Puiser l’eau douce, comment ça marche ? Une opération qui ne manque pas de sel

En 2009, la Guyane connaît une sécheresse exceptionnelle qui met en péril l’alimentation en eau potable de Cayenne, son chef-lieu. En effet, le fleuve d’où est puisée l’eau douce voit son débit fortement réduit... La préfecture et la Société guyanaise des eaux font appel aux moyens de la Sécurité civile pour garantir l’approvisionnement des populations et éviter une catastrophe sanitaire.

Répondre à l’imprévu par des moyens astucieux

Conséquence du phénomène climatique El Niño [1], le littoral guyanais a connu en 2009 une sécheresse importante. Le fleuve côtier La Comté, dans lequel est puisée l’eau douce qui alimente la ville de Cayenne où vivent 120 000 habitants, a vu son débit fortement réduit.

La faiblesse du débit a permis à l’eau salée provenant de l’océan Atlantique de remonter le fleuve à marée haute et de venir stagner devant la prise d’eau de l’usine de potabilisation, pourtant distante de plus de 20 kilomètres du littoral. Cette usine n’étant pas en mesure de traiter l’eau salée, les experts de la Sécurité civile ont proposé une solution alternative originale. Ils ont mis à contribution une unité de pompage mobile (UPM) [2], matériel habituellement utilisé pour lutter contre les inondations, afin de créer une réserve d’eau douce accessible en permanence.

Ainsi, entre le 29 octobre et le 15 décembre 2009, la continuité de la distribution d’eau potable à Cayenne a été assurée. Cette opération inédite souligne la nécessité de s’adapter constamment aux situations imprévues.

Préserver l’eau douce face à la remontée d’eau salée

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Le dispositif en place © CRDP de Versailles / SC

L’usine de la Société guyanaise des eaux (A) doit assurer une capacité de production journalière d’eau potable de 40 000 m3. Lors des deux marées basses quotidiennes, elle puise directement l’eau dans le fleuve (B), selon le processus habituel. Parallèlement, l’unité de pompage mobile et flottante de la Sécurité civile (C) pompe l’eau du fleuve et la refoule par deux conduites souples (D) dans une lagune (E) de 10 000 m3 aménagée sur la berge. Cette lagune permet à l’usine de s’approvisionner (F) en eau douce lors des remontées du biseau salin (G) à marée haute.Au début et à la fin du remplissage de la lagune, des mesures de conductivité sont effectuées pour s’assurer que le taux de salinité ne dépasse pas le seuil Le dispositif en place autorisé par les normes. En effet, la conductivité électrique est un marqueur de la salinité de l’eau : une conductivité élevée indique une salinité importante. Des techniciens spécialisés du groupe d’Intervention logistique de la Sécurité civile ont assuré le fonctionnement et la maintenance de l’installation pendant toute la durée de la sécheresse.

En savoir plus

Voir l’animation Puiser l’eau douce, comment ça marche ?

Notes

[1El Niño

El Niño est un courant océanique chaud qui apparaît à chaque fin d’année le long des côtes du Pérou et de l’Équateur, avant de disparaître deux ou trois mois plus tard. Périodiquement, ce courant subsiste plus longtemps et s’étend dans la partie sud-est de l’océan Pacifique. La hausse de la température de l’océan engendre alors un dérèglement climatique marqué sur le continent sud-américain qui peut se traduire selon les régions par des pluies diluviennes, le changement de trajectoire des cyclones ou encore une importante sécheresse.

[2L’unité de pompage mobile

Dans sa version flottante, l’unité de pompage mobile pèse 14 tonnes. Elle est dotée d’un moteur Diesel d’une puissance de 600 CV qui consomme de 40 à 50 litres de gazole par heure. Son débit peut atteindre 2 m3/s soit 7200 m3/h.