Face aux inondations La stratégie nationale de gestion des risques

L’inondation est une submersion temporaire, rapide ou lente, de terres habituellement hors d’eau. C’est un phénomène d’origine naturelle, mais il peut être influencé par l’activité humaine.

Ses causes peuvent être très diverses : débordements de cours d’eau, submersions marines, ruissellements urbains ou agricoles, remontées de nappes phréatiques, crues des torrents de montagnes, ruptures ou défaillances d’ouvrages hydrauliques, tsunamis, cyclones, tempêtes…

Par ailleurs, les conséquences du changement climatique, avec l’élévation du niveau moyen des mers et la multiplication des fortes tempêtes, sont des facteurs qui aggravent le risque, notamment pour le littoral et les espaces estuariens [1].

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Inondation de Sommière © Préfecture du Gard

La situation actuelle

Près d’un Français sur quatre et un emploi sur trois sont aujourd’hui exposés aux risques d’inondation.
Les inondations des années 1990 et du début des années 2000 ont servi de base aux réflexions de la Commission européenne sur l’évaluation et la gestion du risque d’inondation [2]. Dans ce cadre, l’État français a identifié 122 territoires particulièrement sensibles, appelés « territoires à risque d’inondation important » (TRI). Les différentes inondations en France, comme celles provoquée par la tempête Xynthia en 2010, les fortes pluies dans le Var en juin 2010 ou tout récemment les orages dans les départements du Gard et de l’Hérault, confirment l’intérêt d’agir sur cette question.

Sur les trente dernières années, le coût moyen annuel des dommages dûs aux inondations, est estimé entre 650 et 800 millions d’euros. Une action déterminée peut permettre de réduire considérablement ces sommes.

Pour chacun de ces 122 TRI, une cartographie des risques a été réalisée. Elle analyse les vulnérabilités et le fonctionnement socio-économique de la zone : exposition des établissements sensibles (hôpitaux, écoles, entreprises Seveso), localisation des réseaux routiers, sensibilités des réseaux d’énergie, d’eau potable ou d’assainissement, etc.

La stratégie nationale de gestion du risque d’inondation doit ainsi servir de cadre aux stratégies locales adaptées aux caractéristiques des 122 TRI. Elle définit ainsi des objectifs devant s’inscrire sur le long terme.

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Carte du TRI dans les DOM © CEREMA
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Carte du TRI en métropole © CEREMA

Anticiper la crise

Si l’État détermine la stratégie nationale de gestion des risques d’inondation (SNGRI), tous les autres acteurs, dont les collectivités territoriales et les citoyens doivent s’y associer. Elle est une démarche d’anticipation des risques d’inondations sur le territoire français, sur les zones ayant déjà été touchées comme sur celles qui ne l’ont pas encore été, afin de les rendre moins vulnérables.
La SNGRI a trois principaux objectifs, réalisables sur 20 ou 30 ans.

1/ Augmenter la sécurité des personnes exposées
La première action est la prévention. Elle consiste à éviter l’urbanisation en zone inondable et de mettre ainsi en avant, sauf exception justifiée, l’inconstructibilité derrière les digues.
De même, il s’agit de développer l’identification des zones dangereuses pour les vies humaines en organisant d’une part, la mise en sécurité des populations y vivant par des mesures de surveillance, de prévision, d’alerte et d’évacuation. D’autre part, il est nécessaire d’étudier les projets de délocalisations des structures menacées, et de réaliser ou conforter les ouvrages de protection.

2/ Stabiliser puis réduire le coût des dommages
Pour les événements de forte probabilité, il s’agit d’en réduire le coût en évaluant la pertinence économique de la construction d’ouvrages de protection pour les biens existants.
Pour les événements de probabilité moyenne, c’est-à-dire ayant une durée de retour avoisinant les cent ans, il s’agit d’en stabiliser les coûts en privilégiant les opérations de réduction de l’aléa (aménagement du cours d’eau en amont...) et la limitation, voire la suppression d’enjeux dans la zone inondable.

