L’eau, élément à risque : la noyade A savoir

À l’approche de l’été, nombreux sont ceux qui se préparent à goûter aux joies de l’eau : baignades en mer, en lac ou en rivière, plongeons en piscine... Pourtant la baignade ou les sports nautiques peuvent vite devenir dangereux et mener à la noyade en l’absence de bons réflexes de prévention. Si « vacances » rime souvent avec insouciance, le temps de la baignade doit rester synonyme de vigilance.

La noyade est une asphyxie provoquée par l’inondation des voies respiratoires, suite à une immersion accidentelle, volontaire ou criminelle. On distingue deux principaux types de noyade : la noyade asphyxique et la noyade syncopale. La noyade primaire asphyxique, ou « noyade bleue », est provoquée par l’ingestion du liquide qui vient se loger dans les poumons et empêche ainsi de respirer. L’inondation des voies respiratoires se fait avant la perte de connaissance et l’arrêt respiratoire. Elle peut concerner aussi bien un nageur expérimenté en état d’épuisement qu’un individu incapable de se maintenir à la surface après une chute dans l’eau par exemple.

La noyade « bleue »

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Hélitreuillage
Hélitreuillage d’une personne en détresse en mer
© J.-F. Guiot, ministère de l’Intérieur, Dicom

Le processus de cette noyade se décline en quatre stades. Le premier, appelé « aquastress », correspond à la phase où la victime prend conscience de son inaptitude à garder la tête hors de l’eau. Paniquée, elle fait « le bouchon », elle monte et descend sur et sous la surface en s’agitant dans tous les sens.À ce stade, ses poumons n’ont pas inhalé d’eau, elle a simplement contraire très lentement. Son rythme cardiaque est très élevé et les autres symptômes (toux, cyanose) sont accentués, une assistance respiratoire est nécessaire. Le quatrième et dernier stade est l’anoxie, l’absence d’oxygène dans le sang. La victime est alors inconsciente. Elle a beaucoup d’eau dans les poumons et risque l’arrêt cardiaque. Si son pouls n’est pas perceptible, il faut pratiquer immédiatement le bouche-à-bouche et le massage cardiaque (ou utiliser un défibrillateur) pour espérer sauver la victime. Ces gestes doivent être pratiqués même si l’immersion a été prolongée car l’hypothermie a un effet protecteur sur les organes vitaux.

La noyade « blanche »

Ce qu’on désigne communément par le terme d’« hydrocution » correspond à la noyade « secondaire  », appelée aussi noyade « syncopale » ou « blanche ». Dans ce cas, la victime perd conscience et son cœur cesse de battre. L’inondation des poumons se fait après la perte de connaissance et l’arrêt respiratoire. Elle concerne :

  • une personne qui subit un choc thermique en entrant brusquement dans l’eau (après une longue exposition au soleil, en période de digestion ou sous l’emprise de l’alcool) ;
  • une personne qui subit un choc traumatique pour avoir sous-estimé la profondeur de l’eau, par exemple ;
  • une personne en proie à un choc allergique (urticaire au froid, allergie aux algues, au plancton, aux méduses…) ;
  • une personne en proie à une peur panique qui respire trop rapidement.
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Prise en charge d’un noyé
Prise en charge d’un noyé sur une plage
© J.-F. Guiot, ministère de l’Intérieur, Dicom

L’hydrocution n’est pas toujours brutale, elle est souvent précédée de quelques signes : maux de tête soudains, crampes, sentiment d’angoisse, démangeaisons, frissons et tremblements. Plus étonnant, l’hydrocution liée à un choc thermique peut avoir lieu dans une baignoire, car le mécanisme inverse peut se produire dans un bain trop chaud. Par ailleurs, l’organisme réagit différemment selon que la noyade se produit en eau douce ou en eau de mer. Dans le premier cas, étant moins concentrée en sels que le sang, l’eau douce va passer dans le sang par les poumons et le diluer (hémodilution). Ce phénomène entraîne notamment une importante fatigue cardiaque. Dans le second cas, l’eau de mer étant plus concentrée en sels que le sang, l’effet inverse se produit (hémoconcentration). C’est le sang qui passe dans les poumons, provocant ainsi un oedème pulmonaire aigu.

