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Les fiancées des sciences

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Marie Curie
source de l’image : nobel.se (voir sur Wikipédia)

Pas toujours facile d’être une femme scientifique ! Savez-vous que jusqu’au XXe siècle, il était fréquent que les femmes se cachent derrière des pseudonymes pour que leurs travaux soient pris au sérieux ? Par exemple, en 1843, Ada Lovelace, qui a contribué à améliorer les premiers programmes informatiques, publiait ses travaux signés des initiales A. A. L. Qu’en est-il aujourd’hui ? Sommes-nous bien sûr qu’il n’y a pas de discrimination ? Marie Curie elle-même, pourtant femme du XXe siècle, devait encore répondre à un journaliste qui lui demandait si elle avait réalisé ses travaux « au mépris de sa vie de famille », le célèbre et cinglant « Non cher Monsieur : au mépris des imbéciles ».


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Portrait d’Ada Lovelace en 1838
Source : Wikimedia Commons

Et pourtant, les femmes scientifiques ont toujours eu un rôle essentiel, encore que discret : elles traduisaient des écrits, corrigeant, complétant. Très souvent aussi, elles apportaient un regard neuf, plus ouvert et moins « mécaniste », aux disciplines scientifiques qui les accueillaient. Exactement comme Ada Lovelace… et elle n’est pas la seule. Amélie Noether, mathématicienne et physicienne, expulsée par les nazis en 1933, fournit des bases mathématiques à la relativité générale et conçoit, entre autres, des processus algébriques permettant de « mécaniser des calculs ». En 1949, Grace Hopper, amirale de la marine américaine et mathématicienne, élabore un algorithme qui permet de « programmer » les ordinateurs en traduisant de l’anglais (codifié) en langage machine. À ce moment-là, le logiciel ne valait rien et le prestige revenait d’abord aux très masculins constructeurs de machine. Pourtant, cette invention féminine capitale a ouvert l’accès à l’informatique à un large public, à travers un langage informatique célèbre, le Cobol. En 1951, elle poursuit et met au point avec son équipe, le premier calculateur à disposer d’une mémoire tampon.
Elles sont ainsi plusieurs femmes à avoir participé dès les débuts à fonder la science de l’informatique, certaines sont oubliées aujourd’hui.

Toutes ont ajouté à leur génie de savantes le courage de leur lutte pour s’imposer dans le monde masculin des sciences. Elles ont participé aussi aux combats qui se livraient à leur époque, ces combats pour plus de justice. Elles ont aimé et ont été aimées, elles ont scandalisé les petits esprits et enchanté les grands.
Un joli livre de Gérard Chazal, Les femmes et la science (paru en 2006 aux éditions Ellipses), vous raconte quelques-unes de ces histoires. À faire lire aux filles… et aux garçons !

Aujourd’hui, en France, 15 à 20 % des scientifiques de l’informatique sont des femmes, c’est encore bien peu. Pourtant, quelques-unes de nos collègues sont non seulement des informaticiennes hors pair mais ont permis à l’informatique de s’élargir, d’acquérir une vision plus large : par exemple, Wendy Mackay allie psychologie et informatique, en mettant l’utilisateur au cœur du système, il n’est plus un élément périphérique qui doit « subir » la machine. Rose Dieng, ingénieure et chercheuse décédé en mai dernier, a permis à l’informatique de représenter le « sens des choses » de manière « formelle » dans les bases de connaissances, y compris à travers Internet, avec le « Web sémantique ». Odile Macchi est la seule femme du domaine entrée à l’Académie des sciences, en 2004 (Pierre Curie fut académicien, mais pas Marie !), avec entre autres un travail exceptionnel sur les systèmes adaptatifs. Ces systèmes optimisent en temps réel leur fonctionnement, sans apprentissage extérieur et sans s’interrompre, ils s’adaptent aux évolutions de l’environnement.

Ailleurs, dans le monde, dans les pays dits « émergents », la situation est différente : en 2007, à la faculté d’informatique et des technologies de l’information de Kuala Lumpur, en Malaisie, tous les responsables de département sont des femmes. À Penang, il y a 65 % d’étudiantes en informatique et sept de leurs professeurs (sur dix) sont des femmes, leur responsable aussi. Comme l’écrit Isabelle Collet, ces femmes parlent de la grande diversité des métiers de l’informatique, de son imbrication au sein de multiples secteurs professionnels, de la possibilité d’apprendre toujours des choses nouvelles, des défis intellectuels, de l’importance du relationnel et du travail en équipe.

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Voir également : Travail et pensée d’Ada Lovelace