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Le cœlacanthe

une évolution lente ? Non, une évolution en mosaïque !

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reconstitution 3D d’un coelacanthe actuel (Materialise Mimics © G. Clément/MNHN)
Cette image représente la reconstitution 3D d’un cœlacanthe actuel (Latimeria chalumnæ) avec, en rouge, l’appareil digestif et, en bleu, un organe d’origine pulmonaire, secondairement rempli de graisse. Le spécimen original, un cœlacanthe mâle de 130 cm, pêché en 1960 au large des Comores, et conservé depuis dans les collections en fluides formolés du Muséum national d’Histoire naturelle, a été imagé par scanner médical. Ces acquisitions tomographiques par rayons X permettent d’avoir accès aux structures internes de l’animal sans aucune dégradation du spécimen (qui reste donc intact pour les futures générations de chercheurs)

Les cœlacanthes sont connus des paléontologues depuis le xixe siècle par leurs restes fossiles datés de -400 à -70 millions d’années. La morphologie de leur crâne et la présence d’éléments osseux dans les nageoires paires les rapprochent des tétrapodes (= vertébrés terrestres). Ils font partie du clade des sarcoptérygiens (« animaux à pattes ou nageoires charnues ») qui inclut également les dipneustes (poissons à poumons) et les tétrapodes. Cet étrange animal à morphologie de « poisson » est donc plus proche parent de la vache que du saumon !

Les cœlacanthes étaient supposés disparus depuis la crise Crétacé-Tertiaire, il y a 65 Ma. Quand un spécimen actuel fut pêché au large de l’Afrique du Sud, en 1938, la surprise n’aurait pas été moindre si l’on avait découvert un dinosaure vivant. Le nombre total de cœlacanthes actuels est estimé à quelques centaines d’individus, répartis en petites populations connues dans les profondeurs marines des Comores, de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie et de l’Indonésie.

Le genre Latimeria est donc en très grand danger d’extinction. Contrairement aux idées reçues, cet animal n’est pas un fossile vivant (oxymore sans valeur scientifique). Sa longue histoire évolutive est riche de plus d’une centaine d’espèces fossiles, de morphologies et de tailles très différentes, avec des milieux de vie très variés (fleuves, lacs, marges littorales, etc.).

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© P. Clément
Positionnement d’un cœlacanthe actuel (Latimeria) dans un scanner médical. Ce spécimen, un mâle adulte pêché aux Comores dans les années 1970, est conservé depuis dans la collection de spécimens en solutions formolées du Muséum national d’Histoire naturelle

Son supposé panchronisme (ou évolution lente) est sans doute dû à une compréhension partielle d’une évolution dite en mosaïque : certaines structures anatomiques ont conservé des caractères primitifs (tel le crâne articulé en deux parties) alors que d’autres structures présentent des caractères dérivés, très différents de ceux supposés être présents chez les premiers cœlacanthes (tel un poumon fonctionnel présent chez les espèces fossiles, modifié en organe graisseux chez Latimeria). Le cœlacanthe actuel est donc le fruit d’une longue histoire évolutive, complexe et riche, et n’est en rien représentatif de l’anatomie, de l’écologie ou de l’éthologie de ces lointains représentants du passé.

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Tableau fossiles poissons (Modifié d’après Janvier, P. 2007. Living Primitive Fishes and Fishes From Deep Time. Fish Physiology, 26, 1-51)
Relations de parenté de quelques cœlacanthes fossiles et actuel (Latimeria). Cette sélection de cœlacanthes illustre la diversité des formes des cœlacanthes fossiles, parfois très différentes de celle de Latimeria. Les âges de ces cœlacanthes sont présentés sur l’échelle des temps. Les premiers cœlacanthes datent d’environ 400 millions d’années et aucun reste fossile de cœlacanthe cénozoïque n’est connu. (Cam : Cambrien ; Ord : Ordovicien ; Sil : Silurien ; Dév : Dévonien ; Carb : Carbonifère ; Perm : Permien ; Tr : Trias ; Jur : Jurassique ; Crét : Crétacé ; Cén : Cénozoïque.)

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