Des précautions simples

Beaucoup de facteurs peuvent entraîner la noyade, mais les plus fréquents sont la surestimationde ses capacités (en natation), la sous-estimation des risques encourus (dans une mer dangereuse), la méconnaissance du milieu aquatique, la mauvaise utilisation du matériel (en plongée sous-marine) et le défaut de surveillance (pour les enfants). La noyade n’est donc pas synonyme de fatalité et ne doit pas être associée à des facteurs purement extérieurs. Des précautions simples permettent de l’éviter.

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Un sauvetage
Des sauveteurs ramènent un noyé sur la plage © J.-F. Guiot, ministère de l’Intérieur, Dicom

Une des premières règles élémentaires de prévention est d’apprendre très tôt aux enfants à nager. L’enseignement de la natation est d’ailleurs obligatoire en France au cours du cycle CP-CM2. L’enfant doit également apprendre à connaître ses capacités physiques, notamment en fonction du milieu dans lequel il évolue (milieu naturel ou piscine), et les limites de son organisme  : éviter de se baigner après avoir beaucoup mangé ou en cas de fatigue, éviter de rentrer brusquement dans l’eau (l’entrée doit être progressive en mouillant d’abord la nuque, la tête et le ventre) et sortir de l’eau lorsque les premiers frissons sont ressentis. Si on évolue en milieu naturel, il faut bien avoir conscience des dangers potentiels que celui-ci présente. Les étangs, les lacs et certains cours d’eau, sous leur surface paisible, cachent parfois des pièges dangereux que le baigneur ne soupçonne pas, comme des trous, des courants ou des tourbillons. Ils ont ainsi occasionné 295 noyades accidentelles entre le 1er juin et le 30 septembre 2009. Cependant, avec 781 noyades sur la même période, c’est bien la mer qui reste la plus dangereuse. Les courants et les vagues constituent les principaux dangers de la baignade sur le littoral. Les courants, peu visibles, sont souvent sous-estimés par les baigneurs qui, sans se méfier, se laissent emporter au large. Lorsque ces derniers tentent de regagner le rivage, ils s’épuisent en essayant, souvent en vain, de nager à contre-courant. C’est à ce moment que la noyade intervient. Les petits bateaux pneumatiques de plage créent une difficulté supplémentaire  : ses occupants, trompés par l’illusion d’être en sécurité sur un objet flottant, dérivent encore plus vite vers le large. Mais ces embarcations instables se retournent très facilement et risquent alors de mettre les baigneurs en difficulté. Dans tous les cas, il convient de ne pas paniquer et de se laisser porter par le courant pour économiser ses forces en attendant l’arrivée des secours. Les vagues, à partir d’une certaine taille, représentent aussi un danger réel : celui d’être projeté contre le sol et d’être blessé, voire de perdre connaissance ou d’être pris dans le ressac et de ne plus pouvoir en sortir. Mais à la différence des courants, les vagues ont l’avantage d’être visibles et donc de prévenir le baigneur des dangers qu’il encourt en s’engageant dans l’eau.

La baignade, un plaisir sous surveillance

Les spécificités du milieu maritime imposent le respect strict des consignes de sécurité. Il est notamment très fortement déconseillé de se baigner hors des zones surveillées, matérialisées par deux drapeaux bleus à chaque extrémité. Ces zones, qui bénéficient d’un poste de secours, sont toujours placées sous la vigilance de maîtres-nageurs-sauveteurs prêts à intervenir à la moindre alerte. Elles arborent, en fonction de l’état de la mer, un drapeau vert si les conditions ne présentent pas de danger particulier, un drapeau jaune si la baignade est jugée périlleuse tout en restant autorisée et un drapeau rouge si la baignade est interdite. Chaque année, la majorité des noyades en mer se produit en dehors des zones de baignade surveillée. Alors face à tous ces dangers, fautil préférer la piscine ? Si elle présente certainement moins de risques pour les adultes, la piscine n’en reste pas moins dangereuse pour les enfants, surtout les plus petits.

