Itinéraire 4 : Les océans : espaces de paix, enjeux de guerre

Conférence-débat : « Les puissances navales de l'Asie : quels enjeux ? »

Organisée par Thierry SANJUAN, professeur, université de Paris 1 Animée par Patrick PÉPIN, éditorialiste à Nord Éclair Participants : l'Amiral DUMONTET, Alexis BAUTZMANN, Diplomatie (sous réserve)

Résumé

Les relations de la Chine avec la mer sont historiquement complexes. Le système impérial chinois est fondamentalement terrestre, et la puissance géopolitique tenait dans la conquête et la satellisation de peuples et de territoires périphériques dans une logique de contiguïté spatiale. Au fil des siècles, les rares aventures maritimes chinoises n’ont pas abouti à une hégémonie sur la mer de Chine mais bien souvent à des replis symboliques sur la terre : la fin de l’épopée de l’amiral Zheng He au XVe siècle en est le symbole le plus connu.

La mer et la bande côtière a longtemps été, pour le pouvoir chinois, un espace dangereux et incontrôlable. Le littoral est le lieu des populations non sédentarisées, des trafics en tous genres, des irrédentistes pro-Ming au XVIIe siècle, des pirateries étrangères, notamment japonaises. Pour éviter le cabotage le long du littoral, et s’assurer des bénéfices fiscaux substantiels, l’Empire double la côte par le Grand Canal au VIIe siècle. Enfin, les agressions impérialistes de la période moderne depuis les deux guerres de l’Opium à la moitié du XIXe siècle sont venues de la mer et elles ont forcé la Chine a perdre sa conception de centralité politique au profit d’une intégration douloureuse à la mondialisation.

Même si l’émigration reste passible de la peine de mort jusqu’à la fin de l’Empire, la mer est aussi le moyen depuis les Xe et XIe siècles de départs de populations méridionales vers l’Asie du Sud-Est et de la création de puissantes communautés chinoises à l’extérieur. Des liens humains et économiques au-delà des mers structurent ainsi progressivement les provinces du Guangdong et du Fujian, et accentuent leurs places singulières voire marginales dans le dispositif politico-territorial chinois.

Il faut attendre la littoralisation du pays en raison de l’implantation étrangère à la fin du XIXe siècle pour que l’État central se lance dans une politique active de construction d’une flotte militaire. Li Hongzhang y voit ainsi un nouveau moyen de puissance face aux agressions extérieures et développe, notamment en Chine du Nord, une première marine avec l’aide des Occidentaux. Malheureusement, la guerre sino-japonaise de 1895 voue à l’échec son entreprise, et la Chine républicaine, puis communiste, retourne à des revendications essentiellement terrestres dans un contexte de création d’un État-nation chinois et de consolidation des périphéries septentrionales et occidentales. L’idéologie de la guerre maoïste, centrée sur une défense du pays à l’intérieur de ses frontières, s’impose officiellement jusqu’à la moitié des années 1980.

Depuis, outre une prodigieux essor des équipements portuaires et d’une flotte commerciale chinoise, l’État central a entamé une réforme de sa flotte militaire, fondée sur sa modernisation, son développement en nombre et en types de vaisseaux ou de sous-marins, et sa présence loin des côtes chinoises.

Cette nouvelle politique navale s’inscrit dans un contexte plus large, où la Chine est devenue dépendante de la mondialisation, notamment depuis la fin des années 1990. Pékin doit assurer les moyens d’une croissance économique intérieure et d’un constant développement de son commerce extérieur. Il lui faut ainsi assurer une présence, à défaut d’un contrôle face à la flotte américaine, dans les principales voies de circulations de marchandises, de minerais et d’énergie. Le détroit de Malacca, le centre d’observation naval au large de la Birmanie, l’intrusion de la flotte chinoise dans l’océan Indien vers les côtes de l’Afrique sont autant d’enjeux pour une puissance qui se donne désormais pour mondiale.

À l’échelle régionale, les revendications d’eaux territoriales étendues, à l’occasion de disputes des îles Diaoyutai, Paracels ou Spratley, combinent nationalisme, contrôle de voies maritimes et – pour certaines – convoitises énergétiques.

Vers une hégémonie maritime chinoise aujourd’hui ? La Chine, en raison d’un grand retard technologique et d’un environnement géopolitique qui se méfie d’une montée en puissance chinoise, reste loin de pouvoir s’imposer. Mais l’actuelle mondialisation chinoise la forcera certainement à devenir un des acteurs majeurs au cours des prochaines décennies.

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