San Francisco, en attendant le Big One

Mercredi 18 avril 1906, à 5 h 15 heure locale, un violent séisme frappe la ville de San Francisco, en Californie. Née de la ruée vers l’or dans les années 1850, la prestigieuse cité est alors avec ses 410 000 habitants, son grand port et ses activités financières la plus grande et la plus florissante métropole de la côte Ouest des États-Unis. Pourtant, le risque couvait. On la savait menacée, étant située sur la faille de San Andreas. D’ailleurs, dans le passé, la ville avait déjà subi des séismes importants.

Vue de San Francisco après le séisme de 1906. Source : US Archiv ARCWEB {JPEG} La photographie montre un quartier de San Francisco après le séisme du 18 avril 1906 qui détruisit 80 % de la ville. C’est le premier séisme à être photographié et filmé. On voit des immeubles effondrés, des ruines, ainsi qu’une épaisse fumée à l’arrière-plan. En effet, la rupture des canalisations de gaz déclencha un gigantesque incendie qui ravagea la ville pendant deux jours et qui fut responsable de la majorité des destructions. Les maisons étant construites essentiellement en bois, la propagation de l’incendie fut très rapide.

Vue de San Francisco après le séisme de 1906. Source : US Archiv ARCWEB {JPEG} En 1906, San Francisco était une ville en plein essor, une « ville-champignon » née à la suite de la ruée vers l’or. Elle possédait vingt théâtres, un opéra et un quartier d’affaires, symbole de la réussite de la ville, qui fut presque totalement détruit.

La Californie se situe sur la faille de San Andreas. Longue de 1 000 km, la faille sépare les deux plaques tectoniques du Pacifique et de l’Amérique du Nord, qui se frottent de manière latérale. Les habitants de la Californie redoutent le Big One, nom donné au séisme destructeur qui dévasterait la région.

Ce 18 avril, plusieurs secousses de magnitude 8,5 ébranlent le sol ; elles sont ressenties jusqu’à Los Angeles, au Nevada et dans l’État de l’Oregon. Des immeubles s’effondrent, entraînant sous leur poids la rupture des canalisations de gaz. Se produit alors un gigantesque incendie. Les flammes s’emparent de près de 25 000 immeubles. Les conduites d’eau étant hors service, le centre-ville se mue en véritable fournaise. Quelque 500 pâtés de maisons sont réduits en cendres jusqu’aux quais. Les réseaux de communication sont anéantis. La ville est détruite à 80 %. En raison de la multiplication de scènes de pillages, la police est autorisée à tirer sur les voleurs : 500 personnes sont tuées ou blessées. D’autres villes proches sont également touchées comme San José, Santa Rosa ou encore l’université de Stanford.

Le centre-ville se mue en véritable fournaise

On dénombre officiellement 478 morts (les historiens avancent un nombre plus proche de 3 000 tués) et 250 000 sans-abri, soit plus de la moitié de la population. Des survivants se dirigent vers Oakland, de l’autre côté de la baie, trouvant refuge sous des tentes provisoires installées par la municipalité, notamment dans le quartier de Golden Gate Park et sur les plages situées entre Ingleside et North Beach. 20 000 personnes sont hébergées dans les 5 160 baraquements construits par l’armée, mobilisée lors des sinistres majeurs.

Cette catastrophe eut des répercussions sur le développement de la ville : les industries, les commerces et une grande part de la population migrèrent vers Los Angeles, pourtant installée le long de la même faille. Cependant, elle provoqua une prise de conscience de la part des pouvoirs publics qui décidèrent d’accroître les investissements dans les études géologiques et sismiques. Ainsi naquit la sismologie moderne.

Ce séisme ayant considérablement élargi la faille de San Andreas, les Californiens, comme les experts, attendent avec résignation le Big One, le séisme fatal qui détacherait la Californie du continent américain.