L’alerte et l’information des populations en temps de crise

Chaque premier mercredi du mois, les sirènes sont déclenchées pour tester leur fonctionnement. Pourtant, peu de personnes savent comment réagir en cas d’alerte réelle et où s’informer des consignes de sécurité.
L’efficacité de l’alerte et de l’information repose sur trois piliers : un guide d’emploi, des dispositifs techniques adaptés et la connaissance des comportements réflexes.

Distinguer alerte et information

Parmi les moyens mobilisés par la sécurité civile pour la protection de la population, certains sont dédiés à une mission précise : prévenir de l’arrivée d’un danger face auquel il faut se mettre en sécurité.

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Une sirène d’alerte à Nantes © Nantes Métropole

L’alerte correspond à la diffusion d’un signal précis. Elle est ordonnée par une autorité compétente (le maire, le préfet ou l’armée de l’air) en phase d’urgence avérée. Le signal indique à la population l’existence d’un danger nécessitant de se mettre en sécurité. L’alerte répond à des règles strictes : elle est réservée aux événements graves, en cours ou imminents [1].

L’information des populations en temps de crise permet notamment la diffusion des consignes de comportement. Elle peut intervenir à plusieurs moments de la crise, suivant son évolution :

  • avant, via le lancement de vigilance : la population est alors invitée à suivre l’évolution de la situation ;
  • pendant la crise, en complément du signal d’alerte. Il apporte des précisions sur le comportement de sauvegarde propre à la situation en cours et vise à justifier les mesures de sauvegarde préconisées [2] ;
  • après, pour signaler la fin de l’alerte et les mesures de soutien aux populations (cellules psychologiques, points de distribution d’eau potable, etc.)

Quels sont les moyens d’alerte et d’information des populations ?

Les situations d’urgence nécessitent l’utilisation de moyens d’alerte et d’information (MAI) des populations. Ils attirent l’attention du public et prescrivent des comportements réflexes via un signal et/ou un message.
Le maire, ou le préfet, a obligation de mettre en œuvre des mesures d’alerte et d’information. Cependant, il peut choisir entre les différents MAI à sa disposition.

Les sirènes appartiennent aux communes ou à l’État. Beaucoup de sirènes datent de la fin des années 1940 et de la mise en place du réseau national d’alerte (RNA, ministère de l’Intérieur et armée de l’air). Elles avaient pour but d’alerter la population en cas de menace d’attaque aérienne. Désormais elles sont utilisées pour tout type de risque majeur. Il existe aussi des sirènes appartenant à des acteurs privés prévenant d’un danger industriel (lié à une usine ou à un barrage).

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Une sirène d’alerte © DGSCGC

L’ensemble mobile d’alerte est un moyen d’alerte mais aussi d’information. C’est un véhicule équipé d’un mégaphone qui permet de diffuser un signal d’alerte ainsi que des consignes. Il peut être très utile au cas par cas, pour des actions locales. Il peut être complété par du porte-à-porte dans un périmètre restreint.

Les automates d’appel sont des logiciels qui diffusent, à partir d’une liste d’abonnés, un message d’information (message vocal ou écrit : SMS, courrier électronique). Pour être efficace, il faut que les destinataires se soient inscrits sur la liste de diffusion et que l’annuaire soit actualisé.

Le boîtier d’alerte est un outil « dormant » (en veille), installé directement dans les habitations, qui diffuse un signal d’alerte, ainsi que des messages. Selon le modèle, les habitants peuvent même préciser combien de personnes se situent dans le bâtiment pour faciliter l’organisation des secours. Le principal frein à son développement est son coût ; un déploiement à grande échelle n’est envisageable que s’il est subventionné.

Les panneaux à messages variables (PMV) permettent de prévenir les personnes sur les routes de l’existence d’un danger. Certains sont aussi présents dans les communes ; ils permettent de relayer l’information.

Les médias sont de bons moyens d’information des populations car ils sont présents partout. La loi les oblige à diffuser les messages d’alerte et les consignes de sécurité [3]. En cas de crise, l’État a réalisé des conventions avec France Télévisions et Radio France pour assurer la diffusion de l’alerte et des consignes.

