« Réussir ou périr » Le déminage

« Réussir ou périr », telle est la devise inscrite sur le drapeau du service du déminage de la DGSCGC : pas d’alternative pour une action de déminage, l’obligation est le résultat, sans aucune équivoque.
Hommes engagés, les démineurs sont près de 300 sur le territoire
à risquer leur vie pour le bien commun.

« Démineur volontaire » est l’autre devise des démineurs, celle de l’association des démineurs de France, née à la Libération, qui regroupe la grande majorité des opérateurs en service. Elle vient souligner l’engagement individuel de chacun.
En dépit de leur dévouement, les démineurs de la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) sont encore peu connus du grand public. Ils œuvrent pourtant au quotidien pour la sécurité de nos concitoyens.

La fondation du service de déminage

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L’écusson du déminage
© DGSCGC Joachim Bertrand

Souvent pris pour des militaires, parfois pour des policiers, les démineurs de la DGSCGC sont à la frontière de ces deux mondes.

La nécessité de déminer le territoire pour reconstruire

À la fin de la seconde guerre mondiale, plus de 100 millions de mines et engins divers non explosés sont restés sur le sol de notre pays, polluant ainsi près d’un million d’hectares. Certaines zones, telles que les côtes de l’Atlantique, l’arc méditerranéen et les zones frontalières, ont été plus particulièrement touchées. Indépendamment des nombreux accidents touchant les populations, ces engins empêchaient le renouveau et le développement de l’économie, essentiellement basée sur l’agriculture.

À l’époque, les spécialistes prédisaient dix ans de déminage avant de pouvoir ouvrir à nouveau l’ensemble des axes routiers et retrouver une situation quasi normale. Les premiers démineurs, rattachés alors au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme entrèrent en action sous l’autorité de Raymond Aubrac, ancien résistant puis commissaire de la République à Marseille. Pour accomplir cette mission d’envergure nationale, il fit appel à plus de 48 000 prisonniers de guerre encadrés par 500 spécialistes français. Malgré de très nombreux accidents (on dénombra plus de 2 300 morts et plusieurs milliers de blessés), c’est le déminage de millions d’engins qui fut effectué en une seule année, démontrant ainsi le professionnalisme et l’implication des opérateurs engagés.

Des démineurs au plus près des menaces

Existant légalement depuis 1945, le service de déminage de la Sécurité civile appartient depuis 1964 au ministère de l’Intérieur. Il dépend directement de la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). La direction du service du déminage est garante de la doctrine d’emploi, de l’application des méthodes, de la formation, des équipements et du recrutement.
Le service de déminage articule ses opérations en s’appuyant sur le Centre opérationnel de gestion de crise (Cogic) de la DGSCGC et sur ses 24 unités délocalisées. Leur répartition géographique fait actuellement l’objet d’une restructuration, en effet, leur implantation initiale était la conséquence directe des deux guerres mondiales et de la position de leurs zones de combats (essentiellement les frontières du Nord et de l’Est et les zones de débarquement de Normandie et de Provence).

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Inspection d’un démineur sur un site particulier, lors du sommet de l’Otan à Strasbourg
© DGSCGC Joachim Bertrand

Aujourd’hui, le développement de la menace terroriste a modifié la couverture opérationnelle sur le territoire. Au fil des années, des unités supplémentaires de déminage ont été créées dans les aéroports parisiens, en Corse et dans certaines agglomérations comme Toulouse, Bayonne ou Strasbourg, du fait de la présence du parlement européen. Au même titre, des centres de déminage ont été créés en Guadeloupe et en Guyane, afin de protéger le centre spatial guyanais de Kourou. Le préfet du siège de l’unité dispose de ces structures pour leur emploi opérationnel.

Les centres de déminage sont compétents territorialement sur plusieurs départements. Pour pallier les difficultés liées aux distances, les éléments du service du déminage peuvent être projetés très facilement et très rapidement par les moyens aériens de la Sécurité civile.

Enfin, certains centres de déminage se sont vu attribuer des missions à caractère national. Il peut s’agir de l’organisation de campagnes de destruction des munitions sur les champs de tir militaires ou du regroupement et du stockage avant élimination des munitions toxiques.

