Compréhension et expression orales : entraînement et évaluation avec la baladodiffusion
Collège Darius Milhaud de Sartrouville (78)

Publié le

Utilisation de deux solutions de baladodiffusion pour travailler la compréhension et l’expression orales

Jennifer Mathieu a expérimenté, durant l’année scolaire 2016/2017 au collège, l’utilisation de deux solutions de baladodiffusion.

Nous vous proposons ci-dessous son retour d’usage.

Observations générales

Entraînement à l’expression orale : un entraînement pris au sérieux

SansAvec
Pour que les élèves s’entraînent à prendre la parole en continu, je donnais régulièrement la consigne de « s’entraîner à échanger avec son voisin pendant quelques minutes ». Le bruit relatif que cela produisait permettait aux élèves les moins motivés de parler d’autre chose sans que je m’en aperçoive. - Le bruit produit par l’entraînement est le même. Cependant, les élèves prennent l’exercice plus au sérieux car ils produisent quelque chose.
- Par ailleurs, l’usage de l’appareil rend l’exercice assez ludique et les élèves le font avec meilleure volonté.
- Les élèves peuvent se réécouter et faire écouter leur production à leurs camarades afin de percevoir les améliorations à apporter.

Je n’ai fait cette expérience que peu de fois cette année, mais je n’y vois que des avantages. A généraliser.

Évaluation de l’expression orale : un gain de temps

SansAvecInconvénient
Je passais une heure voire plus à écouter les élèves un par un ; et j’avais un contrôle limité sur ce que faisaient les autres élèves pendant ce temps. Les élèves s’enregistrent tous en même temps. Le temps pris sur les cours est moindre. - Au lieu d’évaluer les élèves « en direct », je passe du temps hors cours à écouter tous les enregistrements, surtout s’ils enregistrent plusieurs versions.
- Le fait de s’enregistrer en même temps dans la même salle intimide les élèves.

Points à optimiser :

  • habituer les élèves à utiliser ce matériel afin que cette pratique devienne la norme en cours de langue et qu’ils n’aient plus peur de s’enregistrer en évaluation ;
  • donner pour consigne de n’enregistrer que deux versions afin de réduire au maximum le temps de correction ;
  • l’usage fréquent leur permettra également de ne plus oublier de dire leur nom en début d’enregistrement.

Autre commentaire :
Sans la baladodiffusion, j’avais l’habitude de faire passer les élèves un par un au tableau pour évaluer leur production orale. Pendant ce temps, les autres élèves devaient écouter, prendre des notes et éventuellement relever les erreurs. Quand l’élève évalué avait terminé, les autres pouvaient alors intervenir et la pertinence de leur commentaire leur faisait gagner des points sur leur propre note. Tous les élèves se prêtaient donc volontiers à l’exercice et je regrette de ne pas l’avoir fait cette année. Cependant, à tout bien réfléchir, cette démarche relève plutôt de l’entraînement que de l’évaluation. Par ailleurs, écouter et comprendre ce que dit un camarade est un exercice de compréhension orale, je faussais donc - de manière très relative il est vrai - l’évaluation d’expression orale. Je vais donc réfléchir à maintenir cet exercice mais plutôt dans le cadre d’entraînements…

Entraînement à la compréhension orale : pédagogie différenciée

SansAvecInconvénient
Toute la classe écoutait un seul enregistrement diffusé par le professeur un nombre donné de fois. Chacun participait à l’élucidation du document mais, malgré les stratégies mises en place par le professeur, certains élèves ne participaient absolument pas. J’ai trouvé plusieurs documents sur une thématique donnée grâce au site Audiolingua. Je les ai renommé en les classant par difficulté. J’ai synchronisé tous les documents sur tous les baladeurs. Les élèves avaient la consigne de prendre en note ce qu’ils comprenaient ou de répondre à des questions sur les différents documents, dans l’ordre croissant de difficulté. Chacun pouvait réécouter les documents autant de fois qu’il le souhaitait. Tous les élèves y trouvent leur compte, même les excellents élèves ! En une séance, il n’y a pas le temps de corriger tous les documents. Cependant, les « bons » élèves sont souvent très autonomes et les miens me posaient des questions au fur et à mesure de leur écoute sans que cela ne perturbe la séance.

Quelques soucis techniques m’ont contrariée, cf. rubrique « aspects techniques ».

Évaluation de la compréhension orale : chacun à son rythme

SansAvec
Toute la classe écoutait un seul enregistrement diffusé par le professeur un nombre donné de fois. Pour ma part, cela intervenait pendant une évaluation écrite. Même si je prévenais quelques minutes avant, les élèves étaient souvent interrompus pendant un autre exercice pour faire celui de compréhension orale. Je ne diffusais pas le document en début d’évaluation car je préférais que les élèves aient le temps de s’imprégner de la thématique avant. Chaque élève a son baladeur dès le début de l’évaluation et peut choisir le moment où il va faire l’exercice de compréhension orale. Par ailleurs, chaque élève peut réécouter le document autant de fois qu’il le souhaite.

