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Accueil > Les numéros Junior > DocSciences Junior n°3 : L’énergie De nouveaux horizons

L’énergie au fil des temps

L’évolution de nos sociétés humaines est très étroitement liée à la découverte d’énergie. En apprenant à maîtriser le feu, la force du vent et de l’eau, à utiliser le bois, le charbon, le pétrole... les hommes ont sans cesse cherché à améliorer leur bien- être. Mais, selon la façon dont l’énergie est produite, partagée ou utilisée, elle peut aussi être un facteur de régression.

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© Laurent Mignaux/MEDDE-MLETR

Les premiers hommes ne pouvaient compter que sur leur force musculaire pour se déplacer, chasser, façonner des objets et les transporter, construire leurs abris.

De la découverte du feu à Éole : les premières sources d’énergie

Vers 400 000 avant notre ère, les hommes préhistoriques apprennent à utiliser du bois pour faire du feu : ils peuvent désormais se chauffer, s’éclairer, faire cuire leur nourriture et éloigner d’eux les bêtes sauvages ! Ce fut un progrès fondamental pour l’évolution de l’humanité.

Au Néolithique, entre 9000 et 3300 ans avant notre ère, les hommes commencent à cultiver la terre et domestiquent des animaux qui, pour certains, deviennent alors une source d’énergie pour tracter les charrues, transporter les ressources... en facilitant ainsi le travail de tous les jours.

À la fin de cette période (3000 ans avant notre ère), une autre source d’énergie, la force du vent, devient l’alliée des hommes : ils construisent les premiers bateaux à voile, permettant des échanges fluviaux et maritimes de plus en plus lointains et la découverte de nouveaux horizons.

C’est 200 ans avant notre ère que les premiers moulins à vent apparaissent en Perse.

Durant toute l’Antiquité, le Moyen-Âge et jusqu’au XIXe siècle, si on fait abstraction de la force humaine, notamment à travers l’esclavage, l’énergie mondiale consommée par l’humanité provient à plus de 95% du bois. Elle est utilisée pour se chauffer, cuisiner, s’éclairer, cuire les poteries et forger les métaux. Mais avec l’utilisation massive du charbon de bois pour la métallurgie, la ressource a commencé à s’épuiser dans certaines régions. Les hommes se sont alors tournés vers une nouvelle source d’énergie : le charbon (bois fossilisé).

La Révolution industrielle grâce à l’énergie

À la fin du XVIIIe siècle, le couple charbon- vapeur donne le coup d’envoi à la Révolution industrielle. L’énergie devient ainsi disponible en plus grande quantité sur un même lieu. Il est alors possible de faire fonctionner de nombreuses machines-outils, de faire avancer une locomotive, des bateaux à vapeur...

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© Laurent Mignaux/MEDDE-MLETR

Dès le début du XXe siècle, l’utilisation du gaz, du pétrole et de l’électricité change radicalement le mode de vie des pays riches. Cela modifie également la vie de nombreux hommes dans les pays qui possèdent des mines ou des gisements dans leurs sous-sols. L’innovation et la recherche se poursuivent. En 1896, la radioactivité naturelle est découverte sur des sels d’uranium par le physicien Henri Becquerel. Les premières centrales nucléaires ouvrent dans les années 1950.

À la même période, plusieurs pays décident de construire de grands barrages hydroélectriques et de trouver des solutions pour utiliser la chaleur des eaux en sous-sol pour le chauffage et la production d’électricité (géothermie). Dans les pays du Nord et dans les pays à forte croissance industrielle, la consommation d’énergie ne cesse de croître, les besoins sont en constante augmentation, on cherche à exploiter toutes les énergies disponibles, parfois au mépris de l’environnement.

La nécessité d’une nouvelle politique énergétique

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Le complexe pétrochimique d’Orcher, vu depuis la Seine entre Le Havre et Tancarville © Laurent Mignaux/MEDDE-MLETR

En effet, le défi est de taille : répondre aux besoins énergétiques croissants, voire exponentiels dans certaines zones du monde, alors que les énergies fossiles se raréfient et que la sonnette d’alarme en matière environnementale est tirée depuis plusieurs décennies. Nous savons que nous devrons compter à l’avenir sur un bouquet énergétique regroupant plusieurs sources d’énergies : fossiles, nucléaire, solaire, éolien, géothermie, hydraulique, biomasse, énergies marines...

Vous avez dit énergie ?

