Planète Chinois
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Rencontre avec les éditions HongFei Cultures

HongFei Cultures (鴻飛東西文化交流事業) est une maison d’édition interculturelle créée en France en 2007. Elle a comme objectif de favoriser la rencontre des cultures européennes et extrême-orientales par la littérature augmentée d’illustrations originales. En privilégiant la littérature de jeunesse, ses publications ont comme thèmes principaux le voyage, l’intérêt pour l’inconnu et la relation à l’autre. Entretien avec Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh, à l’origine de cette jeune maison d’édition.

HongFei Cultures « façonne la rencontre de textes chinois et d’imaginaires français ». Pourquoi est-ce pour vous si important ?

Dans un monde ouvert, nul doute que les occasions de rencontre vont se multiplier. Or dans la perspective de bien vivre ensemble, il importe de se connaître. Concernant la Chine, les clichés, notamment iconographiques, sont nombreux et empêchent parfois une rencontre véritable. Pour notre part, nous pensons qu’il est possible de faire une expérience sensible d’une Chine actuelle, étonnante et humaniste par une voie originale et encore peu fréquentée des jeunes lecteurs, celle des textes d’auteurs chinois classiques ou contemporains.

En même temps, nous sommes conscients qu’une culture vivante est celle qui s’actualise et se nourrit de la création ; c’est pourquoi nous impliquons des artistes en France dans la mise en forme de ces récits à lire et à regarder. Le jeune lecteur est ainsi invité à découvrir des « textes d’ailleurs » (histoires tendres ou merveilleuses, contes et récits, fables ou poèmes chinois) en mettant ses pas dans ceux d’« illustrateurs d’ici » inspirés par leur rencontre singulière avec le monde chinois. C’est une manière pour lui d’aller vers l’inconnu avec douceur, étonnement et plaisir.

De façon générale, nous souhaitons que l’offre éditoriale d’HongFei Cultures suscite l’intérêt du lecteur pour ce qui lui est moins familier, et l’invite à regarder l’inconnu, non pas comme une source de trouble et d’angoisse, mais comme une voie possible vers la beauté et la liberté.

Vous avez fait le choix d’images originales créées par des illustrateurs vivant en France. Irez-vous vers des illustrateurs chinois dans de prochaines publications ?

Notre choix d’illustrer les textes chinois avec des images originales créées en France découle précisément de ce que nous venons de dire : nous avons le sentiment qu’une rencontre des cultures peut engendrer des formes nouvelles et susciter une confiance en soi pour ceux qui y participent. Bien sûr, d’autres choix impliquant des illustrateurs chinois sont possibles et potentiellement intéressants. Mais ils devraient également résulter d’une intention précise : quelle nature d’image ? Pour quel public ? Avec quels textes ?

Le choix que nous avons fait de travailler avec les illustrateurs en France mobilise nos moyens modestes au service d’une démarche claire et exigeante mais également ouverte : nous avons publié, dès l’automne 2009, des ouvrages hors collection. Ajoutons enfin que nous comptons parmi nos illustrateurs une artiste chinoise qui, après avoir suivi son cursus aux Beaux-Arts de Beijing, est venue compléter sa formation à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg et avec qui nous allons publier à l’automne un troisième livre.

Élaborer une proposition plus systématique d’ouvrages illustrés par des artistes chinois n’est pas exclu mais implique un travail de conception exigeant, si l’on ne veut pas tomber dans la facilité iconographique et les artifices Et cela suppose d’abord de réunir des conditions favorables.

Comment travaillez-vous : faites-vous intervenir l’auteur puis l’illustrateur ? Est-ce un dialogue permanent entre le texte et l’image ?

Oui, le choix et la production de textes que nous publions (en traduction ou en création) précèdent le travail d’illustration. Matériellement, il n’est pas toujours possible d’organiser la rencontre de l’auteur et de l’illustrateur, soit parce que l’auteur est décédé, soit parce qu’il est loin physiquement. Lorsque la rencontre est possible, et pour autant qu’elle nourrisse le travail créatif de chacun, nous tenons à ce qu’elle se fasse d’une manière informelle.