Je trouve cet usage tout à fait satisfaisant. Nous pouvons tout de même se demander si, dans le cadre d’une évaluation, il est judicieux que chacun puisse réécouter autant de fois qu’il le souhaite ou si, afin d’évaluer la même chose chez tous les élèves, il ne serait pas préférable de limiter le nombre d’écoute. Pour ma part, étant donné qu’en cycle 4, nous sommes encore en cycle d’approfondissement, il me paraît justifié de donné à chaque élève les moyens de réussir en fonction de son niveau. De plus, le niveau visé en fin de 3e est le niveau A2 et la compétence se définit ainsi : « Peut généralement comprendre un discours qui lui est adressé dans une langue standard clairement articulée sur un sujet familier, à condition de pouvoir demander de répéter ou reformuler de temps à autre. Peut comprendre ce qui lui est dit clairement, lentement et directement dans une conversation quotidienne simple à condition que l’interlocuteur prenne la peine de l’aider à comprendre » (rubrique comprendre un discours qui lui est adressé - CECRL).

Quelques soucis techniques m’ont contrariée, cf. rubrique « aspects techniques ».

Aspects techniques

Mallette balado 78-6 Apple : 15 nano camera (emprunté de septembre à mars)

  • Ce kit demande une familiarisation avec l’usage d’un ordinateur Mac et avec le logiciel iTunes. Cette familiarisation a été assez rapide pour moi alors que j’ai l’habitude des PC.
  • Les élèves connaissent en général le fonctinonement des iPods.
  • Il n’y a que 15 appareils dans cet ensemble. Dans une classe moyenne, les élèves doivent donc travailler en binôme ou chacun leur tour.
  • Ces appareils permettent de diffuser des vidéos et de filmer ou de prendres des photos : je n’ai pas utilisé ces fonctions.
  • Le support des appareils est très volumineux mais léger. Mais l’ordinateur est indépendant et peut être placé où bon nous semble et peut fonctionner sur batterie. Il est aisé de déplacer l’installation d’une salle à l’autre.
  • L’ordinateur et les appareils étaient rangés tous les soirs dans le coffre-fort du collège.
  • Je n’ai rencontré aucun problème informatique et pouvais tranquilement arriver, installer le matériel et lancer l’activité avec les élèves sans souci de dysfonctionnement.

Mallette balado 78-4 Balibom : 32 mp4 (emprunté de mars à juin)

  • Ce kit dispose de 32 appareils.
  • Le logiciel Balibom est très intéressant. Il permet de créer des listes associées aux appareils. Ainsi, un appareil est attribué à un élève par liste (pour moi c’était par classe) et quand on récupère les productions, les fichiers portent le nom de l’élève. On n’a plus le souci des élèves qui ont oublié de dire leur nom par exemple.
  • La malette est énorme et très lourde (elle est sur roulettes). L’odinateur est fixé dans la malette. Il faut donc s’aménager un « coin balado », de la taille d’une table de classe, près d’une prise de courant (pas de batterie). Il est donc malaisé de la partager avec les collègues. Une fois que la malette a été installée, elle est restée en place ; seuls les baladeurs retournaient dans le coffre-fort du collège tous les soirs.
  • Les élèves ne peuvent pas effacer les enregistrements : pas de risque d’effacer le travail d’un camarade.
  • En théorie, excepté le volume occupé par l’installation, ce système me paraissait meilleur que le précédent. Cependant, j’ai été confrontée à de nombreux soucis informatiques :
    • Un ordinateur très lent.
    • Le logiciel ne reconnaissait pas tous les appareils, rendant ainsi inutile l’association des appareils aux listes d’élèves.
    • Il fallait parfois faire une manipulation sur les appareils alors qu’ils étaient installés sur la platine. Or, les appareils sont très serrés sur la platine et cette manipulation était malaisée.
      Ces trois soucis sont source de stress chez le professeur qui ne peut être sûr que tout fonctionnera pour l’exercice ou l’évaluation qu’il a prévu, même s’il vient en avance pour préparer le matériel.
    • Les documents audio synchronisés sur les baladeurs étaient « accélérés » ! Même s’ils restaient compréhensibles, cela était très gênant pour les élèves.
    • Même quand j’arrivais ensuite à récupérer et à écouter leur travail, les élèves ne parvenaient pas à se réécouter, même avec mon aide ; les fichiers existaient mais on n’entendait rien. C’était une grande source d’angoisse pour les élèves en évaluation ; et cela ôtait tout intérêt à l’entraînement.

Conclusion

Je suis assez réticente à l’idée de réemprunter le kit 78-4 Balibom. Je crains trop d’être à nouveau confrontée aux soucis techniques que j’ai rencontrés. Pourtant le logiciel Balibom me paraît très intéressant et mérite qu’on utilise toute ses fonctinonnalités.
Le kit 78-6 Apple a parfaitement fonctionné et a répondu à toutes mes attentes. Je pense emprunter le même type de kit mais avec un nombre plus important d’appareils.
La baladodiffusion en cours d’espagnol a parfaitement répondu à mes attentes et je compte continuer à l’utiliser. Je pense essayer plusieurs types d’installations. Par contre, je pense que faire acquérir une solution de baladodiffusion par mon collège n’est pas nécessaire, ni souhaitable. En effet, le système d’emprunt au réseau Canopé est très satisfaisant et laisse la possibilité de changer de matériel si celui utilisé n’est pas adéquat. Par ailleurs, le réseau compte des experts pour les réglages et autres mises à jour des ordinateurs. Si ces personnes existent dans les établissements scolaires, elles sont déjà très sollicitées et n’auraient pas le temps de répondre de façon satisfaisante aux demandes supplémentaires.


Jennifer Mathieu, professeur d’espagnol au collège Darius Milhaud de Sartrouville
Emprunt réalisé dans le cadre de Créatice