Planète Chinois
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Petit vocabulaire actuel chinois aux éditions Ophrys

À l’occasion de la parution du Petit vocabulaire actuel chinois aux éditions Ophrys, Planète Chinois a souhaité poser quelques questions à l’auteur de cet ouvrage, Agnès Auger, professeur de chinois au lycée Henry IV, à Paris. 

Couverture du Petit vocabulaire actuel

Pourriez-vous nous présenter en quelques mots l’ouvrage Petit vocabulaire actuel chinois ?

Cet ouvrage regroupe, en 36 thèmes, quelque 5 000 mots et expressions du chinois actuel à connaître pour comprendre cette langue et se faire comprendre dans la Chine d’aujourd’hui.

À qui s’adresse-t-il ?

Le Petit vocabulaire actuel du chinois s’adresse à tous les apprenants de cette langue (enfants ou adultes, encadrés ou autodidactes), du niveau débutant (soit LV3 de l’enseignement du secondaire, soit A2 du CECRL, le Cadre européen commun de référence pour les langues) à celui de plus avancé (LV1, sections orientales et internationales ou C1 du CECRL), dans le respect des textes officiels du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative.

Le Mot et l’Idée est déjà paru aux éditions Ophrys. De quelle manière le Petit vocabulaire actuel vient-il compléter cette précédente édition ?

Le Mot et l’Idée et le Petit vocabulaire actuel de chinois sont deux ouvrages complémentaires, tant du point de vue du public visé que de leur structure. En effet, si le 1er s’adresse principalement aux étudiants de niveau avancé (B2 à C1 du CECRL), le second est essentiellement destiné aux apprenants des niveaux débutant à intermédiaire fort (A2 à B2).

C’est pourquoi, ils sont respectivement conçus différemment.

-          Ainsi, à chaque page du Mot et l’Idée, les mots et expressions listés apparaissent-ils systématiquement dans des phrases en chinois, sans traduction ni transcription phonétique. En fin de chapitre, le lecteur peut aussi retrouver ce même lexique dans des annexes à contenu varié, linguistique et culturel : des calembours, les xiehouyu 歇后语, des locutions proverbiales, les chengyu 成语, des idiomes, les guanyongyu 惯用语,des dictons, les suyu 俗语, des devinettes, les miyu 谜语 et autres curiosités propres à la langue et à la culture chinoises.

-          Tandis que, moins nombreux, les mots et les expressions du Petit vocabulaire actuel chinois sont généralement mis en contexte, à la fin de chacun des chapitres, dans une douzaine de phrases seulement, lesquelles apparaissent dans un ordre croissant de difficulté, des plus faciles vers les plus difficiles, et auxquelles, la plupart du temps, leur pinyin et une traduction en français correspondants sont associés simultanément.

Par ailleurs, les deux livres présentent également des annexes complémentaires.

-          Le Mot et l’Idée est enrichi d’une liste des annexes de fin de chapitre, d’une liste de classificateurs, d’un index thématique, d’un index des mots et expressions répertoriant leur niveau HSK, ainsi que d’une bibliographie conséquente.

-          Tandis que le Petit vocabulaire actuel offre une carte géographique de la Chine contemporaine, une chronologie franco-chinoise simplifiée (des origines à 1949) ainsi que six tableaux de seuils de caractères, pour la plupart bicolores, organisés par ordre de niveaux croissants et distinguant les sinogrammes actifs des passifs :

  • un premier seuil de 405 sinogrammes LV3 (actifs et passifs) ;
  • un 2e des 505 sinogrammes LV2 (actifs et passifs mais dont l’ensemble équivaut aux actifs LV1) ;
  • un 3e seuil des 300 caractères LV1 (passifs) ;
  • un 4e correspondant à un supplément hors seuil de 313 passifs (LV1, LV2-3) ;
  • un 5e de 550 nouveaux sinogrammes pour les sections internationales ;
  • un 6e et dernier seuil des caractères traditionnels.

 

Vous avez choisi une catégorisation finalement très française (noms, adjectifs, verbes, etc.). Cela ne pose-t-il pas problème, sachant qu’il existe un décalage entre la fonction des mots en français et en chinois ?

Malgré certaines difficultés rencontrées parfois et dues, entre autres comme vous le soulevez, à la différence de ces deux langues, on peut toutefois relativiser ce décalage. En effet, savez-vous que les deux dictionnaires unilingues les plus utilisés en Chine, le Xiandai Hanyu Cidian 现 代汉语词典 et le Xiandai Hanyu Guifan cidian, 现代汉语规范词典, spécifient la nature ou la fonction grammaticale de chacune de leurs entrées, tout comme le font les usuels français homologues ? Grâce à ces notions communes à nos deux cultures, cette approche en quelque sorte comparatiste peut donc se justifier. D’autres raisons m’ont encore conduite à adopter facilement ce mode de classification des mots et expressions.

D’une part, précisément, parce que ce dernier est complémentaire avec celui du Mot et l’Idée. D’autre part, il m’a permis aussi de m’adapter à la ligne éditoriale de l’ouvrage qui existait déjà dans quatre autres langues : l’anglais, l’allemand, l’espagnol et l’italien. De plus, ce mode de classification, qui emprunte des notions déjà connues, est forcément plus adapté à un public de débutants.

Comme je l’explique dans l’introduction, le classement des mots, généralement en trois catégories – noms, adjectifs, verbes – présente également l’intérêt de pouvoir éviter un grand nombre d’erreurs de syntaxe. De même, grâce à ses multiples statuts, nous avons souvent pu insérer le mot plusieurs fois et à chaque fois dans une catégorie et l’une de ses acceptions différentes.

