Protéger la forêt du feu Entre prévention et lutte

La forêt française couvre 16 millions d’hectares. Elle subit des agressions variées, parmi lesquelles les incendies, principalement observés dans les régions méditerranéennes. En effet, 80 % des destructions par le feu concernent ces régions soit 16 000 hectares brûlés en moyenne chaque année.

La superficie de forêt à défendre contre le feu s’étend, les espaces sont moins bien entretenus et le nombre des départs de feu est potentiellement plus important. En effet, une grande partie de la population a perdu conscience de la valeur patrimoniale de la forêt, de son utilité et fait subir une pression supplémentaire (notamment à l’occasion de la pratique de loisirs) sur des espaces dégradés. La pénétration des forêts péri urbaines par un habitat dispersé contribue également à la multiplication des incendies. L’Europe méridionale est une région qui subit chaque année nombre d’incendies. En effet, ses forêts sont vulnérables en raison d’une combinaison de facteurs climatiques, géographiques et socioéconomiques.

Un risque localisé mais croissant

Le climat de cette région du monde est marqué par une sécheresse estivale et la fréquence de vents violents desséchants. Par ailleurs, le taux de couverture végétale est important : 4,7 millions d’hectares, 60 % des espaces, sont occupés par des essences sensibles, dont la nature et la structure favorisent l’inflammabilité et la combustibilité. Autre facteur, le relief accidenté perturbe la détection des départs d’incendie, l’accès des intervenants sur les lieux de l’incendie et favorise la propagation du feu. Enfin, des facteurs économiques et sociaux sont à l’origine de l’extension du risque : la diminution des surfaces cultivées ou consacrées à l’élevage a donné lieu au développement d’une surface sensible. Depuis la deuxième guerre mondiale, 2 millions d’hectares ont perdu leur vocation agricole ou pastorale. La déprise agricole s’accompagne d’un exode rural qui met fin à l’entretien de l’espace précédemment assuré par des activités quotidiennes (utilisation de produits dérivés de la forêt : bois de chauffage, cueillette…).
Toutes ces caractéristiques font de la zone méditerranéenne un environnement particulièrement sujet au feu.

Cependant, la forêt méditerranéenne n’est pas la seule sensible et les facteurs de risque qui y sont observés menacent à présent d’autres régions considérées jusqu’alors comme épargnées. Les changements climatiques pourraient à terme intensifier cette tendance. Par exemple, le massif forestier landais, moins sensible lors des dernières années, notamment grâce aux efforts des propriétaires dans le domaine de la prévention et soucieux de l’exploitation de leurs biens, a vu sa vulnérabilité augmenter suite à la tempête des 23 et 24 janvier 2009 en particulier à cause de la présence d’une grande quantité de bois mort au sol (cf. Risques & Savoirs n° 1, p. 48).

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Lutte contre les incendies et dégâts © J. Bertrand, SC


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© Sdis 35
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© J. Houyvet, SC
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© J. Bertrand, SC


Face à l’accroissement de ce risque et aux problèmes de sécurité qui en résultent (protection des populations menacées en raison de l’urbanisation des zones forestières), mais également pour des impératifs écologiques et sociaux, les pouvoirs publics consentent des efforts de plus en plus importants pour protéger la forêt.

Une des meilleures armes : la prévention

L’objet de la prévention est d’atténuer les causes des incendies, en jouant sur les facteurs maîtrisables. Chaque préfet est responsable de la politique de prévention dans son département.
Il s’agit d’une part, et en priorité, d’engager différentes actions afin de réduire les causes de départ de feux. L’objectif de toute politique de prévention doit être de limiter le nombre des incendies, ce qui nécessite au préalable une bonne connaissance de leurs causes. L’homme est à l’origine de 92 % des feux, qu’il les déclenche volontairement ou par imprudences de toutes sortes, commises lors d’activités liées aux loisirs où à l’occasion de travaux.

Développer des actions de sensibilisation à l’égard de la population en tenant compte des particularités locales (fréquentation touristique, pratique du pastoralisme) est donc essentiel, tout comme aménager les infrastructures susceptibles de provoquer des départs de feux (sécuriser les dépôts d’ordures, les lignes de transport d’énergie…).

Enfin, lorsqu’un incendie est volontaire, il paraît indispensable d’identifier et de sanctionner les incendiaires. Le Code pénal prévoit des peines allant de cinq ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité s’il y a eu mort d’homme.

D’autre part, il s’agit de faire évoluer l’occupation du sol et le couvert végétal de sorte qu’ils soient moins propices au développement des incendies.

