Exercice dans un tunnel On ne joue pas avec le feu

« Appel d’urgence ! Appel d’urgence ! » Un accident impliquant deux véhicules vient de se produire dans le tunnel du Puymorens reliant les départements de l’Ariège et des Pyrénées-Orientales. Mardi 20 octobre 2009, un scénario d’accident grave a mobilisé d’importants moyens dans le cadre d’un exercice dans ce tunnel long de 4 820 mètres. Quand les équipes de secours s’entraînent pour éviter le pire.

Exercice incendie dans le tunnel de Puymorens

Organisée et préparée par les préfectures et les services opérationnels des Pyrénées- Orientales et de l’Ariège, les Autoroutes du Sud de la France (ASF), gestionnaires du tunnel du Puymorens, la simulation de cet accident majeur a pour objectif de tester l’alerte des services de secours et la coordination entre les équipes d’intervention. Elle vise également à apprécier la montée en puissance des acteurs du secours engagés et de vérifier le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité, notamment les caméras de surveillance et le système de ventilation.

Vidéo

13 h : sur les écrans, une collision entre un poids lourd et une voiture !

Nous sommes au cœur du dispositif de surveillance de l’ouvrage, dans le poste de contrôle et de commandement (PCC) de l’exploitant. Trente-quatre caméras vidéo permettent de visualiser en permanence le trafic et les éventuels incidents techniques pouvant dégrader la sécurité des usagers. Soudain, sur l’un des écrans de contrôle, l’opératrice de sécurité tunnel (OST) constate une collision frontale entre un camion et une voiture. Sous l’effet du choc, le poids lourd s’embrase et, très rapidement, d’épaisses fumées envahissent une partie du tunnel, bloquant deux véhicules qui suivaient la voiture en cause.

C’est l’effervescence : « Appel d’urgence ! Appel d’urgence ! » L’exercice a commencé. Aussitôt, l’OST qui visualise l’événement déclenche l’abaissement automatique des barrières de sécurité de part et d’autre du sinistre et alerte immédiatement les sapeurs-pompiers des Pyrénées-Orientales. Dans le même temps, elle informe les services de la direction interdépartementale des Routes du Sud-Ouest qui procèdent à la fermeture du tunnel et mettent en place une déviation de la circulation par la route du col du Puymorens. Le service interministériel de défense et de protection civiles de la préfecture des Pyrénées-Orientales est informé de l’accident et rend compte au préfet des mesures mises en œuvre.

Au PCC, la tension est palpable. Sur les écrans, alors que la fumée est de plus en plus épaisse, on discerne des personnes sortant des deux véhicules suivant la voiture accidentée pour se réfugier dans un abri distant de quelques mètres. À bord d’un véhicule de secours routier, une équipe des ASF, chargée d’assurer au quotidien l’entretien du réseau (déneigement, salage, enlèvement d’obstacles, etc.) arrive sur les lieux de l’accident.

L’OST est en communication directe avec l’un des deux agents qui vient d’apercevoir les premiers accidentés : « On est au point kilométrique 2 300, on arrive en vue de piétons, tu me reçois ? On a mis les gens à l’abri, cinq personnes sont indemnes et deux autres sont blessées, là on arrive sur l’accident. A priori, il y a un camion-grue en feu et deux véhicules légers. Il fait très chaud. » Pendant ce temps, une autre opératrice, l’œil rivé sur les écrans, informe le directeur des opérations internes des ASF sur le déroulement de l’intervention. Conformément aux procédures du plan d’intervention et de sécurité de l’exploitant, ces renseignements sont également transmis au centre opérationnel départemental (COD) en cours d’activation respectivement dans les préfectures des Pyrénées-Orientales et de l’Ariège.

Les premiers véhicules de secours en provenance du centre d’incendie et de secours de Porté-Puymorens pénètrent dans le tunnel par le côté Pyrénées-Orientales. Dans le même temps, à cause des fumées toujours intenses, les pompiers ariégeois, appelés par leurs collègues, restent bloqués à l’entrée du tunnel côté Ariège. Une psychologue du Samu 66 (Pyrénées-Orientales), formée à ce type d’intervention, entre en contact téléphonique avec les personnes réfugiées dans l’abri équipé d’extincteurs, de postes d’appel d’urgence, de téléphones et de couvertures de survie.

