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Accueil > Les numéros Junior > DocSciences Junior n° 2 : Les D3E grandeur nature

Vous avez dit « D3E » ?

Les déchets d’équipements électriques et électroniques (D3E) se multiplient. Chaque heure, plus de 4 millions de tonnes de D3E sont jetés dans le monde. Pour pallier le gaspillage et la dangerosité, il faut trier, recycler et valoriser.

Les équipements électriques et électroniques ont la vie dure ! Leur cycle de vie, du berceau au cercueil, comprend leur conception, leur fabrication, leur utilisation, leur abandon puis leur valorisation, à savoir leur tri, parfois leur réemploi et leur recyclage. Aujourd’hui, téléviseurs et téléphones portables inondent le marché et notre univers quotidien. De plus en plus sophistiqués, ils se multiplient au gré des innovations technologiques et marketing. Devant la recrudescence des D3E et dans un souci de responsabilité politique, économique et environnementale, l’Europe a pris, en 2002, des dispositions réglementaires transposées en France par un décret appliqué en 2005.

Une « responsabilité élargie »

Depuis, les fabricants de futurs D3E sont soumis à la notion de « responsabilité élargie ». Ils doivent éliminer certaines substances dangereuses, contenues dans leurs équipements. Puis, à charge pour eux de collecter, recycler et valoriser tous leurs appareils hors d’usage. Comme les équipements sont vendus et disséminés sur l’ensemble du territoire, les producteurs français d’équipements électriques et électroniques font appel à des écoorganismes (Voir en bas de page), chargés de la mise en oeuvre du dispositif. Quatre écoorganismes, dont ERP (Voir en bas de page), gèrent la filière d’un point de vue organisationnel de A à Z, depuis la collecte jusqu’aux traitements ; ils perçoivent auprès des producteurs les écocontributions, informent l’Ademe (Voir en bas de page) des quantités mises sur le marché, collectées et traitées, et des quantités par fractions (les plastiques, les métaux, les matières inertes comme le béton dans les machines à laver, les verres…). Parce que traiter et valoriser coûtent cher, les consommateurs s’acquittent d’une écoparticipation lors de l’achat d’une machine ou d’un appareil pour aider à financer les opérations de traitement en fin de vie. L’élimination des résidus des D3E doit absolument être contrôlée : tous les D3E contiennent des substances toxiques et donc dangereuses. Les décharges d’antan ne sont plus admises.

Mieux concevoir pour mieux recycler

Si recycler du verre ou du papier, à l’instar des chiffonniers de naguère, correspond à des opérations relativement simples et peu coûteuses, recycler des substances dangereuses n’est pas chose si aisée. Cela dit, pour mieux recycler il faut aussi mieux concevoir. Raison pour laquelle les pouvoirs publics incitent clairement les producteurs à réfléchir à une meilleure écoconception de leur produit. Car avant de mourir, il faut vivre ! Pour réduire les gaspillages et les impacts négatifs sur l’environnement, l’écoconception est une solution en amont : penser les processus de fabrication et utiliser des technologies plus économes, réduire la diversité et la complexité des matériaux, utiliser moins de substances dangereuses et polluantes, utiliser plus de matériaux facilement recyclables constituent un sésame. Alors des producteurs allègent leurs emballages. Ils créent des téléviseurs qui se démantèlent deux fois plus vite, des lave-linge avec un tambour en acier inoxydable, ils assemblent des éléments au moyen de vis ou de petits taquets en lieu et place des soudures à la colle.

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Démantèlement manuel d’un téléviseur. (© Benjamin Boujenah)

Les DEEEglingués

Organisée par quatre écoorganismes, dont ERP, la tournée des DEEEglingués est un événement national réparti sur tout le territoire français. À la demande des collectivités locales et des distributeurs, cet événement concrétise l’envie et la volonté de sensibiliser et de faire participer les citoyens au problème du tri et du recyclage de leur D3E.

