Coulée de boue sur un village, les scientifiques en action

Le 17 février 2006, en quelques secondes, une énorme coulée de boue ensevelit totalement le village de Guinsaugon situé au pied d’une montagne sur l’île de Leyte, dans l’archipel des Philippines.

Les 1 800 habitants n’ont pas eu le temps d’entreprendre la moindre action pour échapper à la catastrophe. Plus de 350 maisons, une école où se trouvaient 300 enfants et environ 1 100 personnes ont été enfouies sous 35 mètres de boue et de roches. Les secours locaux, renforcés par les unités de l’armée américaine ont tenté, en vain, de retrouver des survivants.

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Coulée de boue sur le village de Guinsaugon (Philippines). Source : US Navy

Le document montre le site de Guinsaugon (Philippines) après la coulée de boue qui a enseveli tout un village sous une couche de 35 mètres, en 2006. Cette tragédie s’expliquerait par les effets conjugués de la déforestation, de la surexploitation minière qui a fragilisé les sols, des pluies incessantes tombées sur la région et de la survenue d’un séisme juste avant le drame. Peut-on prévoir pareil événement et quels sont ses facteurs déclenchants ?

Géophysiciens, hydrologues et météorologues planchent sur le problème pour mettre les sciences au service de la prévention. En France, des chercheurs surveillent la sismicité des Pyrénées. Ils ont implanté des capteurs et cartographié les zones à risques et identifié les raisons des glissements de terrain en étudiant la morphologie des argiles. Dans les Alpes, des équipes ont mis en évidence les aires de rupture propices aux glissements et coulées. La collecte de données permet de développer des modèles numériques fiables, ce qui sert à alerter les populations et à améliorer l’efficacité de l’intervention des pouvoirs publics.

Comment un tel drame a-t-il pu se produire ? Selon les experts, cette tragédie serait due aux effets conjugués de la déforestation, de la surexploitation minière, de pluies incessantes, cinq fois supérieures à la moyenne, survenues les semaines précédant la catastrophe, et d’une secousse tellurique de magnitude 2,6 survenue juste avant la rupture des flancs de la montagne. Les coulées boueuses sont malheureusement de plus en plus fréquentes, les plus meurtrières surviennent le plus souvent sur les terrains escarpés, en particulier dans les régions tropicales (Amérique centrale et du Sud, Asie du Sud-Est). Cependant, aucun territoire n’est à l’abri de ces phénomènes dont les effets désastreux mobilisent des scientifiques du monde entier soucieux de développer des parades préventives.

Géophysiciens, hydrogéologues ou météorologues unissent leurs compétences pour identifier avec le plus de précision possible les facteurs déclenchant des catastrophes naturelles.

Concernant les mouvements de terrain, l’étude de la structure géologique des sols et de l’impact des précipitations constitue un préalable indispensable à la mise en évidence des zones les plus dangereuses.

Les scientifiques sur le terrain

En France, les chercheurs sont mobilisés sur ce risque qui concerne environ 7 000 communes (voir Quand les sols perdent pieds, les mouvements de terrain) avec une gravité élevée pour la population d’un tiers d’entre elles.

Par exemple, à Toulouse, plusieurs équipes de l’université Paul-Sabatier contribuent à l’effort de compréhension de ces manifestations. Le laboratoire Dynamique terrestre et planétaire, spécialisé dans les études telluriques, a en charge la surveillance sismique des Pyrénées : un réseau de capteurs implanté dans ce massif permet d’affiner la cartographie des aléas. De son côté, le laboratoire des Mécanismes et Transferts en géologie a réussi à identifier les raisons de certains glissements de terrain par l’analyse approfondie de la morphologie des argiles.

Dans le massif alpin, l’équipe conduite par Myriam Schmutz, maître de conférences à l’université Bordeaux-3, a mis en évidence les zones de rupture du glissement-coulée Super- Sauze, dans le bassin de Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence), à partir de l’étude de sa structure tridimensionnelle. Dans ce cas ont été appliqués les principes de la sismique, de l’hydrologie et de l’imagerie électrique ; l’objectif est de mieux comprendre ce phénomène pour anticiper une coulée.

Ainsi, ces études associant différentes spécialités scientifiques mettent en relief des techniques modernes d’investigation dans le domaine de la prévention des risques. À partir de la collecte des données du sol et du ciel, il serait possible de bâtir des modèles numériques fiables dont l’objectif est d’améliorer l’information des populations et d’être un outil d’aide à la décision pour les autorités chargées de la gestion des crises.