En fait, dans notre cas, l’éditeur joue le rôle d’un médiateur favorisant une rencontre véritable entre l’intention de l’auteur et l’imagination de l’illustrateur, indépendamment de la rencontre physique de l’un avec l’autre. À l’heure où parfois on parle de sa disparition et, en tous les cas, de la possibilité de s’en passer, nous nous faisons, pour notre part, une haute idée du travail de l’éditeur. Nous pensons que la cohérence et la richesse d’un ouvrage – qui devra être proposé à un public – ne sauraient se passer d’une vision claire et extérieure à la création pure (celle de l’auteur ou de l’illustrateur). Une attention toute particulière doit être portée à la résonance entre l’histoire lue et l’histoire vue. Reconnaissant l’écriture et l’art plastique comme deux formes de création autonomes, l’éditeur doit veiller à ce que le livre incarne pour elles un lieu de cohabitation féconde afin que le livre lui-même devienne une œuvre à part entière, une œuvre à partager avec les lecteurs. Le livre est par nature un support du partage. C’est surtout cela que l’éditeur a à l’esprit.

Pourriez-vous publier des ouvrages totalement bilingues ?

Actuellement, HongFei Cultures a le souhait de s’adresser à un lectorat large, dont la rencontre avec la Chine ne passe pas par une maîtrise de la langue ou son apprentissage, mais par le plaisir de la découverte littéraire et culturelle à travers un texte venu d’ailleurs et proposé en français. Pour aller un peu plus loin, nous ajoutons souvent à nos livres quelques pages « Culture » proposant, selon l’âge des lecteurs à qui elles sont destinées, quelques clés de lecture supplémentaires ou le plaisir de la découverte d’idéogrammes.

La publication d’ouvrages bilingues est un projet en soi. Le public à qui ces livres sont proposés, les usages auxquels ils sont destinés, les réseaux de diffusion mis à contribution, etc. sont spécifiques. Il est difficile, pour une maison dont ce n’est pas la spécialité, de défendre avec efficacité des ouvrages de cette nature, sauf dans le cas de partenariat avec un acteur compétent dans ce domaine.

Dans le monde de l’édition jeunesse, comment vous situez-vous : vous qualifieriez-vous d’éditeur jeunesse spécialisé ?

HongFei Cultures se définit d’abord comme une maison d’édition pour la jeunesse.

Sommes-nous un éditeur jeunesse « généraliste » ? Pas vraiment, ne serait-ce que par le nombre restreint de titres que nous sommes en mesure de proposer chaque année et qui nous conduit à donner la priorité à certains projets. Mais, intégrés à un catalogue qui doit faire sens pour le grand public et les prescripteurs, nos livres ne sont pas non plus « chinois » et ne s’adressent pas à un lectorat déjà familier des codes culturels chinois. En tout cas, ils ne sont pas conçus pour les transmettre. En ce sens, nous ne sommes pas non plus « spécialisés ».

Fondamentalement, nous portons vers le jeune lecteur des textes dont nous pensons qu’ils le toucheront, mais ce faisant, nous ne sommes pas neutres : nous lui proposons une lecture juste et créative de la littérature chinoise. Ce travail sur les textes ne nous contraint pas à nous adresser uniquement aux initiés, ni à nous abstenir de projets sans référence directe à la culture chinoise.

Ce qui est sûr, c’est que nous inscrivons notre activité d’éditeur dans le cadre d’une relation au lecteur : une relation de respect qui, loin de tout dogmatisme ou égocentrisme, permet à deux êtres singuliers d’apprendre l’un de l’autre, et d’éprouver de la joie dans cette libération de l’esprit. Les Chinois parlent en cela d’« humanisme ».

Vous semblez élargir de plus en plus votre offre éditoriale. Comment envisagez-vous cette évolution ?

Ce qui ressemble à un élargissement n’est pas autre chose qu’une construction. HongFei Cultures est une toute jeune maison d’édition qui n’a pas trois ans ; il est donc logique qu’on n’ait pas encore tout vu d’elle et de ses choix ; il est heureux qu’on soit parfois surpris !

Cette ouverture que vous relevez existe donc. Elle est régulière et réalisée d’une manière très progressive ; elle correspond à un besoin naturel d’épanouissement de notre offre bien plus qu’à une tentative de capter des lecteurs. Nous la réalisons d’ailleurs sur la base d’une ligne éditoriale qui reste claire et à l’approfondissement de laquelle nous travaillons consciencieusement comme en témoigne notamment l’identification conceptuelle et visuelle plus forte de nos nouvelles collections « En quatre mots » (née en avril) et « Prodiges » (à naître en octobre).

Pour poursuivre avec la métaphore de la construction, disons que notre démarche initiale constitue pour HongFei Cultures un socle sur lequel bâtir et en aucun cas des murs qui l’enferment.

Quel accueil recevez-vous de votre public ?

