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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

Abebe Bikila, premier athlète d’Afrique noire médaillé d’or olympique, revanche de l’Éthiopie ?

Le marathon des Jeux olympiques de Rome offre une confrontation originale entre l’histoire ancienne et contemporaine d’un grand pays européen et les incroyables qualités athlétiques d’un petit homme des hauts plateaux éthiopiens nommé Abebe Bikila.

Rome accueille les Jeux d’été de 1960. Les organisateurs italiens font les choses en grand pour le marathon, en proposant un parcours magnifique à travers la ville, associant les monuments de la Rome impériale (les forums, le Colisée…) et de l’unité italienne (le Vittoriano, siège du soldat inconnu italien). Ils veulent affirmer les caractères de ce peuple dominateur du temps de l’empire romain, de ce peuple structuré en État nation lors de la deuxième moitié du XIXe siècle, du peuple se relevant des malheurs de la guerre récente. La grandeur passée de l’Italie sert de toile de fond à l’affirmation de la modernité nouvelle du « miracle italien » de la reconstruction : un parcours pour l’histoire plurimillénaire d’une ville, d’un peuple.

La course se déroule en fin d’après-midi pour arriver aux flambeaux dans la nuit romaine au pied de l’arc de triomphe de Constantin et non dans le stade olympique, pour limiter les effets de la chaleur aussi.

Né en 1932, trois ans avant l’invasion de son pays par les armées italiennes, Abebe Bikila, berger dans son enfance, doit s’engager dans l’armée éthiopienne d’Haïlé Sélassié pour assurer un revenu à sa famille. Il a vécu enfant la présence italienne, dernière conquête coloniale d’une Europe déjà affaiblie mais livrant au monde des États totalitaires. Jeune serviteur d’un régime qui a recouvré la liberté, il est admiratif des soldats athlètes porteurs du survêtement floqué au nom du pays lors des Jeux de Melbourne en 1956. Il s’entraîne puis est repéré en vue du marathon olympique pour lequel il est sélectionné. Il court pieds nus et remporte en un temps record de 2 heures 15 minutes le marathon devant un public romain admiratif.

Affiche officielle des Jeux olympiques de Londres en 1948

Arrivée du marathon remporté par l’éthiopien Abebe Bikila devant l’Arc de triomphe de Constantin et le Colisée lors des Jeux olympiques de Rome en 1960 (© John G. Zimmerman/Sports Illustrated/Getty Images).

Pour les Éthiopiens, le symbole est fantastique. Franchir en vainqueur, en Italie, devant l’arc de triomphe d’un conquérant, d’un civilisateur, la ligne d’arrivée du marathon olympique transforme Abebe Bikila en héros de la nation éthiopienne, honoré à son retour comme celui qui a dominé l’Italie, l’ancienne puissance coloniale. Retournement de l’histoire, la petite et frêle Éthiopie envoie son soldat le plus valeureux, tout aussi frêle que l’État qu’il représente. Comme dans un combat antique qui décide du sort des nations en une lutte singulière, Abebe Bikila fait chuter le colonisateur, interpelle le monde et devient le premier athlète d’Afrique noire champion olympique, première ligne d’un long palmarès. Il remporte également la victoire aux Jeux de Tokyo, quatre années plus tard. Son statut de héros national se lit ensuite au deuil éprouvé par le pays tout entier quand il décède en 1973, à l’âge de 41 ans. L’Éthiopie pleure son héros.