  • Les énergies fossiles
    Les énergies fossiles sont produites à partir de la transformation de matières organiques fossilisées : pétrole, gaz, charbon. Ces matières mettent des millions d’années à se constituer et sont présentes en quantités limitées sur Terre. On parle aussi d’hydrocarbures. Leur combustion dégage du dioxyde de carbone (CO2) qui est le principal gaz à effet de serre, responsable du changement climatique.
  • Les énergies renouvelables
    Ce sont des sources d’énergie inépuisables. La première d’entre elles est le rayonnement solaire et les autres en découlent plus ou moins directement (vents, cycle de l’eau et courants marins, fabrication de biomasse, etc.).

Les hydrocarbures

Depuis la Révolution industrielle, le mode de vie des sociétés occidentales a considérablement évolué. De nombreux changements sont également intervenus dans d’autres pays du monde.

La découverte et l’utilisation massive des hydrocarbures a en effet permis le développement de nouveaux moyens de transport pour se déplacer plus vite et plus loin, de production pour élaborer des produits en grandes quantités et à coût réduit, de chauffage... Les hydrocarbures sont aujourd’hui partout présents dans notre quotidien. Les hommes ont privilégié ces énergies depuis plus de deux cents ans car elles étaient abondantes, bon marché et faciles à utiliser dans bien des domaines.

- Le pétrole possède de nombreux atouts : liquide, il est aisément transportable et ses propriétés font qu’il est transformé en une très grande quantité de produits de notre quotidien (essence, kérosène, gasoil, plastiques, tissus synthétiques, films d’emballage, jouets, tous les équipements de la maison...) Ainsi, il est le composant principal des carburants utilisés pour toutes sortes de véhicules qui trans- portent hommes et marchandises, du local à l’international. Il est aussi employé dans la construction, l’isolation et le chauffage de nos maisons.
- Le gaz, quant à lui, est moins facile à transporter et à utiliser que le pétrole, il a cependant un fort pouvoir énergétique qui le rend intéressant pour le chauffage et la production d’eau chaude.
- Le charbon est également très énergétique. Après avoir été longtemps utilisé en Europe pour faire fonctionner des usines et des transports, il permet aujourd’hui à de nombreux pays de produire de l’électricité grâce à des centrales à charbon.

Les limites du modèle du « tout pétrole »

Le pétrole est une ressource accessible pour les pays riches mais renforce encore les inégalités de partage des richesses sur la planète.
La hausse du prix du pétrole entraîne des répercussions immédiates sur l’économie mondiale.
Les stocks de combustibles fossiles s’épuisent bien plus vite qu’ils ne se créent (des millions d’an- nées sont nécessaires). Il faut donc repenser notre mode de production et de consommation en envisageant le fait que, d’ici plusieurs décennies, il faudra fonctionner sans pétrole.
L’utilisation des énergies fossiles entraîne de graves pollutions des sols, des rivières, des mers... en particulier dans des pays qui ne possèdent pas de systèmes de traitement des eaux et de leurs déchets de production.
La combustion accrue du pétrole, du gaz et du charbon depuis près de deux cents ans a émis de grandes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. La concentration de ces gaz entraîne un réchauffement de la Terre (+0,74°C depuis un siècle) avec pour conséquence des modifications du climat.

Un nouveau contre-choc pétrolier

Depuis l’été 2014, le prix du baril de pétrole a perdu plus de 30 %. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette baisse : les États-Unis accroissent leur production de pétrole « non conventionnel » (pétrole de chiste) de manière spectaculaire ; les troubles politiques au Moyen-Orient n’ont pas entraîné de chute importante de la production et la Libye recommence à exporter. Par ailleurs, la conjoncture économique mondiale étant ralentie, la demande de brut diminue. Résultat : les factures se trouvent allégées tant pour les États et les industriels que pour les consommateurs qui gagnent en pouvoir d’achat (carburants et produits pétroliers moins chers).

Cependant, ces effets positifs sont à nuancer. Les États-Unis en sont davantage bénéficiaires que l’Europe en raison de la baisse de l’euro par rapport au dollar. Cette chute des cours peut entraîner une déflation dans certains pays. Les pays producteurs risquent de diminuer leurs investissements et leurs achats, cette perte budgétaire renforçant les risques d’instabilité politique et sociale. Les crédits alloués à la recherche de nouvelles énergies sont également menacés, de même que le remplacement des énergies fossiles par les énergies renouvelables.

Même s’il est difficile de dire si cette baisse des prix du baril de pétrole sera durable, elle démontre une fois de plus combien l’économie mondiale est dépendante de l’or noir.