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Décryptage

Musique assistée par ordinateur

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Répétition de Iki-no-Michi (Les Voies du souffle)
Répétition de Iki-no-Michi (Les Voies du souffle) dans un studio de l’Ircam, avec, de gauche à droite, Ichiro Nodaïra (compositeur), Claude Delangle (saxophoniste) et José-Miguel Fernandez (réalisateur en informatique musicale).
© Inria / Photo H. Raguet.

L’expression « musique assistée par ordinateur » (MAO) désigne toute situation où l’outil informatique intervient dans le travail d’un musicien, qu’il soit compositeur ou interprète. L’ordinateur devient un instrument, capable de modifier des sonorités préexistantes et d’en créer de nouvelles.

Le développement de la MAO témoigne des recherches sur le timbre (sonorité d’un instrument) durant la seconde moitié du XXe siècle, que ce soit dans le domaine de la musique savante ou des musiques actuelles. Parallèlement, elle a renouvelé la conception traditionnelle du concert, permettant une interaction entre l’interprète et l’ordinateur.

Dans le cas d’une musique jouée en direct, le dispositif est capable de réagir de façon instantanée aux impulsions acoustiques du musicien présent sur scène. Sur la photographie, les sons produits par le saxophoniste sont captés par les deux microphones situés devant lui. Les signaux acoustiques sont alors analysés par l’ordinateur placé au premier plan. En fonction des signaux reçus, celui-ci déclenche différents événements sonores, déterminés à l’avance par le compositeur et diffusés sur haut-parleurs. L’ordinateur met donc à la disposition du musicien toute une palette de sons et d’effets. Il est devenu un complément indispensable aux recherches musicales menées aux XXe et XXIe siècles.

Aurèle Briard, éducation musicale

Musique assistée par ordinateur

La photo montre la répétition d’une pièce de musique Iki-no-Michi (Les Voies du souffle), écrite pour saxophone et électronique, créée à Paris lors du festival Manifeste en juin 2012. L’ensemble des dispositifs électroniques tournent sur ordinateur et sont pilotés par le logiciel Antescofo.

La pratique de musique mixte « électronique-instrumentale » n’est pas récente. Dès la fin de la première moitié du XXe siècle, des compositeurs tels que John Cage, Karlheinz Stockhausen ou Pierre Schaeffer ont eu l’idée de faire cohabiter sur scène des instrumentistes et des haut-parleurs reproduisant un enregistrement sur bande magnétique. Dans le cas de ces expériences pionnières, on ne peut pas réellement parler d’accompagnement des musiciens par des machines au sens musical : la musique figée sur la bande magnétique se déroule à une vitesse fixe (on parle de tempo) que le musicien est obligé de suivre scrupuleusement, ce qui est contraignant. L’échange musical humain-machine ne se fait donc qu’à sens unique. Les progrès de l’informatique permettent à présent un échange à double sens, en remplaçant le lecteur de bande magnétique par un ordinateur qui va jouer comme un humain, rendant ainsi sa liberté d’interprétation au vrai musicien.

Un interprète soliste, comme le saxophoniste ici, joue les notes écrites sur sa partition tout en gardant une certaine liberté en ce qui concerne les durées et le tempo d’exécution, ce dernier pouvant fluctuer au gré de la performance. L’ordinateur qui l’accompagne doit pouvoir détecter ces fluctuations afin de jouer en bonne synchronie avec le musicien. Le logiciel que l’on aperçoit sur l’écran est capable d’écouter le saxophoniste, par l’intermédiaire d’un microphone, de convertisseurs analogiques-numériques et d’algorithmes performants de traitement du signal. Il va évaluer en temps-réel la position du musicien dans sa partition et son tempo. Sur la base de ces informations, il se charge du lancement d’actions électroniques d’accompagnement telles que la production de sons de synthèse, l’application d’effets au son du saxophone ou encore des événements non musicaux comme le contrôle de lumières ou d’autres éléments de décor…

La coordination entre le jeu du musicien et les actions électroniques est assurée par le logiciel sur la base d’un programme dans un langage informatique dédié, qui est en quelque sorte une partition musicale « augmentée » par la description fine de stratégies de synchronisation, reposant sur des techniques comparables à celles embarquées dans les systèmes de contrôle d’avions ou de télécommunications.

Florent Jacquemard, chercheur Inria de l’équipe MuTant à l’Ircam

Dans les programmes

Collège
Éducation musicale

Deux des sept domaines de compétences du programme sont ici privilégiés.

  • Domaine du timbre et de l’espace
    Les matériaux et leurs caractéristiques se modulent pour construire la musique par des effets électroniques et numériques et par la diffusion sur haut-parleurs, et organisent le discours musical par répartition et organisation spatiales et temporelles des masses sonores.
  • Domaine des styles
    L’élève distingue, identifie et situe un style de musique caractéristique d’une époque – XXe et XXIe siècles – et usant de nouveaux matériaux, langages et technologies.