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Sale temps pour les ours

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, « l’Ours blanc est voué à devenir une des plus célèbres victimes du réchauffement climatique mondial »... Symbole du monde vivant polaire, l’Ours blanc vit exclusivement sur les zones côtières de l’Arctique où il évolue sur terre, dans l’eau et sur la banquise. Sa survie est intimement liée à celle de son milieu, milieu touché par la pollution, la présence de l’homme et le réchauffement…

Invités par Jean-Claude Gascard, chercheur à l’université Paris-VI, deux enseignants de l’académie de Versailles, Muriel Blot et Gabriel Picot ont partagé la vie de scientifiques embarqués sur le brise-glace russe Kapitan Dranitsyn d’août à septembre 2006 dans l’océan glacial arctique.
Ils ont pu suivre une série d’expériences réalisées dans le cadre des projets scientifiques Nabos (américano-russe) et Damocles (projet européen dirigé par Jean-Claude Gascard).

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L’Ours blanc - © Olivier Paris


Ces deux projets, centrés sur une meilleure connaissance de l’océan, de la glace et de l’atmosphère, ont pour objectifs d’en comprendre le fonctionnement, les interactions et les modifications en relation avec les variations climatiques que l’on enregistre depuis quelque temps.

Lors de leur périple, outre l’accompagnement des scientifiques dans leurs travaux, ils ont fait la rencontre du mammifère le plus célèbre de la région : l’Ours blanc. Voici leur témoignage. Vous pouvez également vous rendre sur le site internet « Mission polaire » qui présente en détail l’expédition.

« Nous rêvons tous, membres d’équipage, scientifiques et nous-mêmes, d’apercevoir celui que l’on surnomme “le grand maître du Nord”, l’Ours blanc ou Ursus maritimus. Nous aurons de la chance : nous le croiserons deux fois ».

Un mâle solitaire

Polar bear, Polar bear !!!” annonce le haut-parleur. Tout le monde sur le bateau se précipite sur le pont. L’ours que nous suivons est un mâle solitaire. Son pelage crème lui permet de se camoufler de façon efficace dans ce paysage tout blanc. Un ours peut peser entre 400 et 600 kilos (certains même jusqu’à 800 kilos) pour une hauteur d’environ 2,5 mètres quand il se met sur ses pattes arrière. Le mâle atteint sa taille d’adulte vers 8-10 ans. La femelle est adulte vers 5-6 ans, mais elle est deux fois plus petite.

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© Muriel Blot - Mission Polaire

Notre ours polaire semble être jeune. Il se déplace très facilement sur la glace en répartissant son poids sur ses quatre pattes pour ne pas la casser. L’Ursus maritimus est un mammifère marin, il dépend de ce milieu et de sa faune pour se nourrir et vivre. Excellent nageur, il se sert de ses pattes avant comme rames et de ses pattes arrière comme gouvernail pour chasser son mets favori : le phoque. C’est un prédateur redoutable, c’est pour cela que lorsque nous descendons sur la glace il y a toujours une surveillance. Expert en camouflage, son pelage lui permet de se “fondre” dans ce paysage glacial. Pourtant, sous sa fourrure, sa peau est noire ! Elle lui permet de recevoir la chaleur du soleil. C’est aussi grâce à son pelage étanche qui laisse ruisseler l’eau après ses plongées et grâce à une épaisse couche de graisse que notre ours ne meurt pas de froid.

Cet animal est parfaitement adapté à son milieu qu’est la région arctique. “Parfaitement adapté” donc également très dépendant, les changements climatiques et la pollution ont un impact sur son milieu, sur sa nourriture… l’ours est menacé.

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© Muriel Blot - Mission Polaire

Une mère et ses deux petits

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© Muriel Blot - Mission Polaire

Le temps brumeux n’a pas empêché les marins de repérer cette fois une femelle et ses deux petits. Les naissances ont lieu l’hiver, les jeunes sont donc âgés d’une dizaine de mois. Nous allons les suivre un bon moment, il ne sera pas toujours facile à l’un des petits de garder la vitesse de déplacement de sa mère et de son frère !

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© Muriel Blot - Mission Polaire

À la naissance, les petits pèsent moins de 1 kilo pour 25 centimètres, ils ne quitteront leur mère que vers l’âge de 2 ans et demi pour commencer à chasser seuls. En général, la femelle ne pourra avoir une nouvelle portée tant que ses oursons seront avec elle. Le rythme de reproduction est donc lent, ce qui ne joue pas en faveur de la repopulation d’effectifs déjà réduits.

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© Muriel Blot - Mission Polaire
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© Muriel Blot - Mission Polaire



Quel avenir ?

Deux rencontres en quatre semaines semblent peu mais cela risque de devenir miraculeux… L’Arctique est le seul lieu de vie de l’ours polaire dont le mode de vie est très dépendant de la présence de glace. Il ne peut donc rester insensible à la réduction de la banquise que l’on constate depuis quelques années. Il est également confronté à la pollution (les proies des ours ingèrent des produits chimiques), à la présence de l’homme, avec la chasse, parfois illégale (pour leur fourrure), et avec l’exploitation industrielle de ressources comme celles de gisements de gaz et de pétrole. L’ours polaire se déplace sur de grandes distances. Les phoques sont également en danger, l’ours voit à la fois son territoire de chasse s’agrandir (il doit parcourir plus de distance pour se nourrir), et son territoire “solide”, la banquise, se réduire… Il a été observé que le poids des ours avait tendance à diminuer mais les liens de cause à effet ne sont pas clairement établis. La survie de cette espèce est donc menacée, elle fait d’ailleurs partie de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICE).

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Répartition des Ours blancs dans la région arctique (© Nasa, DocSciences/Plagnol J.)

L’Ours blanc est le grand mammifère du pôle Nord. Il vit exclusivement sur les zones côtières de l’Arctique. Sa survie est intimement liée à celle de son milieu. Des scientifiques estiment que, d’ici cinquante ans, la banquise disparaîtra totalement l’été. L’habitat de l’ours se dégrade et donc ses conditions de vie aussi. Des premiers signes de déclin ont déjà été relevés dans les zones les plus méridionales, comme la baie d’Hudson. Certains estiment que l’espèce pourrait disparaître à la fin du siècle, c’est pourquoi l’ours polaire est classé parmi les espèces « vulnérables » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICE).

L’Ours blanc vit dans la région arctique. Cette zone souffre particulièrement du réchauffement climatique avec, entre autres, la fonte de la banquise. Les conditions de vie de l’ours se dégradent, son espèce est menacée.