Une culture technique partagée

Bien que certains profils soient privilégiés, le service du déminage est composé de femmes et d’hommes d’origines diverses. Cette pluralité dans le recrutement facilite l’accession à un très haut niveau technique et donc d’efficacité. On rencontre des spécialistes en explosif en provenance des trois armées (terre, mer et air), des militaires issus de la composante « force spéciale », des policiers en provenance d’unités spécialisées (brigade anticriminalité, brigade de recherche et d’intervention, Raid, artificiers) comme des personnels de statut civil ayant satisfait à un concours de démineur du ministère de l’Intérieur.

Des formations pour répondre aux risques

Quel que soit son mode de recrutement, chaque démineur retenu doit suivre un cursus complet de formation, sanctionné par de multiples examens théoriques et pratiques. La rigueur de cette formation, qui nécessite par ailleurs un investissement personnel de haut niveau, permet aux opérateurs d’obtenir le niveau d’excellence requis par ce métier.

Le type de formation dispensé doit nécessairement être adapté aux multiples types de menaces. C’est donc la qualité et la durée de la formation qui limite la probabilité d’accident. Mais le savoir-faire du démineur de la Sécurité civile est lié aussi à son expérience et à sa participation aux multiples missions. Celles-ci lui permettent de se confronter sans cesse à de nouvelles difficultés techniques et d’acquérir ainsi une réelle sérénité professionnelle quelles que soient les configurations d’emploi. Il s’en dégage une culture pyrotechnique commune, indispensable au bon accomplissement des missions.

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Un démineur dans le gouffre de Jardel (Doubs) où l’on trouve des tonnes d’engins de guerre
© DGSCGC Joachim Bertrand
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Un démineur-plongeur ramasse un obus dans le port d’Ajaccio
© DGSCGC Joachim Bertrand

Cette formation générale axée sur les explosifs est régulièrement complétée par des modules spécifiques, par exemple pour les opérations menées en grande hauteur ou en milieu subaquatique. Ces formations en milieux périlleux visent à renforcer l’autonomie opérationnelle des démineurs dans les trois dimensions. Elle leur attribue la compétence d’effectuer des descentes en rappel ou des hélitreuillages en conditions difficiles pour identifier et/ou neutraliser tout type de menace.

Par exemple, les démineurs interviennent régulièrement sous l’eau. Il leur appartient alors de savoir mettre en œuvre des procédures tenant compte des contraintes imposées par le milieu aquatique. Le but de cette formation complémentaire n’est pas de leur apprendre à plonger mais d’apprendre à déminer dans des conditions là encore délicates, liées aux paramètres de profondeur, de mauvaise visibilité, de la présence de courant ou de bâtiments maritimes circulant en surface. La grande majorité des démineurs-plongeurs est issue de la marine nationale.

Natures et effets des différents types de menace

Bien que les démineurs possèdent un large panel de compétences, le but final de leur activité reste toujours la neutralisation et l’élimination des matières dangereuses.
L’intégration de gestes réflexes et d’un comportement sécuritaire dans l’approche des munitions de guerre par le démineur va naturellement optimiser son approche des engins explosifs conçus dans un cadre terroriste, quelle que soit la nature des matières dangereuses auxquelles il doit faire face. Si ces dernières prennent essentiellement la forme d’explosifs, elles peuvent aussi concerner les chargements à caractère incendiaire, chimique ou radiologique.
Bien que possédant des effets différents, ils ont tous en commun le fait d’être dangereux à la manipulation. De manière plus explicite, on peut décliner leurs effets selon leur famille d’appartenance.

