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Accueil > Les numéros Junior > DocSciences Junior n° 1 Versailles : Les sciences côté Cour

Et si Versailles m’était conté autrement ?

L’exposition aurait pu adopter cette formule. Car l’exposition « Sciences et curiosités à la cour de Versailles » raconte pour la première fois l’éveil et l’intérêt accru pour les sciences des rois de France et de la Cour dès leur installation à Versailles et tout au long du XVIIIe siècle.

Interview de Catherine Arminjon, Conservateur général du Patrimoine et Commissaire de l’exposition « Sciences et curiosités à la cour de Versailles ».

Quel est le propos général de l’exposition ?

– L’objet est de montrer un Versailles inédit et pourtant bien réel. Faire connaître et faire apprécier au grand public, plus habitué aux arts et aux lettres, à la grande peinture et au faste du domaine, les politiques scientifiques menées par les trois rois de France qui s’y sont succédé. Louis XIV est le premier de ces rois à s’intéresser aux sciences en tant que décideur d’une politique scientifique… Son rôle est important car il organise et centralise les sciences. Il demande à son ministre Colbert de rassembler les grands scientifiques dans une unique structure, l’Académie royale des sciences, de les pensionner pour les obliger à respecter leur programme annuel de recherches. D’une assiduité variable, les grands savants de l’époque doivent présenter au roi, une fois par an, l’état d’avancement de leurs études et les investigations qu’ils mettent en uvre.

Mais Louis XIV est-il un scientifique ?

– Non ! Mais il sait que la science compte. D’ailleurs il a conscience d’avoir reçu une éducation assez légère en la matière. Pour l’éducation de son fils, le grand Dauphin, il exige que lui soient enseignées la physique, l’astronomie et les mathématiques qui sont des matières nouvelles.

C’est un début…

– Oui, plus tard, le Régent, un prince éclairé et très intéressé par les sciences, prend en charge l’éducation de Louis XV autour de différentes sciences : la géographie, les mathématiques, l’astronomie, mais aussi la marine et la chimie. À la fin du règne de Louis XV, les précepteurs seront enfin spécialisés en matière de science, comme l’abbé Nollet.

Qu’est-ce que la science apporte à Versailles ?

– Beaucoup de choses ! En matière de construction, les différents corps de métier doivent inventer pour s’adapter à la taille et à l’importance des multiples et gigantesques chantiers. Parmi les créations remarquables et exceptionnelles, nous pouvons citer la machine de Marly (pour acheminer les eaux de la Seine vers le château de Versailles), le premier bâtiment antifeu et des éléments de confort comme la chaise volante de Madame de Châteauroux… Sans compter toutes les recherches en matière de botanique et d’agronomie, comme le lessivage des sols pour lutter contre la nielle (la maladie des blés), l’acclimatation du riz ou celle des fruits, par exemple les figues et les fraises à Trianon.

Et Versailles à la science ?

– Les rois s’impliquent dans différents domaines. Par exemple, l’anatomie bénéficie, grâce aux dissections des animaux de la ménagerie entre autres, d’une prodigieuse avancée qui permet d’accroître les connaissances médicales et vétérinaires. La pharmacopée végétale se double d’une pharmacopée à base de chimie des métaux.

Quels sont les intérêts personnels de chaque roi face aux sciences ?

– Louis XV se passionne pour l’astronomie et, sous son règne, se développe la curiosité pour le « Très Grand » (l’observation du ciel et des astres) et le « Très Petit » (le microscope permet d’observer ce que l’oeil nu n’atteint pas). La médecine fait aussi des progrès en particulier avec l’enseignement de l’accouchement. Le roi se soucie aussi de mécanique et d’horlogerie, deux savoirs que Louis XVI fait siens ainsi que la marine. La science à Versailles se décline – En instruments, en leçons, en inventions et en démonstrations ! La dernière partie de l’exposition est consacrée à différentes démonstrations devant la Cour et le roi. Ces démonstrations sont pour les savants qui viennent à Versailles présenter le résultat de leurs recherches l’équivalent de véritables prix Nobel !

Quelle est la nature des pièces exposées ?

– L’exposition présente une grande variété d’objets : des peintures, des outils, des machines, des instruments scientifiques, des documents de toute sorte (lettres patentes, bulletins de vaccination des princes…), des animaux naturalisés (deux oiseaux albinos ; une caille et une perdrix chassées par les deux rois Louis XV et Louis XVI) montrant l’intérêt pour des phénomènes hors norme, des vélins de fleurs et de fruits nouvellement acclimatés, des éléments du mannequin d’un Indien destiné à faire comprendre aux jeunes princes que les hommes sont différents et ne sont pas tous blancs de peau…

Quelle est la conclusion de votre exposition ?

– Nous tenions à ce que l’exposition montre que ces nouveaux intérêts pour la recherche en matière scientifique trouvent un écho dans les institutions scientifiques actuelles, toutes héritières des différentes institutions royales créées et pensionnées par les trois rois : l’Observatoire, le Muséum national d’histoire naturelle, le musée des Arts et métiers, la Bibliothèque nationale de France et la bibliothèque municipale de Versailles.

Propos recueillis par Camélia Delgrange.

En savoir plus

400 pièces exposées

L’exposition compte de nombreux chefs-d’oeuvre parmi lesquels les Études d’un lynx de Pieter Boel, le rhinocéros de Louis XV, la cafetière en porcelaine dure de Sèvres, les dessins de mérinos mâles et femelles nés en Espagne et nouvellement importés en France, une grive et une caille albinos naturalisées et envoyées au jardin du roi, la Vue de la machine de Marly, une peinture de Pierre-Denis Martin.

L’exposition donne aussi l’occasion de découvrir des portraits d’animaux de la ménagerie royale ayant décoré l’intérieur de la ménagerie exotique.

Voir la page de l’exposition et le site dédié :