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Biodiversité et urbanisme

Philippe Clergeau,
professeur au Muséum national d’Histoire naturelle

Les travaux récents sur la faune et la flore des villes ont permis de décrire les espèces et les principaux fonctionnements d’une biodiversité urbaine. Beaucoup d’espèces ne supportent pas le dérangement et la faible quantité des ressources à disposition. Il est démontré que la gestion écologique des espaces verts (pas de produits phytosanitaires, plantation d’espèces locales, fauches tardives…) est un des facteurs les plus forts pour faire évoluer les richesses spécifiques. Mais on constate aussi que seules les espèces très mobiles peuvent accéder à ces espaces à caractère naturel.

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Une petite rivière en pleine ville nouvelle © Ph. Clergeau
Une petite rivière en pleine ville nouvelle (Marne-la-Vallée). Elle fonctionne à la fois comme une trame bleue et, ses abords richement plantés, comme une trame verte.

Ouvrir la voie aux petits mammifères et aux insectes

Pour construire une biodiversité plus fonctionnelle (c’est-à-dire cohérente dans les relations entre espèces, au sein d’une chaîne alimentaire par exemple), il faut donc prendre aussi en compte les capacités de connectivité des espaces. C’est le projet de trame verte (terrestre) et bleue (aquatique), mesure phare du Grenelle de l’environnement, aujourd’hui en cours dans la plupart des régions et aussi au niveau plus local (départements, schéma de cohérence territoriale) (photo ci-dessus). Des chercheurs du Muséum viennent de démontrer que des corridors écologiques qui connectent les habitats des espèces fonctionnent aussi en ville en permettant à des petits mammifères ou à des insectes de se propager.

Au bénéfice de la santé des citadins

En milieu suburbain (lotissements, grands ensembles), on peut donc suggérer l’installation ou la restauration de continuités écologiques qui peuvent, par exemple, accompagner des promenades plantées (photo ci-dessous). Le projet urbain devrait donc évoluer pour permettre l’intégration d’un maillage vert qui rendrait aussi des services aux citadins (rafraîchissement de l’air, régulation des pollutions, amélioration de la santé humaine…) tout en favorisant la dispersion de la faune et de la flore.

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Une promenade plantée en plein Paris © Ph. Clergeau
Une promenade plantée en plein Paris (XVe) pourrait jouer un rôle de corridor écologique avec des aménagements supplémentaires.

Réensemencer la ville de nature

Mais la réflexion est beaucoup plus délicate en ville très dense où le foncier ne permet guère ces infrastructures vertes. La végétalisation des bâtiments (pignons, toitures plates) qui était réalisée essentiellement pour des aspects esthétiques ou de gestion des eaux de pluie pourrait jouer ce rôle en permettant une richesse spontanée importante si leur gestion était différente (plantation d’arbustes, substrats plus épais) (photo ci-dessous). Les études menées au Muséum se concentrent sur la possibilité d’une continuité impliquant espaces verts et bâtiments végétalisés. L’installation d’une nature dans la ville dépasse largement la conservation de la biodiversité en impliquant d’emblée l’ambiance paysagère et les services d’une nature de proximité. L’urbanisme, en neuf comme en requalification, devra rapidement intégrer cette biodiversité largement plébiscitée par les citadins, non plus seulement en saupoudrage mais en composantes structurant les projets.

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Une toiture végétalisée au CHU de Rennes alliant esthétique et biodiversité. © Ph. Clergeau


Regard du prof

Professeur de sciences de la vie et de la Terre

Lorsque le terme « biodiversité » est utilisé, surtout en association avec le mot « urbanisme », il est souvent fait référence, à juste titre, à la diminution de celle-ci et à la crise de la biodiversité qui semble s’initier.

Or, il ne faut pas oublier que la faune et la flore peuvent s’adapter à ce nouvel environnement qu’est la ville. Le terme biodiversité provient de la contraction de l’expression « diversité biologique ». Elle correspond à l’ensemble des organismes vivants dans un milieu donné. Elle recouvre à la fois la diversité des écosystèmes, la diversité des espèces et la diversité génétique au sein d’une même espèce et les relations entre les espèces et avec leur environnement.

Dans la ville, il existe aussi une biodiversité qui doit s’adapter à l’environnement. Les renards, les rats se sont très bien adaptés à nos poubelles. Les mésanges en Angleterre ont appris à enlever les capsules d’aluminium pour se nourrir de la crème de lait des bouteilles déposées au pied des portes.
Mais ces rares exemples ne peuvent cacher la difficulté qu’ont la majorité des espèces à s’implanter dans un milieu où le sol, l’eau sont peu accessibles.

Pourtant, ces dernières années, l’utilité d’une biodiversité dans la ville gagne du terrain. On ne parle pas seulement de l’intérêt esthétique des espaces verts ou des parcs mais bien d’une intégration dans l’urbanisme mêlant différents avantages. Il peut être cité l’exemple des murs ou des toits végétalisés ayant un impact positif sur la régulation thermique des bâtiments, sur l’épuration de l’air, la protection contre la pluie...

Faire entrer la biodiversité dans la ville à l’intérieur d’une véritable écologie urbaine pourrait être l’une des solutions pour atténuer les impacts environnementaux tout en améliorant le cadre de vie.

Ludovic Veau,
Professeur de sciences de la vie et de la Terre

En savoir plus

Pour aller plus loin :

Clergeau Ph., Une écologie du paysage urbain, Apogée, 2007.
Clergeau Ph. & Blanc N. (coord.), Trames vertes urbaines, Le Moniteur, 2013.