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Des bâtons de dynamite
© DGSCGC Bureau du déminage

Les explosifs
Lors du déclenchement d’une explosion, quelle que soit sa nature, on retrouve systématiquement trois grands types d’effet :
1. un effet thermique (une boule de feu), dont la durée varie de quelques millièmes à plusieurs secondes. Selon la durée de cette montée en température, l’explosion entraînera ou non la mise à feu des objets situés à proximité.
2. une onde de choc se propage dans l’environnement à très haute vitesse (de l’ordre de plusieurs milliers de mètres par seconde). Elle entraîne un effet de souffle créant des blessures appelées « blast » (hémorragies internes). La gravité des effets dépendra de nombreux paramètres comme la distance par rapport au point d’explosion, la nature et la quantité d’explosif utilisé, le mode d’amorçage de la charge et la présence éventuelle d’écrans de protection.
3. Un effet de fragmentation peut être causé par la décomposition de la charge explosive. Son importance et sa puissance dépendent de sa capacité à morceler tout ce qui est à son contact. Ainsi, sous l’action de la poussée brutale des gaz, le contenant de la charge explosive est fragmenté en de multiples éclats. Leur vitesse peut dépasser plusieurs centaines de mètres par seconde. Schématiquement, plus l’explosif est puissant, plus il génère d’éclats de faible volume qui se déplacent à très grande vitesse. Lorsque la nature de l’explosif est considérée comme libérant moins d’énergie, les éclats sont alors plus gros, leur vitesse initiale est moindre mais leur portée accrue.

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Destruction par brûlage de chargements
© DGSCGC Stéphane Marcq

Les incendiaires
Les chargements incendiaires de certaines munitions de guerre peuvent provoquer des incendies et occasionner de graves brûlures. Les plus connus sont les munitions au napalm, à la thermite ou au phosphore blanc. Ils peuvent être dispersés dans l’environnement à l’aide d’une petite quantité d’explosif, avec pour conséquence des inflammations spontanées à l’air libre.

Les chargements chimiques
De multiples produits à vocation toxique ont été utilisés dans les munitions de guerre. En France, le conflit de la première guerre mondiale a vu la dispersion d’agents chimiques de toutes sortes sous de nombreuses formes : agents vésicants, suffocants ou contenant de l’arsenic.

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Neutralisation d’une bombe d’aviation américaine dans le vieux port de Marseille
© DGSCGC Joachim Bertrand

Le temps n’a pas éliminé cette menace et les produits restent encore actifs, parfois de manière insidieuse, pendant plusieurs décennies. De nos jours, il est encore très difficile de différencier certains modèles d’armes chimiques des armes conventionnelles. L’identification des engins de guerre de 1914-1918 se fait alors à l’aide d’appareils de radiographie à grande capacité, capables de montrer la présence de liquides (a priori toxiques) à l’intérieur des obus. Chaque engin identifié comme tel est alors référencé selon un code précis puis stocké dans l’attente de son démantèlement.

Les chargements radiologiques

Nous sommes ici en présence d’armes de désorganisation massive, visant à provoquer un fort choc émotionnel au sein de la population. Ces bombes improvisées peuvent être fabriquées à partir d’éléments radiologiques dérobés ou détournés du milieu médical ou industriel. L’action d’une charge explosive traditionnelle reste toutefois nécessaire pour assurer la dispersion des particules. L’intervention sur ce type d’engin reste toujours complexe. Elle implique là encore des modes opératoires et des équipements dédiés.
Pour assurer la sauvegarde de nos concitoyens face aux menaces de nature NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique), le démineur apporte une participation essentielle auprès du détachement central interministériel d’intervention technique du Raid, en charge de la gestion de crise dans ce domaine. Il pilote alors l’intervention des démineurs au sein d’un regroupement de spécialistes de haut niveau.

De nouvelles missions toujours au service de la protection

Depuis 1945, la menace a évolué et des missions nouvelles ont été confiées au service du déminage. Ces missions impliquent une formation de haut niveau et des moyens techniques de plus en plus sophistiqués. Les démineurs participent en effet à la sécurisation des voyages officiels et des déplacements des plus hautes autorités de l’État, ainsi qu’à la détection, l’enlèvement, la neutralisation et la destruction de tout objet suspect. En 2014, 2 141 colis suspects ont ainsi été neutralisés.
Si les conditions d’intervention n’ont cessé de s’améliorer, les opérations de déminage n’en demeurent pas moins délicates, et la moindre erreur peut être fatale. La devise des démineurs illustre ainsi le caractère périlleux de leurs interventions et rappelle l’engagement indéfectible des démineurs au service de la sécurité des Français.