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Des invasions barbares

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Philippe Clergeau
Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle

Les introductions d’espèces animales et végétales s’accélèrent, même où la sonnette d’alarme a été tirée quant aux conséquences possibles de la présence de certains végétaux ou animaux dans les écosystèmes qu’ils colonisent. Les dynamiques trop rapides des écosystèmes actuels ne peuvent supporter ces nouvelles contraintes.
Une espèce invasive est une espèce exotique envahissante. Elle a été transportée et introduite volontairement ou non par l’homme depuis des contrées lointaines. Elle ne serait jamais arrivée toute seule dans sa nouvelle aire de dispersion.

Une espèce exotique dans mon jardin ?

Les cas sont multiples dans tous les groupes, depuis des installations anciennes qui se sont intégrées dans leur nouvel environnement (le mimosa ou le cygne tuberculé par exemple) ou plus récentes avec parfois des impacts majeurs comme la jussie (plante à fleur jaune) ou le ragondin. Les impacts peuvent être alors sanitaires, économiques ou d’atteinte à la biodiversité. Dans ce dernier cas ce qui est le plus à craindre semble l’homogénéisation des faunes et des flores dans le monde tant certaines espèces s’installent trop facilement.

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Exemple d’une espèce invasive très répandue en Gironde : l’écrevisse de Louisiane. © Philippe Clergeau – MNHN

Des éléments perturbateurs

Les cas bénéfiques d’espèces introduites sont en fait très rares et même la lutte biologique par introduction d’un prédateur spécifique est souvent montrée du doigt. Quand l’espèce introduite est déjà très abondante et à forte dispersion, les actions deviennent trop difficiles même si c’est à ce stade en général qu’on s’aperçoit des impacts occasionnés. La difficulté actuelle concerne aussi quelques belles espèces qui sont tout de suite acceptées par le public (nourrissage notamment) et qui freine les possibilités d’intervention des gestionnaires. Le tamia de Sibérie ou la perruche à collier (nouveaux animaux de compagnie lâchés en région parisienne) qui montrent pourtant certains impacts sont ainsi toujours vendus et peu gérés.

La biodiversité : un équilibre à préserver

La mise en œuvre du principe de précaution est particulièrement délicate en France. Il aurait sans doute été possible de limiter ainsi des actuelles explosions géographiques d’espèces importées, même si ces espèces n’ont pas les faveurs du public, comme l’écrevisse de Louisiane (en photo) qui finit par détruire tout l’écosystème aquatique (végétal et animal). Les dernières recherches soulignent la difficulté de prévoir l’ampleur des impacts, même si la grégarité des animaux, la superficie de leur aire de distribution et leur plasticité comportementale sont maintenant connus comme déterminants. Puisque l’éradication est souvent impossible, sensibiliser tous les publics à limiter les introductions apparaît comme une voie minimale à la conservation de la biodiversité.

Regard du prof

Cinq grandes crises ont été dénombrées dans le passé et certains scientifiques avancent qu’une sixième crise biologique a débuté actuellement avec l’impact des activités de l’être humain. Voir notre article sur les grandes crises

Lorsque l’on énumère l’influence de l’être humain sur la biodiversité, on pense rapidement à la déforestation, la pollution, la chasse, la pêche... mais il est oublié une autre grande cause de l’influence négative de l’être humain sur la biodiversité : les espèces invasives.
Ces espèces invasives sont des espèces qui sont involontairement ou non transportées par l’être humain aux quatre coins de la planète. Lorsqu’elles arrivent dans certains nouveaux milieux, elles peuvent y être particulièrement adaptées sans y avoir de prédateurs. Elles peuvent alors y proliférer et perturber grandement l’écosystème local.
Par exemple, des rats présents dans les bateaux des explorateurs ont exterminé des espèces d’oiseaux faisant leurs nids au niveau du sol dans certaines îles en se nourrissant de leurs œufs. En Australie, en 1859, l’importation par un fermier anglais de lapins a été la cause d’un important bouleversement de l’écosystème. Ceux-ci n’ayant pas de prédateurs ont et pullulent toujours à hauteur de plusieurs centaines de millions d’individus. L’introduction de renard, la construction d’une immense barrière pour limiter leur expansion, la chasse, l’utilisation de virus… n’ont pas réussi encore aujourd’hui à endiguer leur développement.

L’impact de l’introduction d’une espèce dans un milieu est très difficile à déterminer. La lutte pour le maintien de la biodiversité passe ainsi aussi par la limitation de l’introduction de nouvelles espèces.

Ludovic Veau
Professeur de sciences de la vie et de la Terre