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Le cerveau et la bouche

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Le système de récompense @ A. Métayer, CRDP de l’académie de Versailles
Sur ce dessin d’une coupe de cerveau sont repérées les zones impliquées dans les comportements de désirs, de plaisirs et d’émotions. Les responsables : un réseau de neurones appelé « système de récompense ». La libération dans ce système d’une molécule appelée « dopamine » est à l’origine de la sensation de plaisir, mais aussi de la dépendance aux drogues. Plus la libération de dopamine est importante, plus la sensation de plaisir est grande.

Le cerveau et la bouche

une substitution au plaisir physique : le fait de s’imaginer mangeant un gâteau génère un effet de récompense comparable à celui ressenti lors de la consommation elle-même. Pourquoi ? Parce que ce sont les mêmes neurones qui sont impliqués dans l’imagination et l’exécution d’un acte.

Sur ce dessin d’une coupe sagittale gauche d’un encéphale, on repère les zones impliquées dans les comportements tels que les désirs, les plaisirs et les émotions. Ces zones composent le « système de récompense ». Il se base sur la libération d’un neurotransmetteur, la dopamine, vers divers territoires cérébraux comme l’aire tegmentale ventrale (ATV), le noyau accumbens (NA) et le cortex préfrontal. L’ATV active le système de récompense et donne des informations sur le niveau de satisfaction au NA. Ce dernier sécrète la dopamine qui est à l’origine du plaisir et de l’envie (alors qu’une sécrétion de sérotonine entraîne satiété et inhibition). D’autres zones sont impliquées, comme le cortex préfrontal qui joue un rôle dans l’élaboration de la pensée et des émotions, dans la planification des actes et la motivation ; l’amygdale qui est un centre des émotions (elle nous avertit lors d’un danger imminent mais nous signale aussi la présence de nourriture…) ; l’hippocampe qui permet la mise en mémoire d’un évènement associé à son contexte environnemental et au plaisir ou au déplaisir.

Les neurosciences épluchent le plaisir

Gourmandise et plaisir alimentaire seraient aussi une affaire de... neurosciences ! Ainsi, dans le « syndrome du gourmand », mis en évidence par Theodor Landis, un neurologue de Genève, une lésion de certaines zones cérébrales antérieures droites rime avec le développement de passions alimentaires. Ainsi, par exemple, un accident vasculaire cérébral aurait induit un tel développement du goût chez un journaliste qu’il aurait quitté la rubrique économie pour devenir critique gastronomique !

De manière plus générale, les neurosciences ont d’ores et déjà mis en évidence plusieurs mécanismes reliant alimentation et plaisir. À commencer par une interaction forte entre la sérotonine et les glucides. La sérotonine, synthétisée à partir de tryptophane (un des acides aminés indispensables à l’organisme), est un neuromédiateur, c’est-à-dire une substance chimique qui permet aux neurones de transmettre un « message », qui joue un rôle important dans la régulation des émotions. Un repas riche en glucides augmente, par l’intermédiaire du tryptophane, la synthèse de sérotonine cérébrale. D’où le pouvoir apaisant, presque sédatif, et antidépresseur des glucides... et du chocolat, riche en tryptophane ! Les aliments sucrés, dont les adolescents sont relativement friands, s’imposent donc également comme des aliments régulateurs des émotions. Autre découverte, très récente, des neurosciences : le système régulateur du plaisir et celui du déplaisir sont un seul et même système, qu’il s’agisse du plaisir alimentaire, auditif, etc. Dès lors, le prix à payer du plaisir est celui d’un possible déplaisir. A contrario, si l’on inhibe sa sensibilité au stress par la prise de neuroleptiques, on se coupe aussi de la possibilité d’éprouver du plaisir.

Enfin, on le sait, l’adolescent, dans sa quête de plaisir, cherche à éprouver des sensations fortes et ce, via un nombre abusif de décibels pour la musique ou d’effets spéciaux à la minute pour les films. Certains spécialistes l’interprètent comme un effet antidépresseur lié à l’augmentation du nombre de stimulations. Un effet qui peut passer par ces biais auditifs ou visuels... ou par la désorganisation des rituels alimentaires, que ce soit en optant pour le fast-food à 11 h du matin ou en adoptant des comportements dipsomaniaques (ivresses hebdomadaires).

Roland Jouvent, psychiatre, directeur du centre Émotion du CNRS, La Pitié-Salpétrière, Paris

Dans les programmes

Lycée

  • Sciences de la vie et de la Terre 1ère S
    Sexualité et bases biologiques du plaisir :
    Le plaisir repose notamment sur des phénomènes biologiques, en particulier l’activation dans le cerveau des « systèmes de récompense ». Sans chercher à laisser croire que les relations entre sexualité et plaisir ne s’expriment qu’en termes scientifiques, on montre qu’une composante biologique existe.
    [Limites. Les mécanismes cérébraux du plaisir sont étudiés seulement d’une façon globale (activation de zones cérébrales) sans explicitation des phénomènes cellulaires].
    Éducation à la santé et à la sexualité.
  • Sciences de la vie et de la Terre 1ère L et ES
    Les perturbations chimiques de la perception :
    Certaines substances hallucinogènes perturbent la perception visuelle. Leur action est due à la similitude de leur structure moléculaire avec celle de certains neurotransmetteurs du cerveau auxquels elles se substituent. Expliquer l’action d’une drogue dans la perturbation de la communication nerveuse qu’elle induit et les dangers de sa consommation tant d’un point de vue individuel que sociétal.