La tenue lourde : armure d’acier et de kevlar

Trois grandes catégories de matériel sont à disposition des démineurs pour les protéger des risques.

La première catégorie de matériel est primordiale et concerne le matériel dédié à la protection des opérateurs.

On apprend au démineur à se préserver en priorité pour être en capacité d’assurer, à son tour, la protection de ses concitoyens. Agissant par équipe de deux, les rôles sont bien définis : le premier d’entre eux effectue l’approche et la neutralisation de l’engin alors que son équipier reste en limite du périmètre de sécurité. Son rôle est de gérer l’environnement entourant l’opération, de veiller au respect du périmètre de sécurité et de faire l’interface avec l’ensemble des acteurs engagés. Il doit aussi préparer le matériel et porter une assistance technique au premier intervenant. Son rôle principal est de pouvoir porter un secours immédiat à l’opérateur en charge de la neutralisation, alors même que la zone n’est pas entièrement sécurisée.
Selon son choix, le démineur dispose de deux types de tenue. La première, destinée à intervenir directement sur la bombe, est particulièrement imposante. Cette tenue lourde n’offre cependant qu’une protection limitée. Il est impossible de trouver des matériaux résistant à la puissance dégagée par une quantité significative d’explosif (en ordre d’idée, une mine capable de perforer un char d’assaut ne contient que 4 kg d’explosif militaire). Néanmoins, le port de cette tenue a d’ores et déjà pu sauver la vie de nombreux démineurs, tant en France que dans le monde.

Découvrez-la dans l’image active ci-dessous :

La deuxième tenue est moins protectrice, mais plus légère. Elle est dédiée à l’équipier qui reste en limite de périmètre. Il sera beaucoup plus mobile pour intervenir en urgence et extraire de la zone de danger le porteur de la tenue lourde.
Certaines unités dans le monde utilisent en supplément un bouclier pare-éclats. Celui-ci permet une approche en sécurité, stoppe les éclats directs et détourne une partie de l’onde de choc.
Enfin, le démineur cherchera toujours à se mouvoir au sein d’une bulle de sécurité conçue artificiellement. Celle-ci pourra être réalisée avec du personnel ressource pour étanchéifier le périmètre ou avec du matériel spécifique pour empêcher le déclenchement à distance de la bombe grâce à l’action des systèmes électroniques de brouillage.

La seconde catégorie de matériel est celle favorisant l’identification du degré de menace.

Lorsqu’un démineur est confronté à un colis suspect, il doit faire une « levée de doute [1] » sur son contenu. Cette levée de doute est le préalable à toute intervention et en définira éventuellement le mode. Il lui faut donc visualiser à distance l’intérieur du contenant, et ce sans l’ouvrir. Pour cela, le démineur dispose de moyens sophistiqués de radiographie ou de systèmes d’endoscopie téléopérables. Il a également la possibilité de déplacer l’engin suspect en s’aidant d’un ensemble de cordages et de crochets, voire d’un robot qui pourra déplacer la charge éventuelle dans une zone plus sûre et optimiser ainsi son traitement.

La troisième catégorie de matériel sert à neutraliser.

Schématiquement, les engins explosifs improvisés sont constitués selon une certaine architecture. C’est la présence et la position d’éléments spécifiques qui pourront faire fonctionner la charge principale, qu’elle soit explosive ou incendiaire. Le rôle du démineur va être de procéder au démantèlement de tout ou partie du système, de manière à empêcher le fonctionnement nominal de la bombe. Cette action, si elle peut se faire manuellement, ne sera toutefois pas privilégiée, le danger étant proportionnel à l’éloignement.
L’une des options qui s’offre au démineur est d’utiliser un mode opératoire basé sur la projection de fluides à très forte pression et à très grande vitesse. Cette action, combinée à d’autres, dissociera les éléments constitutifs de la bombe. Une fois le danger écarté, les traces et les indices seront préservés pour une analyse ultérieure conduite sous l’autorité des enquêteurs et de la police scientifique.
L’hypothèse de l’emploi de bombes sales [2]. à conduit le service du déminage à moduler ses matériels et ses modes opératoires. Ces derniers peuvent être réalisés à l’aide de tenues étanches et de nouveaux moyens confidentiels portant essentiellement sur la détection des produits chimiques ou radiologiques susceptibles d’être employés par des terroristes. La difficulté consiste à ne pas transférer des agents agressifs et à éviter ainsi toute contamination en dehors de la zone contrôlée. Dans ce cadre, de nombreux intervenants partenaires participent à la gestion de crise et aux prises de décisions nécessaires.

Notes

[1La levée de doute est un ensemble de vérifications permettant de confirmer ou non un crime, une infraction ou une situation dangereuse.

[2Bombe dans laquelle on ajoute des substances chimiques, biologiques ou radioactives