Le risque glaciaire Présentation d’un risque peu connu

Lorsque l’on évoque les risques naturels, on pense spontanément aux séismes, glissements de terrain, tempêtes ou avalanches… Pourtant, il en existe d’autres, et en particulier un très peu connu de la population mais tout aussi dangereux : le risque glaciaire.

Définition et explication du phénomène

Lorsque l’on évoque les risques naturels, on pense spontanément aux séismes, glissements de terrain, tempêtes ou avalanches… Pourtant, il en existe d’autres, et en particulier un très peu connu de la population mais tout aussi dangereux : le risque glaciaire. Le risque glacière est lié à la présence de poches d’eau à l’intérieur des glaciers dont l’écoulement sous-glaciaire n’est pas possible. La constitution de ces poches d’eau résulte d’une accumulation d’eau provenant de la fonte des neiges du printemps ou des précipitations qui s’infiltrent dans le glacier. Lorsque la pression à l’intérieur de la poche devient trop importante, la glace rompt et une vidange brutale de la poche se produit. L’ensemble de l’eau se déverse très rapidement, créant une vague pouvant atteindre plusieurs mètres de haut, appelée communément « lave torrentielle » et dont le volume peut varier de 10 000 à plusieurs milliards de mètres cubes d’eau.

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Le glacier de la Tête Rousse (Haute-Savoie) © SIDPC 74

Le cas du glacier de la Tête rousse

En 1892, un précédent tragique eut lieu au glacier de la Tête rousse situé en Haute-Savoie, sur la voie normale d’accès au Mont-Blanc, à 3 200 m d’altitude. Le déversement d’une gigantesque poche d’eau entraîna avec elle 800 000 m3 de matériaux, dévasta la commune de Saint-Gervais-les-Bains, faisant 175 victimes.

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La couverture neigeuse isole le glacier et nuit à son refroidissement en hiver. © SIDPC 74

L’histoire menaçait de se répéter : en mars 2010, les glaciologues du CNRS de Grenoble avertissent les autorités de la découverte d’une énorme poche d’eau sous pression à l’intérieur du glacier de la Tête rousse menaçant plus de 3 000 personnes. Compte-tenu de ces enjeux, le laboratoire de Glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE) et le service de Restauration des terrains en montagne (RTM) de Haute-Savoie proposent, à la demande du préfet de Haute-Savoie et du maire de Saint-Gervais-les-Bains, des solutions pérennes :
- la création d’une galerie artificielle dans la roche, assurant le drainage permanent des arrivées d’eau pour empêcher le remplissage de la cavité ; le creusement de la galerie dans la glace permet une évacuation gravitaire de l’eau ;
- une vidange de l’eau depuis la surface du glacier par des pompages réguliers, tous les deux ou trois ans. Le principe est de pomper régulièrement l’eau présente dans la cavité dès que son volume atteint le seuil critique de 20 000 m3. Des vidanges de la poche ont été réalisées en 2010 et 2011.

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Tête de forage © RTM
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Image 3D de la cavité © RTM

Les études de coûts ont démontré qu’à l’horizon 2040, un pompage tous les deux ou trois ans serait financièrement plus intéressant que la réalisation d’une galerie dans la glace ou le rocher, c’est donc la solution qui a été retenue.

L’évolution du glacier à l’horizon 2040

L’évolution du régime thermique (température) du glacier, jusqu’à l’horizon 2040, laisse entrevoir une atténuation du risque. De plus, chaque pompage favoriserait le rétrécissement de la cavité, limitant de ce fait, sa forte capacité de rétention de l’eau. [1] Le rapport scientifique sur le glacier a permis d’apporter les éléments suivants :
- le régime thermique du glacier s’est révélé très variable au cours des deux derniers siècles ; par exemple le glacier se refroidit lorsque la couverture de neige diminue ;
- en supposant une augmentation de 2 °C de la température de l’air à l’horizon 2100 et en l’absence de poche d’eau, le glacier devrait être complètement froid d’ici 2030-2040 [1] ce qui limiterait la possibilité à l’eau de surface de pénétrer dans le glacier et ainsi rendre plus difficile la formation de poche d’eau.

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Installation des équipements de pompage de la poche d’eau © SIDPC 74

Des mesures de prévention et d’alerte

Une première ligne de câble a été tendue à l’aval du glacier, sa rupture déclenche, par signal VHF (very high frequency), la sirène du réseau national d’alerte de l’État placée sur la mairie de Saint-Gervais-les-Bains. Une deuxième ligne et deux sismographes complètent le dispositif ainsi que sept autres sirènes qui permettent de couvrir les zones habitées concernées par le risque de rupture. Les établissements recevant du public (les thermes, le casino, les hôtels, la gare du train du Mont-Blanc…) disposent également d’alarmes internes pour relayer l’alerte. À ces sirènes s’ajoute la diffusion d’un message d’alerte préenregistré par texto aux principaux responsables locaux. Dix-huit points de rassemblement ont été identifiés de manière à ce que les habitants ou résidents puissent les rejoindre en 10 minutes maximum après le déclenchement des sirènes. Suivant les lieux, le temps d’arrivée de la coulée varie de 10 à 30 minutes, en référence à l’événement de 1892. L’ensemble du dispositif de sauvegarde est validé par des exercices d’évacuation avec la population concernée. Des réunions publiques d’information des habitants sont également tenues et des dépliants en français et en anglais sont distribués en de multiples lieux d’accueil des touristes.

Un phénomène en voie d’extension ?

Le risque glaciaire concerne d’autres sites dans la chaîne alpine française avec des caractéristiques différentes de celui de la Tête rousse, mais des enjeux humains et économiques tout aussi importants comme le glacier rocheux de Bellecombe, dans les Deux-Alpes (Isère), proche des installations du domaine skiable : pylônes du télésiège et gare d’arrivée.

Dans le cadre du projet Glaciorisk [2], une base de données européenne d’événements d’origine glaciaire a été constituée en 2004. Un nouveau projet Interreg [3] Alcotra (Alpes latines coopération transfrontalière) a démarré en 2010 pour apporter également des réponses aux risques induits par le risque glaciaire : GlaRiskAlp.

En savoir plus

Comprendre le phénomène du risque glaciaire et s’en protéger prim.net : les risques majeurs

Notes

[1La neige isole le glacier du froid et l’empêche de reconstituer des « réserves de froid » à l’occasion des périodes hivernales. En été, l’eau issue de la fonte de la neige s’infiltre dans les failles du glacier et y gèle. Mais à l’occasion de sa congélation, elle dégage de la chaleur qui contribue à une fonte collatérale entraînant la formation des poches. Si la température extérieure augmente légèrement, elle raréfie la chute de neige, le glacier s’en trouve moins isolé thermiquement et donc retrouve sa capacité à accumuler, dans sa masse, le froid de l’hiver, évitant la formation de poches d’eau liquide.

[2Le projet européen Glaciorisk concerne onze partenaires des six pays suivants : Italie, Suisse, Autriche et France pour les Alpes ainsi que Norvège et Islande pour les pays nordiques. Financé sur trois ans, de 2001 à 2003, il s’est intéressé aux chutes de glace (séracs et ruptures de langues glaciaires), aux lacs glaciaires et aux poches d’eau afin de mieux comprendre ces phénomènes, les analyser et les prévenir par surveillance et migration.

[3Interreg est un programme de l’Union européenne conçu pour soutenir financièrement des projets de coopération transfrontalière.