CRDP

Accueil > Les numéros > DocSciences 16 : Les enjeux de la biodiversité

Portfolio

Le bassin méditerranéen : un point chaud

JPEG - 192.7 ko
Cartographie des 34 points chauds de la biodiversité © P. Veyret/CRDP Versailles

La biodiversité est menacée partout dans le monde. Cependant, certaines zones de la
planète abritent plus que d’autres une biodiversité importante avec un fort taux d’espèces endémiques. On peut les considérer comme des points chauds ou hotspots. Ces zones continentales, le plus souvent côtières, insulaires ou montagnardes, représentent 16 % des surfaces émergées et pourtant abritent plus de 50 % des espèces végétales et 42 % des espèces de vertébrés terrestres.
Lorsque ces zones sont menacées par la destruction des habitats (perte supérieure à
70 %), elles sont classées comme points chauds et donc protégées.

Quelque 34 points chauds sont recensés actuellement, dont le bassin méditerranéen
constitué d’écosystèmes très biodivers représentants des petits points chauds au sein d’un grand : les Alpes maritimes, l’Atlas du Maghreb, les zones humides côtières du Maroc et d’Algérie, etc., abritant de nombreuses espèces endémiques (cèdre du Liban, arganier, Phoenix theophrasti seul palmier méditerranéen…) au large potentiel évolutif.

Cependant, ce point chaud de la biodiversité est l’un des plus menacés au monde (perte de plus de 95 % de son habitat d’origine) à cause des activités humaines : pollution, urbanisation surtout littorale, tourisme, surexploitation, déforestation, introduction d’espèces envahissantes…


Valérie Oliveira
Professeure
Sciences de la vie et de la Terre

JPEG - 413.4 ko
Paysage méditerranéen planté de palmiers Phoenix theophrasti. © Paul Fontaine
Les points chauds ou hotspots sont des zones, souvent des côtes, des îles ou des montagnes, abritant un grand nombre d’espèces au m² (biodiversité des espèces importante) dont beaucoup ne vivent pas ailleurs. Ces points sont pourtant fortement menacés par les activités humaines telles que le développement de l’urbanisation, la déforestation, la pollution des milieux, conduisant à la dégradation des écosystèmes (perte supérieure à 70 % de l’habitat), et qu’il faut donc protéger.

La notion de « point chaud de biodiversité » a été proposée en 1988 par Norman Myers, spécialiste d’écologie et d’économie à l’université d’Oxford (Angleterre). En observant la répartition de la biodiversité sur la planète, il a établi que certaines régions continentales concentrent à la fois une forte biodiversité et un nombre élevé d’espèces endémiques (présentes nulle part ailleurs). Il a alors conclu qu’il serait possible de concentrer les efforts en temps et en argent sur ces régions pour les conserver en priorité. L’idée fut relayée par une organisation américaine de protection de la nature créée en 1987 (Conservation International) qui proposa la définition suivante : si une région comporte au moins 1 500 espèces de végétaux vasculaires endémiques et a perdu 70 % de son habitat d’origine, par le fait de l’activité de l’homme, elle peut être qualifiée de « point chaud » ou « hotspot » de biodiversité.

Parmi les 34 points chauds reconnus aujourd’hui, le bassin méditerranéen est un des plus menacés et des plus remarquables, notamment par sa flore exceptionnelle presque aussi riche que celle des Andes tropicales ou du Sundaland. Il s’étend de la péninsule Ibérique à la Turquie et du Maroc à la Jordanie avec 13 000 espèces endémiques sur les 25 000 de plantes vasculaires, et 235 sur les 770 espèces de vertébrés (poissons exclus). Le bassin compte également 200 espèces d’arbres endémiques, des nobles forestiers comme le cèdre du Liban (Cedrus libani) et le sapin de Numidie (Abies numidica), ou d’ambiance steppique comme le palmier de Théophraste (Phoenix theophrasti) et l’arganier (Argania spinosa), et des milliers de géophytes parmi lesquelles les orchidées des genres Ophrys et Serapias. Une autre caractéristique du bassin méditerranéen est de ne pas être un point chaud homogène mais composé d’une douzaine de points chauds régionaux, tous différents les uns des autres. Malheureusement, le bassin méditerranéen est le plus dégradé des 34 points chauds et conserve moins de 5 % de son couvert végétal initial. Il est très menacé par l’urbanisation, et par son attrait touristique.

En France, les deux points chauds régionaux que sont la Corse et les Alpes maritimes partagent les mêmes contraintes de développement urbain et touristique. La conservation efficace de la biodiversité et de son potentiel évolutif passera par la prise en compte d’une « trame vert et bleu » composée de cœurs de natures et de corridors écologiques intégrés tant au paysage rural qu’urbain.


Dr Errol Vela
Maître de conférences, université Montpellier-2
UMR AMAP (botAnique et bioinforMatique de l’Architecture des Plantes)
CIRAD TA A51/PS2 34398 Montpellier cedex 5
|

Dans les programmes

Sciences de la vie et de la Terre

Cycle III
SCIENCES EXPÉRIMENTALES ET TECHNOLOGIQUES

  • CM1-CM2 : unité et diversité du monde vivant : présentation de la biodiversité ; présentation de la classification du vivant ; les êtres vivants dans leur environnement. Collège
  • 6e : caractéristiques de l’environnement proche et répartition des êtres vivants ; diversité, parentés et unité des êtres vivants.

Lycée

  • Seconde : la Terre dans l’univers, la vie et l’évolution du vivant : une planète habitée. Sous-partie : la biodiversité, résultat et étape de l’évolution. La biodiversité est à la fois la diversité des écosystèmes, la diversité des espèces et la diversité génétique au sein des espèces.
  • Première S : sujet de TPE.
  • Terminale S : de la diversification des êtres vivants à l’évolution de la biodiversité.