3/ Raccourcir fortement le délai de retour à la normale des territoires sinistrés
Si certaines inondations restent inévitables, la capacité des territoires à s’organiser pour gérer les crises est essentielle. En effet, raccourcir le délai de retour à la normale dans les zones sinistrées permet de réduire l’impact des inondations sur la santé humaine, l’activité économique, le patrimoine et l’environnement.
Pour faire face aux crises et gérer le mieux possible le retour à la normale, des outils d’anticipation et de conseils se sont développés.
Ils s’appuient sur des documents tels que le plan communal de sauvegarde [3], la cartographie de zones potentiellement inondées, l’élaboration de divers scénarios de crues, les plans de continuité d’activité [4], les plans familiaux de mise en sûreté [5], le plan de sauvegarde et de mise en valeur du patrimoine culturel.

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Le pont du Gard après la crue © Préfecture du Gard
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Le pont du Gard pendant la crue © Préfecture du Gard

L’application sur le terrain de la SNGRI

L’application au niveau local de la SNGRI s’appuie sur un plan de gestion des risques d’inondation (PGRI). Ce plan est décliné par le préfet, sur chaque grand bassin de risque.
Le PGRI vise à décliner les objectifs de la stratégie nationale en fonction des particularités territoriales et à impulser une nouvelle dynamique de réduction des conséquences des inondations sur les TRI.

Le citoyen : un acteur clé de la gestion des crises

Pour y parvenir, la mise en œuvre de la politique nationale de gestion des risques d’inondation nécessite une implication forte de la population. Chaque citoyen, habitant d’une zone inondable ou non, doit apprendre à connaître son environnement et les risques qui y sont identifiés. L’information préventive est un droit que chacun doit s’approprier, voir réclamer. C’est un des outils majeurs de la prévention des risques qui permettra de savoir réagir et d’avoir les bons comportements en situation de crise.
Les citoyens doivent mettre en place leur plan familial de mise en sûreté. Il permet aux familles de connaître la nature des risques auxquels ils sont confrontés, les moyens d’alerte, les consignes de sécurité, les lieux de mise à l’abri, etc. Il donne également les clés pour constituer un kit d’urgence pour rester autonome pendant 72 heures.

Où s’informer ?

  • Dans sa mairie, en demandant à consulter le dossier d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM). Les DICRIM sont très souvent diffusés sur les sites internet des communes. Dans le cadre de son plan communal de sauvegarde (PCS), la commune peut mettre en place des exercices simples de simulation.
  • Auprès du site internet de sa préfecture. Vous y retrouverez les informations utiles concernant les risques existant sur le département dans le dossier départemental des risques majeurs (DDRM) [6].
  • Le nouveau site www.georisques.gouv.fr regroupe pour la première fois près de 130 indicateurs géolocalisés sur les risques, en particulier les inondations, avec des cartes et des photographies aériennes. La rubrique « Ma maison/mes risques » permet à chacun de faire le point sur la situation de sa maison.
  • En suivant la vigilance météorologique et Vigicrues qui anticipent les fortes pluies et les risques d’inondation pour les 24 heures à venir.
  • Auprès du site www.risques.gouv.fr : le site gouvernemental de préparation aux situations d’urgence. Il permet notamment de relever les risques majeurs identifiés sur chaque commune.
  • Auprès du site www.prim.gouv.fr, bouquet de la prévention des risques majeurs.

Notes

[1Situés dans l’embouchure d’un fleuve.

[2Directive 2007/60/CE

[3Le plan communal de sauvegarde (PCS) est un document réalisé sous la responsabilité du maire, pour planifier les actions des acteurs communaux de la gestion de crise. Il prévoit l’organisation nécessaire pour assurer l’alerte, l’information la protection et le soutien de la population en cas d’événement majeur, naturel technologique ou sanitaire.

[4Le plan de continuité d’activité permet à un groupe (entreprise, mairie, etc.) d’assurer son fonctionnement en mode dégradé en cas de désastre.

[5Le plan familial de mise en sûreté est un document permettant aux personnes vivant dans des zones à risques d’accéder à l’information préventive et à des conseils d’organisation pour faire face au mieux à une crise en attendant les secours.

[6Le DDRM est un dossier synthétique établi par le préfet qui permet au citoyen d’être informé des risques naturels (inondations, feux de forêt…) et technologiques (transport de matières dangereuses, nucléaire…) auxquels il peut être soumis dans le département. Les risques y sont décrits, ainsi que leurs conséquences estimées sur les personnes, les biens et l’environnement. Les mesures de sauvegarde prévues y sont également exposées.