La téléphonie mobile est désormais largement répandue dans la population. L’alerte mais aussi l’information pourraient se faire par plusieurs moyens : utilisation d’application pour smartphones et tablettes, envoi de messages SMS ou l’utilisation du cell broadcast (autre format de message, transmis à tous les téléphones présents dans l’aire d’action d’une antenne relais, sans enregistrement préalable, cependant ce format n’est pas encore disponible en France). Le risque de saturation des réseaux, le paramétrage des téléphones et l’absence de garantie de lecture du message sont des contraintes fortes de cette solution.

Internet permet d’envoyer des courriels à un groupe de personnes ciblées (sans garantie de lecture) ou d’accéder à des informations. Il faut néanmoins s’assurer de la fiabilité des données et consulter les sites Web institutionnels qui relaient les consignes d’urgence.


Le système d’alerte et d’information des populations (SAIP), un réseau de MAI choisis

Avec les évolutions techniques, l’histoire des MAI est passée des cloches des églises (notamment le tocsin) aux technologies de téléphonie mobile. Pour pallier leurs défauts et optimiser leurs avantages, la complémentarité des MAI est indispensable. Il faut donc les positionner sur les zones les plus à risque et les intégrer dans un même système.

C’est le but du SAIP :

  • réunir dans un réseau plusieurs MAI : sirènes (en renouvelant le parc suivant les besoins actuels), PMV, médias télévisés et radios, téléphonie mobile ;
  • les organiser par bassins de risques (zones d’alerte) ;
  • déclencher l’alerte à distance sur décision d’une autorité compétente (maire, préfet, Premier ministre), en fonction de la seule zone d’alerte concernée.

Quels comportements adopter en cas d’alerte ?

En cas d’alerte, il faut réagir immédiatement et adopter les comportements réflexes de sauvegarde. Reconnaître une alerte et savoir réagir efficacement permet de se protéger.

Le signal d’alerte est émis par les sirènes. C’est un son montant et descendant, composé de trois cycles successifs d’1 minute et 41 secondes, séparés par un silence de 5 secondes (dans le cas spécifique d’une rupture de barrage, le signal peut aussi être une corne de brume).
La fin d’alerte est transmise par un son continu de 30 secondes.
Tous les premiers mercredis du mois, les sirènes sont testées (un seul cycle est joué).

En cas d’alerte, il existe quatre réflexes de sécurité à suivre :

  • se mettre en sécurité (en se protégeant dans un bâtiment, voire en se confinant, ou en évacuant la zone de danger − comme dans le cas d’une rupture de barrage, où il faut rejoindre le point le plus haut) ;
  • se tenir informé (afin de connaître le comportement adapté. Pour cela, un poste radio à piles est le meilleur moyen puisqu’il permet de capter les informations transmises par Radio France et France Bleu, même si les réseaux sont coupés) ;
  • éviter de téléphoner (n’utiliser son téléphone qu’en cas d’urgence médicale. En effet, il est important de ne pas saturer les réseaux de communication) ;
  • rester en sécurité (les enfants sont en sécurité dans leurs écoles, il ne faut pas se mettre en danger en voulant aller les chercher).

Notes

[1Il ne faut pas confondre l’alerte et la vigilance. En effet, la vigilance est un état de veille des acteurs de la sécurité civile, afin de surveiller un aléa.

[2Il ne faut pas confondre l’information aux populations en cas de crise et l’information préventive ou la sensibilisation.
L’information préventive regroupe l’ensemble des documents obligatoires par lesquels chacun peut savoir à quel(s) risque(s) il est exposé. Cette connaissance est primordiale pour savoir réagir en cas d’alerte.
La sensibilisation vise à éduquer la population, à lui inculquer une culture du risque (conscience du risque, connaissance des comportements de mise en sécurité). La sensibilisation est donc détachée du déroulement d’une crise.

[3Décret n° 2005-1269 du 12 octobre 2005.