces unités se reflète à travers le principe des quatre éléments, enseigné par les philosophes présocratiques de la Grèce antique.

Ainsi Héraclite considérait le feu comme l’essence première du monde. Cette empreinte du feu se caractérise dans les formations militaires de la Sécurité civile (Formisc) par un engagement de trois mois l’été dans le Sud de la France (continent et Corse), afin de participer avec les autres moyens nationaux (canadairs…) à la lutte contre les feux de forêt.

Pour Anaximène, l’air constituerait l’origine de toute matière. Pour les Formisc, les phénomènes atmosphériques (cyclones et tempêtes) présentent des réalités destructrices marquées. Les passages des tempêtes Klaus et Xynthia, en 2009 et 2010 en France, ont entraîné l’engagement opérationnel de plus de 600 sapeurs-sauveteurs et d’une centaine d’engins sur plusieurs mois.

Selon Thalès, l’existence du monde reposerait sur l’eau. Pour les Formisc, les phénomènes d’intempéries (pluie, neige) entraînant inondations, coulées de boue, coupure des voies de communication, sont autant d’occasions d’intervenir au plus près de la population comme ce fut le cas récemment dans le Sud de la France ou en Charente-Maritime. Un autre domaine d’intervention lié à cet élément est celui de sa potabilisation (missions à Haïti, Gaza et Sumatra).

Des interventions sur les quatre éléments

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Une unité cynophile en opération à Port-au-Prince © L. Roch, SC

Enfin, Aristote mentionne la terre comme quatrième élément composant le monde connu. Appartenant à l’arme du génie de l’armée de Terre, les Formisc ont toujours été associées aux séismes, avec l’image de l’équipe cynophile cherchant dans les décombres la moindre preuve de vie. L’émotion ressentie en Haïti vient faire écho aux grands tremblements de terre d’un passé proche (Chine, Algérie, Mexique) à l’occasion desquels les Formisc, dans la mesure de leurs capacités, sont également intervenues.

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Des sapeurs-sauveteurs en exercice avec le dispositif Neptune de lutte contre les inondations © J. Bertrand, SC

Aujourd’hui, les quatre éléments sont aussi vecteurs de risques nouveaux, inconnus dans la Grèce antique car liés à l’activité économique (risques nucléaire et industriel, transport de matières dangereuses) ou à la malveillance de l’homme moderne (menaces terroristes). L’expertise des Formisc ainsi que les équipements dont elles disposent en matière de détection et de protection individuelle les autorisent à intervenir sur tout type de catastrophe technologique comme ce fut par exemple le cas à Toulouse en 2001 après l’explosion de l’usine AZF, ou plus récemment dans le cadre du plan Polmar (pollution maritime). Les 1 500 hommes et femmes qui composent les Formisc honorent ainsi en toute circonstance leur devise : « Servir pour sauver »

Les Formisc ont vu le jour après la tragédie issue de la rupture du barrage de Malpasset, près de Fréjus, en 1959 qui a fait 423 victimes.

Constatant la faiblesse des effectifs et des moyens, le général de Gaulle demande d’étudier l’engagement d’unités militaires dans des missions de Sécurité civile. En 1964, organisée à partir des effectifs disponibles et formés issus des troupes françaises de retour d’Algérie, la première unité de Sécurité civile voit le jour à Brignoles (Var). Suivra la création de deux autres unités à Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) en 1978 et à Corte (Corse) en 1984.

Le 24 mars 1988, le commandement des Formisc est créé. Depuis 2008, elles ont réalisé 131 missions opérationnelles majeures au cours desquelles elles ont eu à déplorer 17 décès et 52 blessés.