Avec les enfants, une vigilance accrue

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Surveiller les enfants
Surveiller les enfants pendant le temps de la baignade est indispensable © SXC

Que ce soit en piscine ou à la mer, au bord d’un lac ou d’une rivière, la baignade des jeunes enfants impose la présence et la vigilance constantes de leurs parents. Si les enfants ne savent pas nager, ils doivent être équipés de brassards adaptés à leur taille et respectant la norme NF. En dehors des temps de baignade, les parents doivent particulièrement se méfier des piscines qui constituent un danger permanent pour les enfants en bas âge qui ne savent pas nager mais qui peuvent être attirés par la curiosité. Depuis 2006, les piscines privées en plein air doivent être équipées d’un dispositif de sécurité (barrière, volet roulant, abri ou alarme sonore) ; toutefois, celui-ci ne remplace pas la surveillance constante des adultes. Il est également conseillé de déposer auprès de la piscine une perche et une bouée pour pouvoir intervenir plus rapidement en cas d’accident et d’avoir un téléphone à proximité pour alerter les secours le plus rapidement possible. En 2009, 19 enfants de moins de 6 ans sont décédés en piscine privée familiale. Dans tous les cas, il faut savoir faire preuve de bon sens et de prudence et se souvenir que la pratique d’activités aquatiques, pour agréable qu’elle soit, comporte quelques risques qu’il faut savoir maîtriser, surtout concernant les personnes les plus vulnérables telles que les jeunes enfants et les personnes âgées. En 2009, l’enquête conjointe du ministère de l’Intérieur et de l’Institut de veille sanitaire recense, entre le 1er juin et le 30 septembre, 1366 cas de noyade, dont 461 décès parmi les victimes identifiées, contre 1207 cas, dont 401 décès, lors de la dernière enquête en 2006. Les campagnes de prévention portées par le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Santé restent donc plus que jamais d’actualité.

Être alerté du danger
La baïne, un danger du littoral

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Les baïnes sont très présentes sur le littoral aquitain - Source : Noaa

La côte aquitaine est formée d’un long ruban de sable de 230 km depuis l’estuaire de la Gironde jusqu’à l’embouchure de l’Adour. Les bancs de sable qui se déplacent le long du littoral au gré des courants et du ressac créent de gros rouleaux, mais ils sont aussi à l’origine d’un phénomène dangereux, connu des habitants de la région, appelé le « courant de baïne ». Les baïnes (voir photo ci-contre), « petites bassines » en gascon, sont des cavités modelées dans le sable par le ressac de l’océan. À marée basse, elles prennent l’allure de piscines naturelles où les enfants adorent jouer. Lorsque la marée monte, la baïne se remplit puis est submergée. Mais à marée descendante, la baïne se vide, créant un violent courant de sortie vers le large. C’est ce courant qui est dangereux car, du fait de sa vitesse, toute tentative pour le remonter est vaine. La seule solution consiste alors à se laisser porter par le courant, à se manifester et à attendre l’intervention des secours.

LES GESTES QUI SAUVENT

Dans tous les cas, il faut appeler le 15 (Samu) ou le 18 (sapeurs-pompiers), puis :

  • ne pas faire vomir la victime ;
  • couvrir la victime avec une couverture ;
  • surveiller la victime en attendant l’arrivée des secours ;
  • si la victime respire mais présente des troubles de la conscience (difficulté à parler par exemple), la placer en position latérale de sécurité.

Date : lundi 13 septembre 2010

Auteur(s)

  • Philippe Arrondeau
    Bureau de l’Alerte, de la planification et de la préparation aux crises, direction de la Sécurité civile
  • Béatrice Tamimount
    Bureau de la Réglementation incendie et des risques de la vie courante, direction de la Sécurité civile

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