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Accueil > Les numéros Junior > DocSciences Junior n° 1 Versailles : Les sciences côté Cour

Pouvoir et sciences

Dès le règne de Louis XIV, le pouvoir met en place une politique scientifique structurée. Versailles contribue ainsi au développement des sciences, suscite et finance des voyages pour de grandes explorations. Les formes de soutien, multiples, répondent aux enjeux considérables qu’impliquent ces nouveaux savoirs. Et si les sciences servent en priorité la nation, leurs applications ont aussi pu être mises en œuvre au château.

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Henri Testelin, Colbert présente à Louis XIV les membres de l’Académie royale des sciences créée en 1667, huile sur toile, 348 x 590 cm, châteaux de Versailles et de Trianon. (© RMN (château de Versailles) / Gérard Blot)
Les deux globes qui encadrent le tableau, les cartes, la pendule montrent que les sciences sont multiples et diversifiées à l’Académie. Derrière le roi, le peintre a représenté un bâtiment dédié à la recherche en astronomie, l’Observatoire, financé par le trésor royal.

La politique scientifique n’est pas uniquement l’apanage du roi, bien qu’il demeure le principal mécène du royaume. D’autres personnages importants participent au soutien des sciences : les surintendants des Bâtiments du roi comme Colbert ou Louvois, les secrétaires d’État à la Maison du roi, mais aussi dès la fin du règne de Louis XV, les contrôleurs généraux des Finances.

Pourtant un scientifique peut toujours tenter de présenter directement son invention au roi en passant par quelques intermédiaires qui l’introduisent. Si le souverain la juge intéressante, il n’hésitera pas à financer les travaux du candidat.

Le pouvoir favorise également l’éducation scientifique et technique de ses élites en créant différentes écoles : l’École du génie à Mézières (ancêtre de l’École polytechnique), l’École des mines, l’École des ponts-et-chaussées, etc. Une importante mesure rend précisément compte de l’intérêt profond du pouvoir pour la science : la création de charges à la Cour.

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Hyacinthe Rigaud, Portrait de François Gigot de Lapeyronie, premier chirurgien du roi, huile sur toile, 138 x 105 cm, musée d’histoire de la Médecine. (© François Doury)
Premier chirurgien et confident de Louis XV, chef de la chirurgie du royaume, François Gigot de Lapeyronie est un intime du roi. Longtemps confondus avec les barbiers, les chirurgiens bénéficient de nouveaux égards grâce à une opération réussie de la fistule à l’anus sur Louis XIV.

Ainsi, le Premier médecin du roi, considéré comme le meilleur médecin du royaume, reçoit par exemple une chaire au Jardin du roi. Les officiers de santé et les précepteurs bénéficient également de charges.

D’une manière générale, le pouvoir promeut la recherche scientifique pour améliorer le commerce et la santé publique mais aussi la marine et l’art de la guerre.

Ambitions économiques et militaires

La fondation de l’Observatoire et les subventions accordées à la recherche en astronomie ont ainsi pour but de résoudre l’épineux problème du calcul des longitudes qui traverse tout le XVIIIe siècle. Ce calcul doit permettre d’éviter les trop nombreux naufrages et de connaître précisément sa position sur l’océan.

Il faut se rappeler qu’à cette époque, la domination des mers est un enjeu crucial pour la France : commercial mais aussi stratégique ! Et la recherche sert très souvent des ambitions économiques et militaires. Enfin, le pouvoir souhaite que la science se penche aussi sur des problèmes de santé publique ou qu’elle œuvre à combattre les famines. En 1729, à l’initiative du médecin Dodard, est créée la Commission des remèdes. Il est à remarquer qu’elle est presque entièrement composée des médecins du roi Louis XV. Le roi, justement, est parfois étroitement mêlé aux recherches médicales.

Ainsi l’inoculation de Louis XVI joue un rôle prescripteur. Afin de lutter contre la famine, Versailles et Trianon servent de laboratoires aux recherches sur le combat contre les parasites et l’accroissement de la productivité : acclimatation du riz, développement de la culture des courges, expériences sur la corruption du blé, lutte contre la nielle, mise en place de la culture de la pomme de terre avec Parmentier...

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Eau-forte en couleur, école française, Première expérience de vol de montgolfière à Versailles, musée du Louvre. (© Michèle Bellot / RMN)
Le 19 septembre 1783, une montgolfière s’envole depuis la cour de Marbre.

Le 19 septembre 1783, une montgolfière s’envole depuis la cour de Marbre. C’est une première au château de Versailles. La Cour, le roi, la reine et des ambassadeurs étrangers, invités pour l’occasion, assistent à l’événement et à l’envol des trois passagers ; un mouton surnommé Monte-au-Ciel, un coq et un canard. Au-delà du spectacle, la montgolfière présente un intérêt stratégique et militaire : elle peut être utilisée pour observer le mouvement des troupes. Ce sera le cas lors des guerres révolutionnaires.

Sciences et techniques

Versailles bénéficie de tous ces progrès scientifiques  ; les différentes techniques employées pour construire le château et pour réaliser les jardins découlent souvent de ces avancées. Les savants de l’Académie sont fréquemment consultés ; ainsi l’abbé Picard, spécialiste des relevés de nivellement, doit donner son avis sur l’hypothèse d’un autre astronome et académicien. Riquet souhaite en effet détourner les eaux de la Loire pour alimenter le château. Picard va créer une lunette à visée qui permet de repérer des distances que le niveau de l’arpenteur classique n’autorise pas.

Les rois apportent leur soutien aux savants mais se méfient des penseurs des Lumières, des athées et des matérialistes. Pourtant Diderot ou d’Alembert fréquentent souvent l’entresol de François Quesnay à Versailles ; le médecin de madame de Pompadour puis de Louis XV est aussi l’ami d’Helvétius et de Condorcet. Ainsi, les frontières entre intellectuels des Lumières et académiciens ne sont pas fermées et les esprits se cotoient.

Les sciences à Versailles jouent un rôle de plus en plus important ; le soutien royal en faveur de leur essor répond à des considérations stratégiques et utilitaires, certes, mais les sciences sont aussi des symboles de prestige. Sans compter qu’elles se doivent parfois d’être et divertissantes et spectaculaires.

Lexique

  • Athée
    Personne qui ne croit à l’existence d’aucun dieu ou d’aucune divinité.
  • Fistule (anale)
    Affection d’une glande située à l’intérieur de la paroi du canal anal.
  • Jardin du roi
    Créé en 1635 par Louis XIII, le Jardin du roi est rebaptisé à la Révolution « Jardin des plantes de Paris ».
  • Matérialiste
    Personne qui considère que la matière construit toute la réalité, rejette l’existence de l’âme, de l’esprit, de la vie éternelle ou de Dieu.
  • Nielle
    Maladie des céréales provoquée par des champignons.
  • Pension
    Somme d’argent versée régulièrement à une personne pour la récompenser de ses services ou travaux.