Aller directement au contenu de la page
Aller au plan du site
Aller au menu bas de page
Logo ESPACES CNDP

Pour mémoirePour mémoire

Le 14 Juillet, naissance d’une fête nationale

Le 14 juillet 1919 : « qui a vu ce jour a vécu »

Clemenceau s’adresse au maréchal Pétain au soir de la manifestation.

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris, © Heritage images / Leemage

L’intérêt d’un regard sur cette célébration du 14 juillet 1919 repose sur l’instrumentalisation de la date et sa mise en relation avec la Grande Guerre close quelques mois plus tôt. La mortalité de masse, les traces visibles de la guerre sur les hommes et les biens conduisent la population à préférer les commémorations intimistes, locales, aux grandes processions nationales. Cependant cette date du 14 juillet 1919 a offert une manifestation d’une rare intensité, donnant sans doute une dimension supplémentaire à la journée comme un apogée du 14 Juillet, fête nationale. Pour Annette Becker, il peut s’agir aussi d’une manifestation de l’union sacrée, dans la commémoration de l’une des dernières manifestations de cette alliance de toutes les forces vives de la Nation contre un ennemi commun.

La photographie montre une foule très nombreuse, place de la Concorde. C’est en effet une population importante qui est descendue dans les rues de Paris mais aussi venue de province. Elle est estimée à deux millions de personnes dans les rues de la capitale. La fête du 14 Juillet telle qu’elle a été fixée par la première célébration de 1880 donne à l’armée et au drapeau une place essentielle. Les deux éléments trouvent bien évidemment en 1919 une place qui n’est pas tout à fait festive mais qui entre dans la démarche commémorative. La ville s’est couverte de drapeaux, de fanions, de rubans aux trois couleurs, alors que le 13, dans la journée, le président de la République, le Lorrain Raymond Poincaré, a remis à Joffre, Foch et Pétain leur épée de maréchal. Ces trois vainqueurs de la guerre, présents dans la durée, organisant la défense dans le plus grand respect des hommes ou encore coordonnateur des forces de la victoire, conduisent le grand défilé militaire du 14 Juillet.

Les Beaux-arts furent chargés de préparer le parcours du défilé en créant une voie triomphale sur les Champs-Élysées, des urnes embrasées, des canons pris à l’ennemi et disposés en trophées, surmontés de coqs gaulois, des mats avec écussons et drapeaux, des guirlandes.

L’armée française ferme la marche avec à sa tête le maréchal Pétain.

Le défilé commença par la marche de mille mutilés, au nom des millions de blessés, d’invalides de guerre, suivis des corps de troupes alliés par ordre alphabétique. Même les lumineuses nocturnes du 14 Juillet, à l’origine des lampions, se teintent de la mémoire du conflit, indiquant les lieux des grands sacrifices. Place de la Concorde, la statue de Strasbourg avait été transformée en monument aux morts, cénotaphe recherché symbolisant morts et disparus.

La cérémonie ne reçoit cependant pas l’aval de toutes les forces de la nation, les socialistes sortis de l’union sacrée en 1917 dénoncent le caractère militariste de la célébration, appellent à une morale publique fondée sur le respect des morts, critiquent la fête de la victoire. La guerre vient de se clore, le 28 juin 1919, par la signature du traité de Versailles, qui ne satisfait personne, dans un climat social français détestable avec des grèves, des revendications et des difficultés sociales (loi de 8 heures).

Un autre groupe, les catholiques, longtemps identifié comme hostile à la République puis intégré à elle par le ralliement des années 1890, réintégré aussi à la Nation par sa participation à l’union sacrée et son rôle dans les forces combattantes critique les festivités. Si l’hommage aux soldats morts et vivants plaît aux catholiques le caractère profondément laïc des cérémonies est considéré comme une atteinte à cette union. Le gouvernement Clemenceau, dont l’anticléricalisme n’est pas oublié, refuse de renouer des relations avec le Saint-Siège ou encore d’associer le Sacré-Cœur dont la basilique est consacrée en octobre de la même année. La basilique du Sacré-Cœur prend une place particulière pour les morts de la Grande Guerre puisqu’elle devient lieu de mémoire des Parisiens morts pendant la guerre.

Il existe des images filmées de cette manifestation du 14 juillet 1919, voir :