13 h 40 : le préfet des Pyrénées-Orientales met en œuvre le dispositif Orsec tunnel

Mis en place dans les locaux du tunnel dès les premiers instants qui ont suivi l’accident, le poste de commandement opérationnel (PCO), relais du COD sur le lieu des opérations, réunit les représentants des services d’intervention et de secours : les pompiers, la gendarmerie des Pyrénées-Orientales et les ASF.

En raison de la gravité de l’accident et de ses conséquences, notamment sur les vies humaines, le préfet des Pyrénées-Orientales met en œuvre le dispositif Orsec spécifique « tunnel de Puymorens » (Orsec ou organisation de la réponse de Sécurité civile). Il s’agit d’appliquer les procédures d’intervention prévues en cas d’accident grave dans l’ouvrage. « L’objectif, c’est d’aller le plus vite possible pour faire sortir les victimes du tunnel » explique le Colonel Jean-Pierre Salles-Mazou, directeur du service départemental d’incendie et de secours des Pyrénées-Orientales.

À leur arrivée, les pompiers déploient une lance à eau afin d’abaisser le potentiel calorifique de l’incendie (la température). Cette manœuvre crée un rideau d’eau empêchant les fumées opaques et toxiques d’envahir complètement le tunnel. L’équipage des ASF peut ainsi dégager en toute sécurité le chauffeur du camion, inanimé dans sa cabine. Les secours peuvent alors s’approcher des véhicules accidentés.

Une équipe de deux sauveteurs sous assistance respiratoire individuelle parvient à rejoindre les personnes réfugiées dans l’abri. Deux blessés s’y trouvent. L’un souffre de brûlures au deuxième degré et d’une intoxication par les fumées, l’autre se plaint de fortes douleurs à l’abdomen et au thorax laissant suspecter une hémorragie interne. Ils sont immédiatement pris en charge par les médecins du Samu 66. Pendant ce temps, les pompiers tentent de maîtriser l’incendie du camion avec une lance à mousse, plus appropriée pour éteindre un feu sur véhicule.

15 h : l’incendie est circonscrit

Deux heures après le déclenchement de l’alerte, l’incendie du poids lourd est circonscrit. Cinq des victimes réfugiées dans l’abri, revêtues d’une couverture de survie sont évacuées. Pour éviter d’inhaler les fumées, elles portent un masque de fuite fourni par les ASF et s’éloignent en formant une chaîne à cause de la visibilité réduite dans le tunnel. On les fait monter dans le véhicule de secours routier, équipé d’oxygène et d’appareils respiratoires, qui les ramène vers le centre de rassemblement des victimes à l’extérieur du tunnel. Par contre, l’un des deux blessés médicalisés dans l’abri par le Samu 66 sera évacué par hélicoptère au CHU de Purpan à Toulouse, l’autre sera transporté au CH de Puigcerdà (en Espagne).

Commence alors le travail d’enquête. La gendarmerie recueille le témoignage de deux autres automobilistes qui ont cheminé par leurs propres moyens vers la sortie du tunnel. Dans le même temps, au PCO, Jacques Billant, préfet de l’Ariège, arrive de Foix en voiture et se fait expliquer la situation.

15 h 15 : l’exercice est terminé

Après consultation des responsables des services d’intervention et de secours, y compris le chef de district de la direction des Routes et de l’exploitant, le préfet annonce la fin de l’exercice. Immédiatement, une réunion d’analyse « à chaud » est organisée au PCO à l’initiative du commandant des opérations de secours, le capitaine Jérôme Salles : « Le dispositif spécifique Orsec a été déclenché à 13 h 40, en l’absence, à ce moment-là d’informations précises sur le nombre de véhicules impliqués, et sur la cargaison du poids lourd. On était alors tout près de déclencher le plan rouge, mais heureusement des informations précises quant à la gravité de l’accident nous sont remontées rapidement. » Ces premiers échanges ont pour but de recueillir les toutes premières impressions des intervenants. Elles sont importantes car ce type d’exercice sert à former les personnels d’intervention et à vérifier l’efficacité des procédures. C’est pourquoi le colonel Dominique Bartoli, délégué militaire départemental des Pyrénées-Orientales, a noté tous les faits et gestes des équipes déployées. Posté en tant qu’observateur des opérations, il a pu mesurer le temps mis par les équipes de secours pour arriver sur les lieux, vérifier la bonne marche des liaisons entre les pompiers et les ASF et évaluer la prise en charge des victimes.

Plus tard, un autre débriefing aura lieu pour perfectionner les modalités d’action dans cet ouvrage, faire en sorte que les services apprennent à travailler ensemble et acquièrent les techniques d’intervention.