Pour l’amour du risque, un expert en risques technologiques

Éric Philip est expert Risques technologiques au sein du bureau des Risques majeurs (direction de la Sécurité civile).

Aujourd’hui expert en risques technologiques, Éric Philip est un homme heureux. Il n’imaginait pas épouser un jour un métier qui comblerait et même surpasserait ses aspirations de jeune homme. Parcours d’un « homme à risques ».

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ÉRIC PHILIP - © J. Bertrand, SC

Son baccalauréat scientifique en poche, il quitte Lyon, direction Marseille et son IUT Hygiène et sécurité. Il poursuit ses études supérieures à Grenoble dans la section Prévention des risques industriels à l’École polytechnique universitaire. Il le sait déjà, attiré par la physique-chimie et par le goût des autres, il veut un métier qui conjugue une double exigence : science et action. D’ailleurs, la passion de l’urgence l’a toujours habité, depuis ses faits d’arme à la Croix-Rouge française. S’il abandonne l’idée de passer le concours d’officier de sapeur-pompier, il s’engouffre avec plénitude dans la réalisation de sa passion : il s’épanouira entre risques industriels et sécurité civile.

Il veut un métier qui conjugue une double exigence : science et action

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Accident d’un wagon citerne - © SC

En 2001, son cursus achevé, il entre à l’institut des Risques majeurs de Grenoble (Irma), créé par Haroun Tazieff en 1988, alors secrétaire d’État chargé de la prévention des risques majeurs. S’il n’a pas le bonheur de connaître le géologue volcanologue, Éric Philip commence sa carrière comme l’un des deux experts de l’Irma aux risques technologiques. Il rencontre les élus locaux, les aide à mettre en place une politique de sécurité civile, intervient auprès des services de l’État pour coordonner et planifier les campagnes d’information sur les risques technologiques. Il explique : « j’avais été notamment détaché auprès du préfet de l’Isère pour élaborer une méthodologie des plans particuliers d’intervention, plans d’urgence pour les établissements Seveso [1] ». Cinq années passées à concocter une information préventive auprès de la population et à mettre en œuvre la politique de sécurité civile renforcent sa détermination à être utile pour le bien de tous. Car c’est bien ce qui l’anime : faire toujours plus pour former élus et citoyens, les initier à la nature des risques et aux cadres réglementaires. Pour que tous puissent faire face le jour J en toute connaissance de cause. Alors il fait passer le message : « former, informer, convaincre et développer une culture de prévention des risques et de sécurité civile ».

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Exercice sur une plateforme chimique - © S. Gominet

Pour faire évoluer la conscience du risque afin de mieux cultiver la prévention du risque, il s’adresse au public scolaire, aux fonctionnaires territoriaux, aux décideurs qui relaient l’information.


« Nous vivons dans une société du risque. L’information et l’éducation doivent participer à la responsabilisation du citoyen. » Éric Philip

« Le risque zéro n’existant pas, le citoyen doit être informé en toute transparence. »

En 2006, Éric Philip quitte Grenoble pour Paris, et la direction de la Sécurité civile. Il rejoint à la sous-direction de la Gestion des risques des experts spécialisés dans les risques technologiques, météorologiques, nucléaires, des transports routiers et ferroviaires, du littoral et des feux de forêt au sein du bureau des Risques majeurs. Outre leur objectif commun, tous ces professionnels s’impliquent dans trois champs d’action bien distincts : participer à l’élaboration des textes législatifs, devenir les sentinelles de la sécurité civile et apporter des expertises sur le terrain national ou international. Ils œuvrent en concordance avec les différentes sous-directions de la maison et assurent l’interface avec les autres ministères porteurs des textes réglementaires qu’ils cosignent le plus souvent. Ainsi lors de l’élaboration d’une nouvelle réglementation, ils s’associent pour proposer, définir et expliquer un certain nombre de règles. Éric Philip travaille, entre autres, actuellement sur la réglementation des installations classées qui stockent des engrais. Il doit vérifier que les paramètres liés à la sécurité des populations et à l’intervention éventuelle des services de secours sont bien pris en compte. Quand le projet de texte émanant du ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire circulera dans les canaux interministériels, il sera consulté et apportera sa réponse officielle avec les modifications ultimes si nécessaire. Parce qu’il étudie les installations classées, les usines chimiques, les stockages souterrains, les transports de marchandises dangereuses et la pyrotechnie (des artifices de divertissement aux explosifs utilisés en carrière ou pour déclencher des avalanches), Éric Philip fonctionne essentiellement en réseau. Il souligne que les sujets que nous traitons sont tellement diversifiés que nous devons être à la croisée des chemins pour porter au mieux un regard transversal technique, juridique et sécuritaire.