À en juger par l’accueil réservé à nos livres en librairie, auprès des bibliothèques et sur les salons, nos ouvrages rencontrent leur public et, apparemment, répondent à une attente.

Il est important de préciser que beaucoup des lecteurs de HongFei Cultures ne connaissent pas précisément notre démarche. Lorsqu’ils choisissent nos livres, en particulier en librairie, c’est d’abord comme des albums jeunesse qui les séduisent et qu’ils apprécient. Il est essentiel pour nous que ces livres conçus pour les jeunes lecteurs soient jugés sur le double critère du plaisir et de la qualité de lecture. L’aspect culturel chinois est alors un plus qui révèle surtout la grande disponibilité d’esprit du lectorat en France.

Ceux qui nous connaissent un peu mieux ou qui sont attirés par la spécificité de la maison d’édition, semblent nous indiquer, par leur nombre croissant et leur fidélité déjà réelle, que nous répondons vraiment à une attente, qu’elle soit celle de comprendre mieux la Chine et les Chinois ou bien celle de voir proposés, pour des enfants d’aujourd’hui, des ouvrages de qualité dans lesquels on trouve des textes d’ailleurs et, parfois, d’un autre temps.

Depuis octobre 2009, nous observons avec intérêt et beaucoup de satisfactions, une forme de reconnaissance du monde enseignant. Nos livres sont de plus en plus souvent choisis comme support de cours pour avancer avec les élèves à la découverte d’une culture chinoise. Nous sommes très heureux en particulier que les trois titres de notre jeune collection « Caractère chinois » (qui propose des textes classiques chinois mettant en scène des caractères ardents) aient été recommandés par la revue InterCDI pour un enseignement en collège.

Tout cela nous incite à l’optimisme mais nous restons vigilants, car il arrive aussi que notre proposition soit mal comprise par certains prescripteurs partagés entre la tentation d’y voir un effet de mode et celle de considérer nos créations comme contestables car non conformes à une image jugée « authentique » et recevable de la Chine.

Que répondez-vous à ceux qui vous disent que la culture chinoise est un effet de mode aujourd’hui ?

Que l’intérêt pour la culture chinoise soit un effet de mode ou non n’affecte pas notre travail d’éditeur.

Une maison d’édition indépendante comme la nôtre, de surcroît encore jeune, doit surmonter beaucoup d’obstacles pour exister et se développer. Depuis trois ans, nous avons consenti des efforts considérables, et ce n’est sûrement pas en vue de produire des livres répondant à un « effet de mode ».

Si nous sommes attentifs aux attentes du public et à la réception de nos publications, ce n’est pas par désir de « formater » notre production selon des critères commerciaux. En réalité, nous sommes persuadés d’avoir des choses à apprendre de cette rencontre entre nos albums et le public. Et ces choses apprises, nous les mettons au service de nos futurs titres afin qu’ils soient toujours plus pertinents dans leur capacité à favoriser une rencontre entre ce public et la culture chinoise vivante.

En fin de compte, notre ambition est que chacun de nos titres procure toujours autant de plaisir lors de sa lecture dans cinq ou dix ans. Pour cela, nous sommes parfois amenés à faire des propositions inhabituelles pour la jeunesse en France. Loin de toute complaisance pour la facilité et le lieu commun, nous sommes guidés par la haute idée que nous nous faisons du jeune lecteur et par le respect que nous accordons à sa sensibilité.

Le blog de HongFei Cultures avec vidéos, photos, actus, etc. est très complet. Songeriez-vous à mettre en ligne la lecture de vos albums ?

Pourquoi pas, si cela contribue positivement à la diffusion des œuvres que nous publions et si nos moyens matériels nous le permettent ?

Nous sommes effectivement très favorables à ce que les textes publiés chez HongFei Cultures connaissent des vies diverses. Nous avons plusieurs fois travaillé avec des conteurs et des lecteurs qui, sur un autre registre que l’illustration, s’approprient les œuvres et les transmettent à leur manière. Un des livres publiés par HongFei Cultures fait d’ailleurs l’objet d’une adaptation par une compagnie de danse qui présentera sa création, à partir de la rentrée 2010, à des jeunes enfants. C’est une véritable récompense qu’un livre inspire ceux qui le rencontrent et soit à l’origine de nouvelles créations.

 

 

En septembre, retrouvez sur le site de Planète Chinois le coin des chengyu, en partenariat avec les éditions HongFei.

revue associée : Planète Chinois n°4