Les orientations arrêtées dans ce domaine visent en grande partie à aménager les espaces pour limiter les effets de leur abandon et à rendre la forêt accessible aux sapeurs-pompiers : réalisation de pistes de défense de la forêt contre l’incendie (DFCI), création de points d’eau, mise en place de postes de guet fixes…

Le débroussaillement est parfois évoqué comme étant la solution permettant de résoudre définitivement le problème des feux de forêts. Mais tant pour les effets écologiques négatifs qu’il génère s’il est conduit sur une trop grande échelle (érosion, appauvrissement des sols…) que pour des raisons de coût, il ne peut être généralisé (cf. Allumer le feu ! ).

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© J. Houyvet, SC
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Avion tracker larguant du retardant © J. Houyvet, SC
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Avion Dash au largage © J. Bertrand, SC


« Une partie de la flotte d’avions bombardiers d’eau (9 Tracker) se consacre prioritairement aux missions de guet armé conduites à partir de bases déconcentrées. Les autres appareils sont également associés à ce dispositif lorsque le risque est le plus élevé. Lors des cinq dernières années, 1 700 heures de vol en moyenne ont été consacrées au guet armé aérien (soit le tiers du potentiel opérationnel). »

Aussi, cette mesure nécessaire, qui permet de limiter le nombre des départs de feux de forêts et leurs effets, doit donc être entreprise à titre sélectif : près des bâtiments afin de renforcer la sécurité des occupants, le long des voies ouvertes à la circulation publique ou des pistes de DFCI, sous les lignes électriques dans des zones stratégiques (point de passage obligé du feu) pour servir d’appui aux interventions des sapeurs pompiers. Le recours à des activités agricoles ou pastorales peut dans certains cas permettre d’assurer l’entretien à coût réduit de ces zones.

Une coordination nécessaire entre prévention et lutte

Si le développement d’une politique préventive ambitieuse est nécessaire, elle ne doit cependant pas être mise en œuvre au détriment des actions de lutte. Ces deux aspects sont indissociables. L’élaboration de plans de protection des forêts contre l’incendie dans les départements à risque doit permettre de définir les secteurs et les actions prioritaires, les équipements du terrain (points d’eau, pistes de DFCI, zones débroussaillées) et le dispositif de lutte.

Des moyens de lutte importants

Dans les départements méditerranéens, les plus touchés par les feux de forêt, la lutte repose au premier chef sur les 37 000 sapeurs pompiers, dont 28 000 volontaires, pris en charge par les collectivités territoriales. Ceux-ci disposent de 1 600 engins de lutte et parfois d’hélicoptères bombardiers d’eau.

Au titre de la solidarité nationale, le ministère de l’Intérieur met à la disposition des préfets des moyens nationaux de renforts, notamment aériens : 23 avions bombardiers d’eau, dont la capacité d’emport varie entre 3,5 tonnes et 10 tonnes, 8 hélicoptères de secours et de commandement, et 3 hélicoptères de transport de commandos, appartenant au ministère de la Défense, peuvent également être mobilisés. Durant la saison de feu (de juin à septembre), le dispositif d’intervention méditerranéen est renforcé par les sapeurs-sauveteurs des unités d’instruction et d’intervention de la Sécurité civile (formations militaires) ainsi que par des colonnes de renfort de sapeurs-pompiers pouvant provenir d’autres régions. Ces moyens ne peuvent intervenir efficacement que s’ils sont mis en œuvre dans le cadre d’une stratégie adaptée. Des massifs sous haute surveillance

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Sapeurs pompiers à la lutte © J. Houyvet

La stratégie adoptée face au risque d’incendie repose sur le principe de réduction maximum des délais d’intervention sur place. Pour être traité efficacement, un feu doit en effet avoir parcouru moins de 1 hectare lorsque les premiers intervenants commencent à le combattre. Il faut donc détecter rapidement les départs d’incendies, mais également, en raison des difficultés d’accessibilité, assurer un quadrillage du territoire en mobilisant préventivement des moyens. Tous les moyens, qu’ils relèvent de l’État (Sécurité civile, gendarmerie, armée, Office national des forêts) ou des collectivités territoriales (sapeurs-pompiers, comités communaux feux de forêt, forestiers-sapeurs), qu’ils soient aériens ou terrestres, ont un rôle à tenir dans ce dispositif.

C’est ainsi qu’une partie de la flotte d’avions bombardiers d’eau (9 Tracker) se consacre prioritairement aux missions de guet armé conduites à partir de bases déconcentrées. Les autres appareils sont également associés à ce dispositif lorsque le risque est le plus élevé. Lors des cinq dernières années, 1700 heures de vol en moyenne ont été consacrées au guet armé aérien (soit le tiers du potentiel opérationnel).

En fonction du risque, des sapeurs-pompiers sont également répartis préventivement dans les massifs forestiers et des unités militaires associées au dispositif de surveillance. L’étroite coopération entre Météo-France et les responsables de la Sécurité civile au sein des zones de défense Sud et Sud-Ouest permet de disposer des éléments de prévision nécessaires à l’application de mesures d’anticipation.

