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Le 14 Juillet, naissance d’une fête nationale

Réagir à la date, réagir à la fête nationale

Trouver une majorité pour voter le texte transformant le 14 Juillet en fête nationale n’a pas été très difficile dans une chambre aux mains des républicains depuis l’automne 1877. Mais cela n’empêche pas les formes d’opposition à cette décision. Elles sont principalement de deux types : les oppositions politiques dans le cadre du débat et les oppositions à la fête elle-même lors de son déroulement le 14 juillet 1880. Elles soulignent la virulence du discours politique au début de la troisième République comme elles en réaffirment les enjeux. L’opposition conservatrice n’a pas vraiment de date à proposer. Opposée à toute forme de « saturnales républicaines », elle est également victime de ses divisions et des symboles propres à chaque famille politique. Les moins bien placés dans le débat restent les orléanistes. Initiateurs de la construction de la colonne surmontée du génie érigée place de la Bastille en mémoire de 1830, événement fondateur pour cette famille mais aussi de 1789, ils ne peuvent véritablement refuser le 14 Juillet. Les légitimistes sont confrontés à une situation difficile. Traditionnellement, la fête monarchique est celle du roi régnant, associé au sein du jour : Henri, comte de Chambord, dont la fête tombe… le 15 juillet. C’est à la fête de ce saint qu’est conviée la communauté monarchiste légitimiste par ses dirigeants pour refuser le 14 Juillet. Aucune autre date de l’histoire pluriséculaire de la monarchie ne peut être proposée dans ce nouveau cadre républicain pour incarner le peuple sans être de près ou de loin reliée au roi, au catholicisme.

Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique). L’arme des deux camps opposés est la propagande littéraire et celle du discours. De nombreux pamphlets dénoncent la construction symbolique des révolutionnaires relayés aujourd’hui par les républicains : la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Le déroulement du 14 juillet 1789 et sa signification étaient bien avant 1880 devenus un enjeu mémoriel, plus encore une composante du débat idéologique à laquelle la gauche républicaine répond bien évidemment. Révolution et contre-révolution s’affrontent ici, ce qui renforce le poids du 14 Juillet qui, de toute évidence, n’est pas une date anodine, consensuelle.

Le choix de cette date doit également être replacé dans le contexte de la sécularisation de la société et de la multiplication des formes d’ancrage du nouveau régime dans les populations. Le 14 Juillet possède aussi l’avantage de clore l’année scolaire et peut donc être associé à la grande politique scolaire de la république jouant à la fois le rôle de moment de couronnement d’une année de formation et exerçant sa dimension pédagogique lisible pleinement dans les rituels et pratiques mis en place.

Dès lors les forces conservatrices s’évertuent à réduire l’ampleur de la fête, à ce qu’elle n’ait pas lieu dans les communes qu’elles dirigent, tant peut être grande encore l’influence des notables, et encouragent les populations à ne pas y participer là où les festivités ont lieu. Elles dénoncent également la concomitance de l’événement avec la loi d’amnistie des communards favorisant le retour en France des condamnés de 1871.

Vous trouverez dans l’article consacré au 14 Juillet dans l’ouvrage Les Lieux de mémoire des exemples de textes originaux d’opposition à la fête nationale et au 14 Juillet.