Le kit scolaire ERP s’invite dans les classes ! L’écoorganisme propose aux enseignants du premier degré, et plus particulièrement aux enfants des CM1 et CM2 (grands consommateurs de consoles par exemple), une petite bande dessinée réalisée par les maîtres de Chrono Kids, les dessinateurs Vince et Stan et le scénariste Zep, agrémentée de quatre fiches explicatives sur les matières premières et le recyclage. Un outil clé en main pour sensibiliser tout en s’amusant… Sans compter le mini site web pourvu de quiz, de jeux interactifs et d’un espace dédié aux enseignants.

La réduction à la source mobilise les instances politiques qui sensibilisent, réglementent et appliquent des mesures financières incitatives ou dissuasives. Et la prévention se situe en tête des priorités affichées des politiques. D’autant que les citoyens ont pris conscience que le gaspillage est devenu un antidote au progrès. Alors pour accompagner les changements de comportement des consommateurs en matière d’achats et d’abandon de leurs équipements, les pouvoirs publics proposent une politique de collecte, de tri et de traitement efficace et évolutive. D’autant que les D3E ont un rôle économique à jouer : ces montagnes de déchets (Voir en bas de page) contiennent en effet des trésors, des matières premières rares et donc chères. Si dans les années soixante-dix, on pouvait scander le slogan « On n’a pas de pétrole, mais on a des idées ! », les écoorganismes peuvent aujourd’hui lancer le concept : « On n’a pas de matières premières, mais on a des déchets qui en contiennent ! ». Sans compter que devant la raréfaction de certaines ressources naturelles, l’augmentation des prix, les « matières premières secondaires » issues des centres de traitement et de recyclage suscitent un intérêt croissant.

Les D3E, des enjeux écologiques et économiques

Après un tri sélectif par flux, ils sont acheminés vers des centres de traitement et de recyclage, pour être pris en main dans des usines parfois très modernes, qui allient préparations manuelles et opérations sophistiquées. Les filons les plus faciles à exploiter ont été les premiers mobilisés : ferrailles, métaux non ferreux, papier. D’autres plus complexes suivent : plastiques, composants électroniques. Mais la récupération, le tri et la transformation ont un coût. Pour autant le recyclage bénéficie d’une aura sans commune mesure. Dans notre société attirée mais fatiguée par le superflu inutile et encombrant, l’image des produits recyclés s’améliore ; de moins en moins assimilés à des objets ou à des matériaux de basse qualité, ils sont perçus comme des phoenix renaissant de leurs cendres, un peu comme des objets magiques, des produits innovants, presque tendance. Les pouvoirs publics tendent à une collecte et un recyclage toujours plus complet. Car même si le meilleur déchet est celui qui n’existe pas, il existe entre 15 et 20 kg de D3E à collecter par an et par habitant. La directive européenne avait fixé comme première étape la collecte de 4 kg par an et par habitant. Dès 2008, le chiffre a explosé. Aujourd’hui, les écoorganismes se fixent comme objectif de collecter 1 kg de plus par an et par habitant chaque année. En 2010, la collecte était de plus de 6 kg, elle devrait atteindre les 7 kg en 2011, 8 kg en 2012, 9 kg en 2013... Malgré un intérêt de plus en plus soutenu des citoyens pour les notions d’écologie et d’environnement, les pouvoirs publics commencent à craindre un effet d’essoufflement. Pourtant, le recyclage sous toutes ses formes représente bien un enjeu majeur en matière de politique économique, sociale, sanitaire et de développement durable. D’autant qu’il vaut mieux prévenir que guérir. À travers les D3E, c’est tout un monde à modeler qui se joue : les D3E ou comment concevoir, fabriquer, vendre, acheter, utiliser et jeter mieux, moins et autrement.


  • Écoorganisme
    Organisme agréé par l’État auquel adhèrent les producteurs d’équipements électriques et électroniques. L’organisme s’engage dans la gestion des déchets issus de ces produits (collecte et traitement, information et sensibilisation). Retour au texte
  • Ademe Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.
    Cet établissement public participe à la mise en oeuvre des politiques publiques dans les domaines de l’environnement, de l’énergie et du développement durable. Il intervient, entre autres domaines, sur la gestion des déchets. Retour au texte
  • Déchet
    Tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation ou tout bien destiné à l’abandon. Pour autant, l’élément abandonné peut faire l’objet d’une réutilisation, d’un réemploi après modification, ou d’un recyclage. Retour au texte