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Chronique

Le patrimoine illuminé

Filipe Alves est assistant ingénieur sur la ligne de lumière Diffabs. Cette ligne est spécialisée dans les études en diffraction et en absorption. Comme la lumière est son affaire, Filipe se plie en quatre pour l’appliquer au patrimoine. Explications.

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Filipe Alves travaillant sur la ligne de lumière Diffabs (© Ph. Plailly, SOLEIL)

Difficile, en voyant Filipe Alves, d’imaginer qu’il a déjà derrière lui plus d’une dizaine d’années d’expérience professionnelle « made in synchrotron ». Cet univers qu’il côtoie avec tellement d’appétit est devenu son monde à lui.

Il rencontre la planète science très jeune, par inadvertance, par chance. Filipe grandit et fait ses études à Gif-sur-Yvette, à quelques kilomètres du futur SOLEIL. Il est déjà bluffé par le grand pôle du CNRS, implanté dans un parc de plusieurs hectares dans lequel il joue enfant : « j’étais intrigué et très impressionné par le titre rutilant du CNRS. En fait, je me suis toujours intéressé à l’institution ». En 3e, son professeur de physique lui donne le goût du scientifique. La chance encore. Il obtient un bac technique et scientifique et plus tard un DUT en mesures physiques. Tout au long de ses études, la lumière l’accompagne. Ensuite, il entre dans la vie active. Avant le grand saut vers la recherche publique, il décroche son premier emploi dans une entreprise spécialisée dans le comptage de bactéries laitières à travers des moyens optiques.

Ensuite c’est une petite annonce qui change sa vie : il entre, en 1998, dans un laboratoire du CNRS, le Laboratoire pour l’utilisation du rayonnement électromagnétique (Lure), toujours dans l’optique, « mais dans un domaine particulier, celui des rayons X utilisés pour faire des radios ». En fait, Lure est l’ancêtre de SOLEIL et Filipe Alves s’y plaît beaucoup.

Mais en janvier 2004, il doit quitter le laboratoire qui disparaît pour intégrer SOLEIL nouvellement construit. Il en profite pour suivre une formation d’ingénieur et obtient son diplôme. Dans l’attente d’un concours interne de la fonction publique pour valider son titre, il occupe aujourd’hui un poste d’assistant ingénieur sur la ligne Diffabs. Son travail comporte une part de mécanique et une part d’optique pour canaliser la lumière jusqu’à l’échantillon à analyser. Il explicite : « je dois faire tout mon possible pour que les scientifiques extérieurs qui viennent travailler avec nous valorisent leurs expériences dans les meilleures conditions possibles en termes d’environnement et de préparation de la ligne ». Et puis : « je procède aux travaux de maintenance et de développement en mécanique sur la ligne qui doit être optimale pour chaque utilisateur  ». D’autant que les chercheurs extérieurs ont formulé leur demande de faisceaux sur sa ligne de lumière quelque six mois à un an à l’avance. Pas question de les décevoir.

UN LABORATOIRE NOMMÉ IPANEMA

Le plus souvent Filipe Alves, encadré par une équipe composée de trois scientifiques, d’un thésard ou d’un postdoctorant, collabore avec des chercheurs issus du public. En particulier, il œuvre pour le compte du patrimoine. Pas étonnant ; un nouveau laboratoire qui portera le joli nom d’IPANEMA sera construit d’ici une à deux années sur le site même de SOLEIL pour créer une interface active entre l’institution et les musées et organismes archéologiques.

Pour l’heure, Filipe Alves met en œuvre les dispositifs qui permettent aux scientifiques d’étudier l’état de conservation des lingots d’acier découverts dans une épave sous la mer ; « pour savoir comment et pourquoi ils ont été conservés. Cet examen est utile pour pouvoir conserver des échantillons archéologiques dans le futur ». Mais l’analyse peut aussi servir à des échantillons contemporains. Régulièrement, il enquête sur des verres à haute température avec des chercheurs d’Orléans : « j’ai développé un dispositif qui permet aux billes de silice de léviter et d’être chauffées à l’aide d’un laser pour dépasser le point de fusion. L’objectif est d’atteindre la cristallisation de l’échantillon que nous questionnons alors ».

La ligne à haute énergie où travaille Filipe Alves se présente sous la forme de petits modules alignés sur une quarantaine de mètres de long et quatre à cinq mètres de large, un peu comme les wagons qui se succèdent dans une rame de métro. Les deux premières cabanes, blindées au plomb, mesurent une quinzaine de mètres chacune. La cabane optique avec ses deux monochromateurs et la cabane expérience avec son diffractomètre, un élément incontournable de quatre tonnes et demi et de presque trois mètres de haut – sur lequel est disposé et orienté l’échantillon à analyser – forment le cœur du système. Mais le cœur est inaccessible  ; pour chaque expérience et parce que les rayons X utilisés sur cette ligne sont très pénétrants, nul ne doit se trouver à l’intérieur. Du reste, « il existe un dispositif de fermeture de portes, de rondes de vérification, de sirènes qui contrôlent l’inaccessibilité aux casemates et l’accès au faisceau ». Suivent trois cabanes de vie avec dans la première des ordinateurs et des dispositifs pour contrôler à distance les équipements et des matériels électroniques pour piloter la ligne. Ensuite une salle de réunion et de détente puis un petit atelier avec l’outillage nécessaire pour intervenir sur la ligne complètent l’ensemble. Une belle ligne, comme une ligne de vie. La chance toujours