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Panneaux de recommandations sur une plateforme chimique - © S. Gominet
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Dépôts de produits chimiques et pétroliers - - © S. Gominet


Notre rôle est de capitaliser, digérer et articuler les informations multiples que nous recueillons ». Parce qu’il se comprend avant tout comme un homme à l’écoute et en veille juridique et technique, il préfère au terme d’« expert » celui de « conseiller » : « nous développons une expertise, mais nous ne sommes pas des experts ». Afin de multiplier ses sources de connaissances, il travaille quotidiennement avec des industriels, des confrères, des sapeurs-pompiers… et étudie des témoignages et réflexions issus de précédents accidents. Pour certaines applications, son rôle de conseiller peut s’étendre sur une longue période. Par exemple, il a repris une collaboration entamée depuis plus de cinq ans avec Gaz de France et le ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi sur l’expérimentation des véhicules au gaz naturel liquéfié (GNL) pour les particuliers. Pour utiliser cette technique, un citoyen peut faire installer dans son garage une arrivée de gaz avec un système de pompe particulier propre à remplir son véhicule. Éric Philip doit s’assurer que ce nouveau système remplit bien toutes les conditions de sécurité lors du remplissage du véhicule. Cette nouvelle technologie, très prometteuse parce que moins onéreuse et plus écologique, attend maintenant le feu vert des acteurs économiques pour se développer et se généraliser en tenant compte, bien entendu, du cahier des charges technicojuridique.

« Le citoyen est au cœur de notre préoccupation. Face au risque, il doit adopter en toute connaissance de cause un comportement adapté. » Éric Philip

« L’évolution culturelle post-AZF a tenu compte de la vulnérabilité de notre sphère industrielle. »

Régulièrement sollicité par le Centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (Cogic), il peut aussi partir sur le terrain apporter son expertise. Il confie : « Sur place, nous devons évaluer la situation pour savoir quels types et degrés de solutions elle nécessite. » Éric Philip peut apporter son soutien au plan local et à l’étranger, comme récemment en Côte-d’Ivoire, où, à la demande des autorités du pays, il a suivi, aux côtés du Cogic, une mission d’évaluation concernant le traitement de matières dangereuses qu’un navire avait livrées dans ce pays. Avec son métier, il éprouve le sentiment enviable du travail utile à la société. Et devant la difficulté et l’intérêt de son exercice, il « ne s’ennuie jamais ». Son leitmotiv ? Imposer des règles strictes pour que notre univers industriel minimise le risque et informer au maximum le citoyen pour le responsabiliser intelligemment. Un beau pari !

LA LOI, LE CITOYEN ET LE RISQUE

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Site d’AZF après la catastrophe en 2001 - © J. Bertrand, SC

À la suite de la catastrophe de l’usine AZF à Toulouse en 2001, qui a largement marqué les esprits, deux lois ont modifié le paysage de la sécurité civile : celle du 30 juillet 2003 et celle du 13 août 2004. Elles ont amélioré de façon significative la prévention du risque et l’organisation de la réponse opérationnelle. La maîtrise de l’urbanisation, le développement des comités locaux d’information et de concertation, l’évolution du dialogue entre la société civile, l’exploitant et les services de l’État ont permis de prendre conscience que la sécurité civile est l’affaire de tous.

Notes

[1Seveso est une commune du Nord de l’Italie touchée, en 1976, par une catastrophe technologique : un nuage contenant de la dioxine s’échappe d’un réacteur d’une usine chimique proche. Les conséquences sont terribles sur la population, les animaux et l’environnement. Il faudra cinq ans pour décontaminer la zone. En 1982, une directive européenne, du nom de la commune, impose aux États de l’Union d’identifier les sites à risques qui font l’objet de plans d’urgence spécifiques.