Enfin, traiter la complexité de la tâche qu’engendrait le décalage évoqué plus haut m’a paru un nouveau défi à relever. Comment rationaliser le double, triple voire quadruple statut de certains mots, tel 将 qui, au 1er ton, peut être un verbe (dans les sens de conduire, prendre ou jouer aux échecs), une préposition (dans le sens de 把), un adverbe (marquant le futur) ou une particule (entre un verbe et un complément directionnel) ou qui, au 4e ton dans sa fonction nominale, prend le sens de général d’armée ? J’ai à ce point aimé faire ce travail que l’idée de rédiger une thèse de linguistique chinoise à ce sujet m’a même effleuré l’esprit.

Afin de mieux comprendre ma position, permettez-moi de partager avec vous la 1re mouture, plus longue et explicite, de l’introduction du Petit vocabulaire actuel, que voici. La détermination de la nature, du genre ou de la fonction grammaticale des mots (词性) peut parfois poser un réel problème. Nous avons remarqué, par exemple, un certain nombre de contradictions entre les deux dictionnaires unilingues les plus courants en Chine, le Xiandai Hanyu cidian 现代汉语词典 ou Dictionnaire de la langue chinoise contemporaine, lequel pour la 1re fois, donne ces informations dans sa dernière édition de 2008 et le Xiandai Hanyu guifan cidian 现代汉语规范 词典 ou Dictionnaire normatif de la langue chinoise contemporaine, dans son édition de 2007. Ces contradictions sont, la plupart du temps, au moins de trois ordres : tantôt le mot n’est qu’un verbe d’après le 1er dictionnaire, tantôt, d’après le second, il est simplement ou également un nom commun (ex. 决定, 面试, 判决,胜利,迷信 et autres) ou encore un adjectif (ex. 国有,冒牌,私有,etc.). Une autre variante consiste à présenter le mot comme étant un adjectif d’après le Xiandai Hanyu cidian, tandis qu’il est un nom commun d’après le Guifan (ex. 平衡,邪恶, etc.). L’ensemble de ces différences montre, outre que la langue évolue constamment, que cette évolution touche également la réflexion qui a trait à ses concepts. Dans nos traductions, nous avons essayé de nous adapter à chacune de ces possibilités, tout en tenant compte du sens du mot pris dans son contexte. Nous avons parfaitement conscience que, selon le point de vue, nos choix peuvent paraître contestables ou tout du moins discutables. Ainsi, selon les deux dictionnaires, 日出 est simplement un verbe, que nous avons donc traduit par « le soleil se lève », alors qu’il est souvent employé comme un véritable nom commun puisqu’on dit 看日出 (ce qui correspond davantage à « regarder le soleil se lever » donc « regarder l’aube », traduction que nous n’avons pas proposée, pour tenter de trouver un équivalent français). Ce qui ne signifie pas que, le moment venu, l’élève ne doit pas se sentir libre d’adopter sa propre traduction, telle « admirer l’aube ». C’est pourquoi notre travail doit être considéré comme une simple piste de départ et non, dans l’ère du copier-coller, comme un dictionnaire aux seules acceptions possibles.

La langue chinoise est une langue qui tente d’adapter en permanence les nouvelles notions, de les importer. Comment s’adapte-t-elle aux nouveaux mots créés en permanence (notamment avec les nouvelles technologies, etc.) ?

Tout aussi passionnante que la précédente, cette question de morphologie se réfère inévitablement aux mots d’emprunt, les wàiláicí 外来词. En effet, à l’instar des autres pays, la Chine fait face, depuis une trentaine d’années, aux divers progrès scientifiques et techniques. Par conséquent, sa langue évolue en fonction de la nature ou de la qualité de ces mêmes progrès.

Elle peut aussi avoir à se modeler en fonction, cette fois, de l’ampleur et/ou de la vitesse de l’appropriation de ces progrès.

Au premier abord, il semblerait que quand le degré d’appropriation de la nouvelle technologie ou du nouveau phénomène sociétal est faible, seul un mot purement phonétique est créé. Par exemple, la traduction chinoise de « sandwich », sānmíngzhì 三明治,est, à ce jour, uniquement phonétique. L’absence d’un mot purement chinois tenterait à prouver que l’aliment anglo-saxon n’a pas tant pénétré la société chinoise.

En revanche, lorsque l’intérêt de la technologie est très vite acquis, un mot proprement chinois apparaît aussitôt. C’est le cas de jīyīn 基因, un gène, qui est la traduction à la fois phonétique et sémantique de gene, puisque tout en signifiant « l’origine/la cause de base », jīyīn est également très proche phonétiquement du mot anglais.

À mi-chemin entre les deux, il existe aussi les mots qui associent à la fois la transcription phonétique à un mot générique. C’est le cas de « hamburger » ou hànbǎobāo 汉堡包 qui est constitué de hànbǎo, l’élément phonétique, et de bāo la part sémantique générique qui signifie « pain ».

Parfois, la nouvelle technologie peut être adoptée qu’au bout d’un certain temps, avant de se siniser complètement. Cette fois me vient l’exemple du mot « microphone », traduit dans un premier temps par une transcription purement phonétique, màikèfēng 麦克风 (sans doute avant l’apparition massive des karaokés), puis dans un second temps, par une traduction sémantique, tout à fait éloignée de la prononciation anglaise, huàtǒng 话筒, « le tube à paroles », mot qui, sans vouloir jouer sur les mots, n’a gardé que le sens qui lui parlait.

Mais, à peine vous ai-je proposé ces quelques pistes que de multiples contre-exemples pourraient venir les contredire. C’est pourquoi je suis absolument convaincue que, si ce n’est déjà fait, ce sujet pourrait également être celui d’une thèse.

revue associée : Planète Chinois n°7