Exercice transnational de gestion de crise Meusex Amice

La nature ne s’encombrant pas des constructions humaines ni des limites administratives, la gestion de ses aléas implique souvent la coordination de nombreux services sur des territoires différents. Le projet Amice (Adaptation de la Meuse aux impacts des évolutions du climat) en est l’illustration. Financé par le programme Interreg IV Europe du Nord-Ouest, il s’inscrit dans le cadre européen de gestion de crise « inondations du bassin de la Meuse ». Illustration de son fonctionnement.

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© Préfecture des Ardennes

Les experts et gestionnaires de l’eau des quatre grands pays du bassin, à savoir la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne et les Pays-Bas ont souhaité joindre leurs forces à la France au sein de ce projet européen pour élaborer une stratégie d’adaptation innovante et durable.

Dans le cadre du projet Amice, les professionnels de la gestion de crise visent à établir et améliorer les systèmes de gestion des crises liées aux inondations, en combinant les méthodes et les outils disponibles dans chacun des pays. Ils cherchent ainsi, grâce à la mutualisation des moyens et des méthodes, à obtenir une vision plus opérationnelle de la situation, et à développer la qualité de la connaissance et du suivi de l’évènement.

Dans chacun des pays concernés, des exercices sont régulièrement organisés de façon indépendante, pour vérifier que tous les services d’urgence sont préparés à répondre à une situation de crise liée à une inondation.

En 2011, pour la première fois, l’ensemble des gestionnaires de crise « inondation » du bassin versant international de la Meuse, a travaillé sur une situation commune afin de renforcer les capacités respectives d’échange de l’information, et développer l’efficacité des services de secours.

Sur proposition de l’établissement public d’aménagement de la Meuse (Epama) et en partenariat avec l’état-major de la zone Est, un exercice transnational de gestion de crise a été organisé, associant trois départements français et deux pays du bassin.

Pour la partie française, l’exercice, articulé sur trois étapes, a débuté dans les Vosges pour ensuite se poursuivre dans la Meuse avant de s’achever dans les Ardennes. Tous les acteurs et opérateurs du bassin international de la Meuse ont été mobilisés pour l’occasion.

L’exercice a reposé sur un scénario d’inondation commun à tous les départements, prenant en considération une évolution climatique majeure, à l’horizon 2050, à savoir des précipitations hivernales supérieures de 25 % à celles traditionnellement observées.

La crue envisagée pour l’exercice était une crue centennale augmentée de 15 %.

Le centre opérationnel départemental (COD) a été activé en préfecture, réunissant les principaux services de l’État impliqués ainsi que le directeur de l’établissement public d’aménagement de la Meuse et de ses affluents (Epama).

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© Préfecture des Ardennes

Le scénario : situation initiale

Un épisode pluvieux générant un fort cumul de précipitations a entraîné une montée des eaux d’eau sur le fleuve Meuse et ses affluents. La Meuse médiane est en vigilance orange et la Meuse aval est en vigilance rouge.

Le dernier épisode pluvieux, observé au cours des dernières 36 heures, a réactivé la hausse des niveaux d’eau. Météo-France prévoyait de nouvelles précipitations suivies d’une légère accalmie puis une nouvelle perturbation.

La hausse des niveaux sur tous les cours d’eau devait donc se poursuivre sur plusieurs jours pour atteindre des niveaux exceptionnels.

Le préfet des Ardennes a donc activé, en préfecture, le COD réunissant :

  • Le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) ;
  • La gendarmerie nationale ;
  • La police nationale ;
  • La délégation militaire départementale (DMD) ;
  • La direction départementale des territoires (DDT) ;
  • La direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) ;
  • L’agence régionale de santé (ARS) ;
  • Le conseil général ;
  • La direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN, ex inspection académique) ;
  • La Croix-Rouge française ;
  • L’association départementale des radioamateurs au service de la sécurité civile (Adrasec).

Les objectifs

Cette démarche complexe a eu pour but d’évaluer et de définir une organisation opérationnelle et les conditions d’une coordination efficace des services du préfet de département face à une crue de la Meuse de type centennale.

Elle a ainsi permis d’évaluer les nombreux dispositifs sollicités, de l’alerte aux modalités d’évacuation des populations, en passant par la mise en œuvre des plans communaux de sauvegarde (PCS), et testant de manière réaliste les capacités de résilience et de réactivité des services.

Elle a été également l’occasion d’évaluer l’efficacité des flux de diffusion de l’information en direction des populations, en temps réel.

Enfin, c’est la qualité de la coopération transfrontalière elle-même entre les services des pays engagés dans l’exercice qui a ainsi pu être testée et évaluée.

Les enseignements

L’exercice s’est déroulé sur une période restreinte et à une cadence soutenue. Pour instaurer ce rythme et maintenir une pression permanente, la cellule animation a délivré, tout au long de l’exercice, 20 messages nécessitant des réponses écrites et/ou orales dans un temps relativement restreint. Ce rythme contraignant avait pour objectif de provoquer des interrogations à chacun des acteurs et révéler, pour les travailler et trouver les réponses adéquates, les difficultés découlant d’une telle mise sous tension.

De nombreuses pistes ont ainsi pu être mises à jour, permettant d’identifier la nature des segments de l’organisation sur lesquels il est pertinent de porter des efforts.

En premier lieu, la qualité de la collaboration et de la cohésion des nombreux services impliqués a été largement soulignée.

Parmi les pistes de progrès relevées figurent, en termes de positionnement, une attention particulière attendue du COD quant à ses missions principales de synthèse de l’information et de priorisation des missions à mener, afin de ne pas, dans l’action, se laisser entraîner sur d’autres champs d’intervention.

En termes d’organisation, un effort particulier doit être mené pour permettre une mise en place efficace des cellules « anticipation » et du tri de l’information. De même, l’équipement des salles opérationnelles doit faire l’objet d’une étude en amont afin d’en garantir les pleines capacités en matière de cartographie, projection et communications (téléphone, fax, etc.).

Enfin, le renforcement de la cellule communication a été évoqué, notamment par une démarche de professionnalisation visant à permettre à ses personnels de bénéficier de formations spécifiques dédiées à la gestion de crise, telle que celle dispensée aux chargés de communication des directions départementales interministérielles (DDI).

Outre l’apprentissage et l’échange des méthodes de partenaires nombreux et différents, la réalisation de tels exercices est une condition essentielle de la mise en œuvre et du maintien en condition optimale des organisations et des moyens déployés pour faire face aux crises. Par le biais de ces collaborations, c’est leur efficacité et in fine la qualité de la protection des populations qui s’en trouvent démultipliées.