Sauvetages en eaux vives À l’eau les pompiers !

Jeudi 15 avril, 10 h 18, au centre de secours d’Annonay, le signal sonore de la caserne retentit : « Départ équipe nautique pour VL immergé avec deux personnes à bord sur la commune d’Annonay. Je répète, départ équipe nautique pour VL immergé… » En quelques minutes les sapeurs-pompiers sont en route !

L’imprimante du centre opérationnel du centre de secours d’Annonay (Ardèche) se met soudain à crépiter. Le « stationnaire », le sapeur-pompier chargé de transmettre les demandes de secours aux équipes d’intervention, reçoit un message provenant du centre de traitement de l’alerte, plateforme téléphonique où aboutissent et sont traités tous les appels 18 du département.

Le signal sonore à trois notes annonçant à la caserne un départ sur intervention retentit, suivi de ce message : « Départ équipe nautique pour VL immergé avec deux personnes à bord sur la commune d’Annonay. Je répète, départ équipe nautique pour VL immergé… ».

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© Ph. Arrondeau, SC
(1) Le « stationnaire » du centre de secours d’Annonay reçoit le message d’alerte.
(2 et 3) Les hommes de l’équipe nautique se préparent. Ils attellent à leur véhicule l’embarcation motorisée. Finalement, elle ne sera pas utile à l’exercice mais il faut parer à toute éventualité.
(4) Les sauveteurs atteignent les victimes isolées avec leur véhicule au milieu du cours d’eau.

Jeudi 15 avril, 10 h 18 : le signal sonore retentit, les pompiers s’équipent pour une intervention en eaux vives

Les sapeurs-pompiers font irruption dans le garage et chargent l’équipement de circonstance : combinaisons, casques, chaussures ainsi que les gilets de flottaison qui eux-mêmes contiennent du matériel nécessaire à l’intervention, tel que les longes et gilets de sauvetage pour les victimes. Une remorque avec une embarcation motorisée est attelée au véhicule qui démarre en trombe.

À peine 10 minutes plus tard, les sapeurs-pompiers découvrent une situation critique : au milieu du cours d’eau, à l’endroit indiqué, deux personnes sont bloquées dans une voiture, immergée environ aux deux tiers. L’un des passagers a pu se réfugier sur le toit mais l’autre est bloqué au volant. Il faut agir très vite car le fort courant menace à tout moment d’emporter le véhicule. Celui-ci n’étant pas très éloigné de la berge, il ne sera pas nécessaire de le rejoindre par bateau.

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© Ph. Arrondeau, SC
(5 et 6) Les sauveteurs font immédiatement revêtir aux victimes des gilets de sauvetage pour sécuriser et faciliter leur évacuation. Le sauveteur prépare l’évacuation de la victime en lançant une longe au binôme de sécurité resté sur la berge.
(7 et 8) Grâce à la longe, le sauveteur et la victime sont tractés par le binôme de sécurité qui assure leur retour sur la terre ferme.

10 h 35 : l’équipe nautique nage vers les victimes

Deux hommes de l’équipe nautique s’engagent immédiatement à la nage en amont de la voiture tandis que deux coéquipiers restent sur la berge pour surveiller leur progression puis assurer leur retour sur la terre ferme : c’est le rôle du binôme de sécurité, sans lequel aucune intervention en eaux vives ne peut être risquée.

Portés par le courant, les sauveteurs atteignent rapidement la voiture. En faisant obstacle au cours d’eau, le véhicule crée derrière lui une zone qui n’est pas soumise au courant et où la surface de l’eau est relativement calme. Les sauveteurs vont profiter de cet espace, appelé « contre courant », pour s’y abriter.

Le premier bilan est rassurant puisqu’aucune victime ne semble gravement blessée. Sans tarder, l’un des sauveteurs grimpe sur le toit du véhicule, se place derrière le passager qui s’y trouve réfugié et lui fait enfiler un gilet de sauvetage.

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(9) Allongé, les pieds devant : un sauveteur effectue une démonstration de descente d’un cours d’eau en position de sécurité.
(10) Si un obstacle se présente (un rocher par exemple), les pieds amortiront le choc.
(11) Deux sauveteurs effectuent une démonstration de nage dans un rappel.
(12) Un sauveteur s’élance de la berge pour intercepter une victime fictive emportée par le courant. Trois sauveteurs s’abritent derrière un rocher, où la surface de l’eau est calme et le courant faible. Cette zone est appelée « contre-courant ».

