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René Cassin et la Déclaration universelle des droits de l’homme

Les espoirs déçus

Hitler, menace pour la paix

Photomontage de Marinus Jacob Kjeldgaard
Photomontage de Marinus Jacob Kjeldgaard paru dans le n° 51 du journal Marianne datant du 11 octobre 1933.

Créé en octobre 1932, l’hebdomadaire Marianne est un journal de tendance pacifiste.
L’image ci-dessus reprend une scène du film King Kong, de Merian C. Cooper, qui sort la même année. Dans la main du monstre menaçant qui prend les traits de Hitler, le personnage féminin du film (l’actrice Ann Darrow) devient une allégorie de la Société des Nations, suspendue au-dessus du siège, à Genève. Ce photomontage illustre à la fois la montée des périls en Europe provoquée par les coups de force de Hitler et l’impuissance de la Société des Nations pour y faire face.

À la Société des Nations, René Cassin suit avec inquiétude la mise en place du nazisme en Allemagne. En septembre 1933, un juif de Haute-Silésie, Bernheim, dépose une plainte devant le Conseil de la Société des Nations « contre les pratiques odieuses et barbares des hitlériens à l’égard de leurs propres compatriotes réfractaires au régime ». C’est Joseph Goebbels, ministre de la Propagande de Hitler, qui représente l’Allemagne, « entouré par une vingtaine de jeunes gens armés ». René Cassin raconte que, quand le plaignant expose les violences antisémites dont se rendent coupables les Allemands, il est brutalement interrompu par Goebbels qui déclare : « Messieurs, Charbonnier est maître chez lui. Nous sommes un État souverain et tout ce que dit cet individu ne vous regarde pas. Nous faisons ce que nous voulons de nos socialistes, de nos pacifistes, de nos juifs et nous n’avons à subir de contrôle, ni de l’humanité, ni de la Société des Nations. »
(Anecdote reprise dans le discours de François Mitterrand pour le transfert des cendres de René Cassin au Panthéon, 15 octobre 1987.)

Avec l’invasion de l’Abyssinie par les troupes de Mussolini en 1935, puis la guerre d’Espagne en 1936, René Cassin comprend rapidement que les démocraties sont incapables d’organiser collectivement leur défense. À Grenoble, en 1937, il déclare que les bombes de Shanghai et de Madrid précèdent celles qui tomberont sur les villes françaises. Il démissionne de la Société des Nations en 1938, mais continue néanmoins à dénoncer partout les menaces sur la paix mondiale exercées par les dictatures.