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L'appel du 18 juin 1940

Le 18 juin d’Hitler et de Mussolini : tractations pour une fin de guerre ?

Le 18 juin 1940, Benito Mussolini et Galeazzo Ciano, son gendre et ministre des Affaires étrangères, sont à Munich pour y rencontrer Adolf Hitler. Dans le chaos des vraies fausses nouvelles, les Allemands apprennent que le drapeau à croix gammée flotte sur la cathédrale de Strasbourg mais aussi que Paul Reynaud a fui vers les Amérique. Les deux hommes n’entendent pas parler de la défaite de la France mais de la poursuite de la guerre. Refus allemand de la projeter dans les Balkans, difficultés italiennes dans l’espace méditerranéen.

L’Allemagne ne souhaite pas la disparition de l’Empire britannique, facteur d’équilibre dans le monde, souhaite proposer à la France un armistice acceptable pour éviter le départ du gouvernement en Angleterre avec la flotte, ou vers l’Algérie d’où il continuerait la guerre. Ribbentrop propose même aux Italiens d’entrer dans une dynamique de paix. Les revendications italiennes, inscrites dans une volonté impérialiste affichée par Mussolini bien avant la guerre, sont territoriales : Nice, la Corse, la Tunisie, la Somalie française et le Maroc pour un débouché atlantique. À l’Angleterre seraient demandées la liberté de circulation en Méditerranée donc la démilitarisation des bases anglaises et la rétrocession de Gibraltar à l’Espagne, de Malte à l’Italie et une substitution de l’Italie à l’Angleterre en Égypte. Ciano aurait appris de cette conversation que les Allemands envisageaient l’utilisation de Madagascar comme lieu de déportation des Juifs et de création d’un État hébreu.

De fait, Hitler souhaite en finir rapidement avec la France sur les plans politiques et juridiques pour ensuite éviter un conflit maritime avec la Grande Bretagne susceptible de provoquer l’entrée en guerre des États-Unis. Il semble clair à sa diplomatie qu’il envisage une paix séparée avec la Grande-Bretagne. Dans ses notes, à la date du 18 juin 1940, Mussolini compare le Führer à un joueur qui hésite entre mettre un terme au jeu et doubler la mise des exigences.

N’y a-t-il pas du côté allemand, conscience en ce jour précis que la lutte est encore possible pour la France, au moment où les routes d’un maréchal nommé président du conseil et d’un général entrant en résistance se séparent ? Cette poursuite de la guerre ne peut se faire qu’avec l’aide des Britanniques et avec l’Empire comme base, soutien et acteur. À 21 heures, le 18 juin, l’Allemagne fait savoir au gouvernement français replié sur Bordeaux et via l’intervention diplomatique de l’Espagne, qu’elle est prête à donner ses conditions d’armistice. À 22 heures, Hitler étudie les nouvelles du jour, les troupes allemandes occupent Colmar, Caen, Cherbourg, Le Mans, Nevers… Ribbentrop présente la convocation par Molotov de l’ambassadeur allemand à Moscou pour le féliciter des succès allemands et Hitler reçoit un télégramme de Guillaume II, kaiser exilé, qui remercie Dieu de la victoire allemande. Mais entre les échos de cette victoire et les perspectives réelles face aux ennemis encore en lices, le 18 juin d’Adolf Hitler et de Benito Mussolini n’est pas simple jour festif. Des conditions d’armistice imposées aux Français dépend la poursuite de la guerre contre les Britanniques. Ainsi, l’étude de l’appel du 18 juin doit-elle aussi s’inscrire dans ce cadre large de la Seconde Guerre mondiale et non seulement dans celui de la Résistance française.


La rencontre entre Mussolini et Hitler à Munich le 18 juin 1940. Copyrights ECPAD