Les gestes sont précis, tout va très vite… Le sauveteur extrait maintenant de son gilet de flottaison une longe qu’il lance à ses coéquipiers restés sur la berge. Ainsi arrimés, le sauveteur et la victime se jettent à l’eau et se font remorquer dos au courant jusqu’au rivage où le binôme de sécurité vient leur porter assistance. Grâce aux mêmes gestes, l’autre victime et son sauveteur seront évacués à leur tour quelques secondes plus tard. Plus de peur que de mal… En réalité, tout cela n’était qu’un exercice !

10 h 50 : exercice réussi, les victimes sont hors de danger

Professionnalisme et concentration sont exigés pour ces sauveteurs qui souvent doivent agir dans les délais les plus brefs et parfois dans des conditions extrêmes, quels que soient la température et le débit du cours d’eau. La répétition est gage d’efficacité. L’entraînement se situe dans une rivière artificielle du département de la Haute-Loire, aménagée pour les sports en eaux vives. Pour autant, l’équipe nautique du service départemental d’incendie et de secours de l’Ardèche n’a pas vocation à intervenir pour des accidents de kayak ou de rafting. Des postes de surveillance ont été installés à cet effet sur tous les sites ouverts à ce type de loisirs. Si les sauveteurs aquatiques s’entraînent en moyenne deux à trois fois par mois dans cette rivière artificielle, c’est parce qu’elle présente des conditions similaires à celles qui peuvent être rencontrées lors de crues torrentielles, à l’image de celles qui ont touché l’Ardèche en novembre 2008. « Nous avons réalisé une dizaine d’interventions lors des crues de 2008. » assure le commandant Christian Lucotte, responsable de l’équipe. Le risque d’inondation reste très présent dans le département. Il est d’ailleurs mentionné dans le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques comme un risque dimensionnant, c’est-à-dire suffisamment important pour justifier à lui seul la création d’une équipe nautique.

S’entraîner pour connaître la rivière

Les exercices réalisés aujourd’hui se réfèrent à des situations de détresse où les victimes sont proches de la berge et qui ne nécessitent pas l’intervention d’embarcations ou de moyens héliportés. Un entraînement qui prend vite l’allure d’un jeu pour les participants. Pour s’adapter aux conditions particulières rencontrées en eaux vives, l’équipe nautique utilise des techniques de nage et d’intervention initialement développées par les sapeurs-pompiers de l’Hérault, qui font figure de référence dans le domaine. Ces techniques s’appuient sur la lecture de la rivière, autrement dit sur une parfaite aptitude à identifier les différents courants et mouvements d’eau en présence. « La lecture de la rivière est essentielle, insiste le commandant Lucotte. Il ne s’agit pas d’aller contre les forces en mouvement, c’est inutile, mais plutôt de jouer avec elles pour pouvoir atteindre son objectif. »

Utiliser la force de l’eau

Propos rapidement illustrés par une démonstration de nage dans un « rappel » : c’est un courant circulaire montant et descendant, présent au pied de certaines chutes ou certains seuils et qui se résume pour le néophyte à un gros bouillon. Le danger est d’être pris dans le rouleau et de ne pouvoir en sortir. Mais en se plaçant au bon endroit, le courant ascendant porte le nageur qui n’a plus qu’à se maintenir à la surface en faisant face à la chute. Attention, il ne s’agit pas de vous y essayer lors de vos prochaines vacances ! C’est une affaire de spécialistes. Les autres techniques de nage comme la position de sécurité, qui consiste à se laisser porter par le courant les pieds devant, ou la nage rotative, qui permet au sauveteur de se déplacer latéralement dans le courant en effectuant des rotations avec son corps, utilisent également la force de l’eau.

Cette force est souvent sous-estimée par les gens. Un petit cours d’eau avec un fort courant peut facilement emporter une personne qui tenterait de le traverser.

