Planète Chinois
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Interview de Cai Zhi Zhong

Cai Zhi Zhong est l'un des auteurs de bandes dessinées les plus connus de Chine avec plus d'une centaine d'œuvres à son actif. Planète Chinois, où apparaissent des épisodes de La Vie de Confucius, l'a rencontré en avril 2009.

Cai Zhi Zhong accompagné de deux fillettes

Planète Chinois : Nous publions La Vie de Confucius par épisodes dans notre revue. Pensez-vous qu'il soit intéressant de publier vos bandes dessinées en langues étrangères ?
Cai Zhi Zhong
: Arnold J. Toynbee, un historien britannique, a dit « le XIXe siècle est celui de la Grande-Bretagne, le XXe siècle celui de l'Amérique et le XXIe celui de la Chine ». Il est donc tout à fait naturel que des personnes qui ne lisent pas le chinois soient attirées par la philosophie chinoise, le confucianisme, le taoïsme. En 1990, j'ai émigré à Vancouver. Je rendais visite à mes voisins avec des cadeaux, comme le veut la coutume : par exemple, je peignais une encre à l'eau et je la faisais encadrer avec ma version en anglais des Analectes ou de L'Art de la Guerre de Sun Zi. Pour me remercier, mes voisins m'apportaient des petits plats et ont même organisé une fête de bienvenue. Ils m'ont dit que c'était grâce à mes livres qu'ils avaient été mis en contact avec la pensée chinoise de Confucius et de Sun Zi, dont la sagesse les impressionnait. Cela m'a conforté dans l'idée que ce que je faisais avait du sens. Apprendre de la culture de l'autre est un pas important pour une rencontre paisible entre la Chine et l'Occident.

Cai Zhi Zhong de profil

PC : Quelle est la leçon la plus importante du confucianisme selon vous ? Cette philosophie est-elle pertinente dans le monde actuel ?
CZZ
: Juste deux mots : la loyauté (忠 zhōng) et la tolérance (恕 shù). Quand on s'entend bien avec les autres, on doit, d'une part, être loyal à soi-même et, d'autre part, être tolérant envers les autres. « Que l'empereur soit un empereur, le ministre un ministre, le père un père, et le fils un fils. » Chacun doit jouer son rôle en fonction de sa position. La théorie de Confucius de « se cultiver soi-même, mettre sa famille en ordre, bien administrer le gouvernement et apporter la paix au pays tout entier » témoigne de l'importance du rôle de chacun dans la société.

PC : Vous avez vécu reclus pendant huit ans. Que vous a apporté cette expérience ?
CZZ : J'ai commencé mon exil choisi en septembre 1998 et en suis sorti en octobre 2008. Je me sens revivre ! La retraite ne signifie pas que l'on s'enferme dans une grotte de montagne. Je me suis tenu à mon domicile, sans rapports sociaux, sans parler et avec des contacts réduits au minimum avec la presse et la télévision. Ma vie est devenue très simple. J'ai lu une anecdote à propos de Bai Juyi, le poète ancien, qui ne fit rien que reposer son corps et son esprit à Chengdu pendant un an. Je l'envie d'avoir pu faire ça pendant une année entière.
Quand je suis sorti de mon isolement, je ne me suis pas ouvert tout de suite au monde. Je suis absolument convaincu qu'un artiste doit rester à distance de la vie de tous les jours et se tenir dans un état de tranquillité, avec l'esprit ouvert.
Mon record est de 42 jours à la maison. Le 21e jour, j'ai marché 100 mètres pour aller m'acheter quelques livres et c'est tout. À un moment, j'avais de sérieuses difficultés pour résoudre un problème de physique, alors j'ai jeûné pendant cinq jours entiers soit 120 heures. Savez-vous quand les gens sont le plus intelligent ? Quand ils restent 72 heures sans manger !

Portrait de Cai Zhi Zhong

PC : Oui, de fait, vous êtes plutôt mince.
CZZ : Je me trouve trop gros. Vous savez, le poids moyen d'un centenaire est 38 kg. J'ai du goût pour la vie simple. Je mange très peu, je parle très peu et je dors très peu. Avant mes 37 ans, je pesais entre 49 et 52 kg. Je ne sais pas pourquoi j'ai pris un kilo par an pendant ma retraite. Maintenant, je pèse 62,5 kg.
Avant, je disais pour rire que pour penser de façon créative, la posture la pire est d'être étendu sur le dos – être étendu sur le ventre est mieux que sur le dos, être assis est mieux qu'être étendu sur le ventre, être debout est mieux qu'être assis et marcher est mieux qu'être debout.
Chaque matin, la première chose que je fais après m'être levé est d'aller à la fenêtre et de repenser à tout. C'est comme d'ouvrir une fermeture éclair ou comme de se tenir dans la lumière : tout brille, même votre corps.
Plus tard, quand j'ai dépassé les 60 kg, j'ai eu mal aux jambes au bout d'un quart d'heure. Je pense que le surpoids empêche la pensée créative, or j'en ai besoin. Je dois être plus mince pour pouvoir rester debout deux ou trois heures sans être fatigué.

PC : Qu'avez-vous gagné lors de votre retraite ?
CZZ : J'ai découvert que tous les quinze ans, ma vie fait un cercle parfait. De zéro à quinze ans, c'était la période de croissance. Puis de quinze à trente ans, auteur de bandes dessinées et homme de média (j'ai travaillé pour une station de télévision pendant 5 ans). Ensuite, de trente à quarante-cinq ans, dans l'animation, et de quarante-cinq à soixante ans dans l'isolation. Je pensais mourir à soixante ans, mais maintenant, je pense que je vais vivre jusqu'à soixante-quinze ans. L'année dernière, j'ai confié tous mes ouvrages à The Commercial Press, en vue de mon prochain départ de ce monde. Tous viennent d'être publiés. Ils mettent l'accent sur l'éducation : éducation à la société, à la famille, scolarité, etc.

Dessin de Cai Zhi Zhong

PC : Quels sont vos projets pour les quinze prochaines années ?
CZZ : Avec encore quinze ans devant moi, je ferai ce qu'il me reste à faire : nourrir mon esprit. J'apprends bien. Tout le monde peut apprendre : il suffit de trouver ce qui vous convient. Pour gravir l'Himalaya, chacun sa manière : l'aigle n'est pas comme l'escargot. L'eau descend toujours vers la mer et n'a donc jamais eu l'idée de gravir l'Himalaya. Et pourtant, elle se transforme en vapeur et monte jusqu'au ciel avant de retomber en pluie. Les hommes sont plus forts que l'eau et nous sommes capables de changer et de nous adapter indéfiniment. Tout comme moi, chacun est capable de trouver la manière d'apprendre la plus efficace et la plus rapide possible pour lui.

PC : A votre avis, les auteurs chinois de bandes dessinées sont-ils vraiment créatifs actuellement ? Comment voyez-vous le futur de la bande dessinée en Chine ?
CZZ : Le gros problème est qu'il ne suffit pas de savoir dessiner pour être auteur de bandes dessinées. Un auteur doit répondre à trois prérequis : la capacité de dessiner, une histoire à raconter, et la capacité de raconter cette histoire en images. Pour moi, l'élément le plus important d'une bande dessinée est le contenu, il n'y a que le contenu qui compte. Je pense que d'ici un ou deux ans, la Chine continentale aura un grand auteur de bande dessinée, si les efforts pour développer l'industrie culturelle se poursuivent.

revue associée : Planète Chinois n°1