Itinéraire 5 : Le tourisme et la mer : un couple infernal ?

Conférence : Françoise PERON, Guillaume MARIE « Le patrimoine maritime bâti des littoraux : élément majeur d'identité et de reconstruction culturelle et sociale des territoires côtiers d'aujourd'hui »

Résumé

Les littoraux français ont connu depuis l’Antiquité une longue histoire maritime qui a entraîné l’édification, au cours des siècles, de nombreux bâtiments, monuments, infrastructures portuaires ou encore éléments flottants. Petits ou grands, prestigieux ou non, ils ont pour point commun de qualifier les littoraux d’aujourd’hui dans leur spécificité maritime. L’identification et la mise en valeur patrimoniale de ces éléments matériels hérités constituent, au même titre que celles des biens naturels (flore, faune…) ou des biens immatériels liés aux activités maritimes (rites, qualifications techniques, mythes…), des objectifs majeurs à développer dans le cadre des politiques de gestion intégrée des zones côtières, quel que soit le niveau territorial de celles-ci.

En effet, au-delà de l’importance de préserver et de valoriser ces éléments bâtis hérités des activités maritimes passées pour les transmettre aux générations futures, il convient de souligner leur forte valeur identitaire pour les sociétés actuelles, leur dimension économique et peuplante de premier ordre, leur dimension structurante pour les territoires littoraux, actuellement en phase de recomposition économique, sociale et spatiale de grande envergure. La naissance, dans les années 1980, d’un nouveau patrimoine maritime populaire, festif et identitaire, d’abord sur les littoraux bretons, puis sur les autres littoraux français, a constitué un véritable phénomène de société. Car le patrimoine maritime n’a pas comme seule vertu de rassembler des groupes variés de populations, il contribue à la reconfiguration les territoires littoraux sur le mode d’aujourd’hui. Il donne sens aux lieux bousculés par les mutations récentes des économies et des modes de vie, pour le présent et le futur.

Cependant ces héritages maritimes sont menacés. Sous l’effet de la mobilité accrue des populations et de l’accessibilité généralisée des zones côtières ainsi que de la propagation du « désir de rivage », partagé maintenant par toutes les catégories sociales, les littoraux n’ont jamais été aussi fréquentés et convoités. Actuellement, la pression foncière la plus forte s’exerce sur les espaces littoraux non protégés, et en particulier sur les espaces portuaires de taille moyenne ou petite dont les fonctions de pêche ou de commerce maritime sont tombées en désuétude. Après les fronts portuaires des grandes villes maritimes, restaurés sur une base intégrant les héritages maritimes, c’est sur le chapelet des petits ports à valeur patrimoniale - qui constitue l’attractivité irremplaçable des côtes françaises – que portent les enjeux. Dans une perspective à court terme, la tentation est grande d’opter pour leur adaptation immédiate et sans précaution aux besoins nouveaux d’hébergement, de commerce, de loisirs nautiques, de plaisance et de circulation automobile de front de mer.

Dans ce contexte de besoin impératif d’espace sur le trait de côte, et sans volonté politique ou démarche citoyenne, ces héritages risquent d’être « noyés » dans de nouvelles formes d’urbanisation, d’être dénaturés, voire d’être détruits – ainsi que cela s’est déjà produit et continue à se produire.

En contrepartie, le développement des pratiques de « Gestion Intégrée des Zones Côtières » peut constituer une chance pour ces biens culturels ; à condition que celles-ci prennent en compte, sur un pied d’égalité, les patrimoines naturels, économiques, sociaux et culturels spécifiques à ces territoires marqués par la mer et les activités maritimes.

Pour répondre à une demande qui commence à poindre de la part des pouvoirs publics d’identification des biens matériels à valoriser et à protéger en priorité, des outils d’aide à la décision ont été mis au point par l’observatoire du patrimoine maritime situé à Brest. Ceux-ci sont pluriels : recensement problématisé, SIG permettant la spatialisation des enjeux et des risques, atlas départemental présentant la diversité des champs patrimoniaux et des exemples de mise en valeur possible, enquêtes auprès des acteurs du littoral conduisant à la définition d’un patrimoine maritime commun, basé sur des critères qualitatifs, pour hiérarchiser les enjeux et étayer des avis de gestion. Des applications sont également en cours de développement dans le cadre de partenariats avec les municipalités, le Parc naturel marin d’Iroise, le conseil général du Finistère ou le conseil régional de Bretagne, tandis que des actions de sensibilisation au niveau national commencent à porter leurs fruits.

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