La technique de la tortue

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Entraînement à la technique de la « tortue ». Le sapeur-pompier placé au milieu simule la victime. © Ph. Arrondeau, SC

Pour secourir un individu qui se trouverait isolé sur un îlot par exemple, les sapeurs-pompiers ont développé une technique dite « de la tortue ». Ce procédé consiste à évacuer la personne secourue en lui faisant traverser le cours d’eau, encadrée par deux sapeurs-pompiers, l’un lui faisant face, l’autre placé derrière elle. En se tenant solidement les unes aux autres, les trois personnes forment une ligne parallèle au courant (pour lui offrir le moins de prise possible) et se déplacent latéralement. Mais cette opération n’est possible que si la hauteur d’eau ne dépasse pas mi-cuisse et si le courant n’atteint pas une vitesse supérieure à un mètre par seconde. Au delà, une équipe nautique devra intervenir avec du matériel spécialisé.


Une personne emportée par le courant

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© Ph. Arrondeau, SC

Une personne est tombée à l’eau par accident. Elle descend le cours d’eau à une vitesse relativement élevée, risque de se blesser en heurtant un rocher et de se noyer rapidement. Il faut donc agir très vite en lui lançant une longe dans l’espoir qu’elle puisse l’attraper. La précision des

gestes et la dextérité des sauveteurs sont alors mises à l’épreuve. Cette fois-ci, la victime parvient à saisir la longe dès le premier lancer. Sur la berge, les deux sapeurs-pompiers manœuvrent pour ramener le rescapé sur la terre ferme le plus rapidement possible. Opération réussie. Mais les choses ne sont pas toujours aussi simples. C’est parfois une victime inconsciente qu’il faut aller chercher au milieu du cours d’eau. Dans ce cas, une seule solution : se jeter à l’eau. La manœuvre est des plus délicates. Les sauveteurs doivent repérer la victime puis, en quelques secondes, identifier l’endroit précis où il sera possible de l’intercepter. À nouveau, la lecture de la rivière et de ses pièges est primordiale. Et le droit à l’erreur n’existe pratiquement pas au moment où il faut bondir pour attraper et extraire la victime du courant.

Ces situations extrêmes, qui mettent en péril à la fois la victime mais aussi les sauveteurs, peuvent être évitées en respectant quelques consignes de sécurité élémentaires : en cas de crue, se réfugier en hauteur, ne pas prendre sa voiture et surtout, quel que soit le cours d’eau, même peu profond, ne pas tenter de le traverser seul, pour ne pas être emporté.

Vidéo

Spécialiste aquatique : une formation Les spécialistes aquatiques sont avant tout des sapeurs-pompiers.Pour amorcer une spécialisation aquatique, ils doivent avoir le Brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA) ou suivre une formation de base d’une semaine.
Ensuite, ils suivent des entraînements pour obtenir les compétences de conducteur d’embarcation, de sauveteur aquatique, puis de plongeur. Le service départemental d’incendie et de secours de l’Ardèche compte environ 150 spécialistes nautiques dont une centaine de conducteurs d’embarcation, 30 sauveteurs aquatiques et 15 plongeurs capables d’intervenir sur tous les plans d’eau.

Un équipement spécifique très complet :
- une combinaison en néoprène qui protège jusque dans une eau à 1 °C ;
- des chaussures à semelles antidérapantes ;
- un casque équipé d’une paire de lunettes de protection et d’une lampe pour intervenir dans l’obscurité ;
- un gilet de flottaison, pour se maintenir à la surface, pourvu d’une poche fluorescente (pour être visible de nuit) contenant un couteau et une couverture de survie ;
- à l’arrière du gilet est fixée la longe largable, matériel de première importance.

LE DÉTAIL QUI SAUVE
Si vous êtes un jour emporté par un cours d’eau tumultueux, n’essayez surtout pas de lutter contre le courant car vous vous épuiseriez inutilement. Mettez-vous en position de sécurité (allongé, les pieds devant) et laissez-vous porter par le courant en essayant de vous en éloigner dès que possible, à l’aide de vos bras.

Si vous voyez une personne être emportée par le courant, ne vous jetez pas à l’eau pour la secourir, vous risqueriez de vous mettre en danger à votre tour. Essayez plutôt de lui lancer un objet flottant, par exemple une roue de secours, puis prévenez les sapeurs-pompiers en composant le 18 (ou le 112 depuis un téléphone portable).