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Véhicule projetant du retardant © J. Bertrand / SC
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Sapeur-sauveteur luttant contre un feu © A. Jimenez / SC


Des mesures efficaces

Les efforts importants entrepris par les pouvoirs publics ont permis d’obtenir des progrès significatifs :

  • la proportion des très petits feux (moins de 1 hectare) est en augmentation régulière. Elle a doublé depuis 20 ans. 80 % des incendies appartiennent à présent à cette catégorie ;
  • le nombre des grands feux (plus de 100 hectares) tend à diminuer. Auparavant, la stratégie consistait à renforcer les moyens de lutte contre les incendies. Elle n’avait pas permis d’enregistrer des résultats aussi encourageants, même si cette lutte ne peut s’envisager sans la mise en œuvre de moyens conséquents.

Ainsi, la superficie moyenne touchée par le feu depuis l’application de cette nouvelle stratégie de prévention, à partir de 1987, s’établit à 17 000 hectares contre 35 000 hectares pour les années qui l’ont précédée.

Le Var s’organise pour prévenir les incendies de forêts

La veille, la direction départementale des services d’incendie et de secours du Var avait annoncé que trente-deux groupes d’intervention préventifs, soit environ six cents sapeurs-pompiers, avaient été prépositionnés en raison des risques « exceptionnels » d’incendie. Le Var est l’un des départements les plus exposés au feu : quelque 120 000 hectares de forêt y ont été dévastés depuis trente ans, selon les relevés de la base Prométhée, outil d’inventaire et d’analyse des incendies dans le Sud-Est.

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© A. Jimenez, SC

Le département a mis en place un système de prévention adapté. Celui-ci repose d’abord sur la surveillance des massifs forestiers et implique l’ensemble des services de l’État, les mairies par l’intermédiaire des comités communaux feux de forêt (CCFF), le conseil général du Var et parfois les services de gendarmerie et les moyens de l’armée. Il peut être élevé à un niveau supérieur en cas de risque exceptionnel, comme c’est le cas actuellement. La détection précoce s’avère le plus souvent efficace. En 2005, 92 % des feux ont d’ailleurs été éteints avant d’avoir parcouru un hectare. « La doctrine repose sur la prévention en matière de débroussaillement, la prévision du risque et la réglementation de l’accès aux massifs, un dispositif opérationnel de surveillance et la capacité d’action du service d’incendie et de secours », résume le préfet du Var, Pierre Dartout.

Débroussaillement Après les terribles sinistres de l’été 2003, qui avaient causé le décès de sept personnes dans le massif des Maures, la préfecture a élaboré un logiciel de prévision des risques. Chaque jour, les services de l’État diffusent dans la presse et sur le site Internet de la préfecture une carte élaborée à partir des informations fournies par Météo-France. Selon la force du vent, la chaleur prévue et l’état de sécheresse, les huit massifs forestiers sont classés selon quatre niveaux, du jaune au noir, d’un risque « modéré » à un risque « exceptionnel ». En cas de risques très sévères ou exceptionnels, l’accès aux massifs est interdit. L’arrêté préfectoral réglementant la circulation dans les forêts, point central du dispositif, a encore été étoffé cette année. Il interdit désormais l’usage d’outils pouvant produire des étincelles lors des périodes critiques et, ainsi, élargit le champ des poursuites judiciaires aux incendies accidentels. Pour la première fois cette année, deux artisans ont ainsi été interpellés pour avoir allumé, involontairement, un incendie. L’un avait déclenché le feu en utilisant une disqueuse, l’autre en se servant d’une débroussailleuse d’où a jailli une étincelle.

Le débroussaillement, justement, est une « donnée capitale », estime le préfet du Var. Cette pratique est certes intégrée à « la culture locale du feu », mais nécessite pédagogie et rappels incessants. « Nous avons fait des progrès depuis 2003, mais on part de loin, il reste tant à faire », estime M. Dartout. L’arrêté préfectoral sur le débroussaillement a donc été remanié. Il fait obligation aux propriétaires de débroussailler une zone de cinquante mètres autour de leur habitation et d’éloigner les branches d’arbre entre elles, ainsi que des maisons, de trois mètres au moins. En 2004, la direction départementale de l’agriculture et des forêts avait délivré une centaine de procès verbaux pour non-respect de cet arrêté. En matière de prévention, le Var n’est toutefois pas toujours en pointe, notamment dans le domaine de l’urbanisme. En 2003, les incendies avaient révélé qu’aucun plan de prévention des risques incendies de forêt (Pprif) n’avait jamais été imposé par l’État aux communes varoises. Depuis, dix-sept Pprif ont été prescrits par la préfecture. Pour autant, seule la commune de Fréjus dispose à ce jour d’un plan finalisé et opposable, déterminant les zones à risque et imposant, en fonction, des restrictions d’urbanisme.

Source : Lilian Renard, Le Monde, 4 août 2006.