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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

1976, 1980, 1984, des Jeux boycottés

Le CIO connaît depuis longtemps des moments difficiles. L’opinion publique, aveuglée par les images des Jeux, oublie les menaces qui accompagnent chaque préparation depuis Melbourne. La menace de boycott n’est en rien nouvelle, la préparation des Jeux de Berlin en avait déjà eu la saveur. Toutefois, pris dans le renouveau de la guerre froide, dans l’affirmation d’États du tiers-monde devenus majoritaires en nombre, notamment à l’ONU à partir des années soixante, le CIO affronte des situations nouvelles.

Le 3 juillet 1976, les pays africains annoncent qu’ils boycotteront les Jeux si la Nouvelle-Zélande, qui entretient des relations sportives avec l’Afrique du Sud, n’en est pas exclue. Face à l’intransigeance du CIO, vingt-sept pays africains décident de ne pas prendre part aux Jeux, alors que nombre de leurs athlètes s’y trouvent déjà. Ce boycott manifeste une opposition à l’apartheid et aux pays qui entretiennent des relations sportives avec l’Afrique du Sud. L’apartheid est une politique de « développement séparé » des populations définies par critères raciaux, mise en place à partir de 1948, fondée sur la ségrégation et la séparation nette des populations dans les domaines politiques, économiques, sociaux, géographiques et spatiaux, isolant les Noirs (majoritairement Bantous), les Indiens, les métis (coloured) des blancs, à majorité afrikaners. L’effet réel du boycott sur la politique suivie fut très limité, l’apartheid n’est supprimé qu’en 1991.

Voir à ce sujet le reportage sur la décision de boycott des Jeux de  Moscou par les États-Unis.

La désignation sans surprise de la ville de Moscou pour les Jeux de 1980, contre Los Angeles au projet mal ficelé, soulève rapidement aux États-Unis un mouvement de boycott qui manifeste la présence d’un fort courant anticommuniste. En 1978, l’AFL-CIO aux États-Unis, le parti libéral au Royaume-Uni appellent au boycott arguant de la politique soviétique contre les dissidents. Israël s’associe au nom de la protection des refuzniks, juifs soviétiques entravés. L’entrée des chars soviétiques en Afghanistan en décembre 1979 change la donne. Face au blocage de l’ONU, à son incapacité à mettre en place des sanctions économiques (démarche ambiguë de la part des États-Unis eux-mêmes, car il y a application de la suspension des ventes de produits de haute technologie mais maintien des livraisons de blé américain…), face à l’affirmation des mouvements marxistes notamment en Amérique latine, à l’extension de la domination communiste en Asie et en Afrique, à la chute du shah d’Iran, la présidence américaine se retrouve confrontée à d’énormes difficultés en matière de politique étrangère. Le 20 janvier 1980, le président des États-Unis, Jimmy Carter, dans un courrier au président du CNO américain, annonce aux athlètes américains l’impossibilité de se rendre à Moscou si les troupes soviétiques ne quittent pas l’Afghanistan. Le CNO réagit d’abord par l’affirmation de la neutralité du sport, dans la grande tradition portée par Avery Brundage, puis demande le transfert, le report ou même l’annulation des Jeux. Le président est très largement soutenu par les deux assemblées, le Sénat et la chambre des représentants ; les athlètes sont quant à eux partagés. Le CIO refuse de se plier au diktat politique, rappelle que les Jeux d’hiver se déroulent à Lake Placid. Ailleurs en Occident, les attitudes sont partagées. Si les Communes de Londres sont nettement favorables au boycott, le CNO anglais le refuse, fier de son indépendance. En France, le pouvoir politique affirme la participation des athlètes français, même si les avis sont partagés. Réunis à Rome au début du mois de mai, les CNO des principaux pays européens décident de participer en se rangeant sous la bannière et l’hymne olympiques. 62 pays boycottent ces Jeux d’été.

Affiche officielle des Jeux olympiques de Moscou, 1980

Affiche officielle des Jeux olympiques de Moscou, 1980, par Vladimir Arsentyev (© CIO).

Cette affiche officielle des Jeux de Moscou, représente des anneaux olympiques détournés par la couleur unique, le rouge, couleur du régime soviétique. Les lignes qui se rejoignent, symboliseraient une piste d’athlétisme dont les couloirs sont surmontés d’une étoile qui représenterait le Kremlin.

Affiche officielle des Jeux olympiques de Los Angeles, 1984

Affiche officielle des Jeux olympiques de Los Angeles, 1984, réalisée par Robert Rauschenberg (© CIO).

L’affiche des Jeux de Los Angeles reprend l’universalité des anneaux olympiques aux cinq couleurs, mais les surmonte de trois étoiles aux couleurs du drapeau des États-Unis. Les lignes horizontales indiquent le mouvement et la vitesse, sans doute dans le sens de « plus vite », élément de la devise olympique.

En 1984, Los Angeles organise les Jeux olympiques après avoir été désignée en 1978 en étant la seule ville candidate suite au retrait de Téhéran. Le déroulement des Jeux de Moscou laisse inévitablement planer sur la cité des anges une menace de boycott. Estimant que la sécurité des délégations n’est pas garantie, l’URSS organise un boycott des Jeux de 1984 par les pays du bloc communiste. Représailles, affaiblissement interne au sommet du pouvoir soviétique, peur d’une réorganisation des relations internationales au profit des États-Unis de Ronald Reagan… Par souci d’autonomisation au sein du bloc communiste, la Roumanie de Ceaucescu décide de participer à ces Jeux. La Yougoslavie ne s’est pas sentie non plus concernée par le boycott.

François Schlosser, « Pourquoi Moscou a eu peur »

« Les échecs récents de l'URSS, notamment en Europe, ont été trop importants pour qu'un nouveau pouvoir au Kremlin ne se croie obligé de faire preuve d'une extrême détermination – pas seulement à Los Angeles mais aussi dans les grandes offensives d'Afghanistan et dans les attaques redoublées contre l'académicien Sakharov. Andrei Gromyko, pour sa part, n'a toujours pas digéré l'humiliation qu'il a ressentie en 1983, après la destruction du Boeing coréen. Il a renoncé alors à aller à l'O.N.U. pour ne pas avoir à atterrir sur un aéroport militaire, les autorités de New York lui ayant interdit les terminaux civils. Le refus d'aller à Los Angeles s'inscrit peut-être dans la même ligne : celle de l'indignation outragée de la part d'une superpuissance, qui se sent affaiblie, contestée dans son statut, et qui en éprouve un manque de confiance évident non plus seulement dans ses athlètes mais aussi en elle-même. »

Le Nouvel Observateur (France), 11 mai 1984, p. 20-21.

À voir : l’interview de Georges Marchais lors des Jeux de Moscou 

Cette question du boycott fait revenir sur le devant de la scène le vieux serpent de mer d’un site permanent pour les Jeux olympiques qui serait… en Grèce évidemment.