Planète Chinois
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Le cinéma d’animation

Dònghuàpiàn diànyĭng

动画片电影

Depuis ses débuts dans les années 1930, le cinéma d’animation s’est enrichi aux sources vives de la culture chinoise et de son esthétique singulière, et il a donné naissance à un cinéma original devenu, grâce au talent des réalisateurs, l’un des plus remarquables du monde.

En Chine, le cinéma d’animation est introduit par les frères Wan, Wàn Làimíng万籁鸣 et Wàn Gǔchán万古蟾, les seuls à se lancer dans le genre jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Fascinés par les dessins animés américains projetés à Shanghai dans les années 1930, ils se donnent pour mission de créer des cartoons chinois. Ils s’inspirent donc à la fois de formes d’animation traditionnelles comme la « Lanterne des chevaux au galop » (走马灯 zŏu mă dēng), qui tourne à la chaleur d’une lampe ou du théâtre d’ombres chinoises, et des cartoons américains.

Jusqu’en 1941, les frères Wan produisent environ 30 courts métrages. Puis, après la sortie en Chine de Blanche Neige de Walt Disney, ils réalisent à leur tour La Princesse à l’éventail de fer (铁扇公主 Tiěshàn gōngzhǔ), le premier dessin animé chinois de long-métrage en noir et blanc. Le film s’inspire d’un épisode du roman mythologique Le Voyage en Occident (西游记 Xīyoújì), dont le héros est le Roi des singes, à qui Wan Laiming consacrera en 1964 l’un des plus beaux films d’animation de tous les temps, Le roi des singes bouleverse le palais céleste (大闹天宫 Dà nào tiān gōng).

Après la Princesse, les frères Wan préparent un autre dessin animé qui n’aboutira malheureusement pas, à cause de la guerre. L’équipe de dessinateurs est alors obligée de se séparer. Mais, dix ans plus tard, la plupart d’entre eux sont recrutés par un autre grand nom de l’animation chinoise, le réalisateur Tè Wěi 特伟. Ce dernier souhaite renforcer l’équipe d’animation de la Chine nouvelle fraichement installée à Shanghai. Cette équipe fait partie des Studios de cinéma de Shanghai, qui deviennent indépendants en 1957 et prennent le nom de Studios d’art de Shanghai. Sous l’impulsion de Te Wei, la vocation culturelle et artistique de l’animation chinoise se confirme, de nombreuses personnalités du monde artistique, et notamment des peintres de renom, collaborent régulièrement à la vie des studios. Le personnel est encouragé à se cultiver dans tous les domaines de la culture traditionnelle, et particulièrement la peinture chinoise.

Dans cette atmosphère exceptionnelle, on assiste à une diversification des films : outre les dessins animés, le genre des découpages articulés (à l’origine issus de l’art des papiers découpés) et celui des poupées (issues du théâtre de marionnettes) voient le jour. Parmi ces réalisations, les plus dignes d’attention sont sans doute les films de « lavis animé », forme d’animation totalement nouvelle que Te Wei met au point en collaboration avec ses collègues. D’une extrême difficulté d’exécution, dont le secret est bien gardé, le lavis animé n’existe dans aucun autre pays. Les chefs-d’œuvre de cette époque sont tous réalisés à l’aide de cette technique : Les Têtards à la recherche de leur maman (小蝌蚪找妈妈 Xiǎo kēdǒu zhǎo māma, 1960), La Flute du bouvier (牧笛 Mù dí, 1963) et, après l’interruption due à la Révolution culturelle, Impressions de montagne et d’eau (山水情  Shānshuǐ qíng, 1988). En parallèle, d’autres réalisateurs de grand talent, comme Ah Da 阿达 (Ā Dá), se font immédiatement remarquer.

À la fin des années 1980, le rythme de création artistique des Studios de Shanghai ralentit ; beaucoup d’artistes les quittent pour des compagnies privées qui, désormais, ne produisent plus que pour la télévision. Aujourd’hui, le cinéma d’animation chinois fait face à une rude concurrence : selon un récent sondage effectué en Chine, 14,2 % seulement des quelque 3 000 personnes interrogées préfèrent les dessins animés chinois, les autres leur préfèrent les films d’animation réalisés aux USA ou les mangas japonais.

revue associée : Planète Chinois n°10